Prédication "Dessine moi une église..."

Prédication   « Dessine moi une église… »

Imaginons qu’un petit bonhomme vienne vers nous pour dire « Dessine-moi une église… » ; et il ne le dit pas pour rire, mais sérieusement : « Dessine-moi une église… ». Prends un feutre ou prends un crayon, une feuille…et commence à faire un dessin, commence à dessiner ton idée de l’église, comment tu t’imagines ton église dans laquelle tu vis ta foi. Est-ce qu’elle est grande ou petite, en couleur ou plutôt sobre, est-ce qu’elle est avec des portes grandes ouvertes ou plutôt un lieu de protection et intime ? Il est évident qu’il ne s’agit pas d’une grande œuvre d’art (sauf peut être ceux qui font régulièrement sur Sartrouville un cours de dessin le mardi après-midi), mais d’une esquisse, un trait d’idée ou peut être une étincelle d’idée. Il est de temps en temps intéressant de faire une halte et de rêver, de s’imaginer et laisser son esprit aller pour des nouvelles idées. C’est ce que les différents groupes de Maison ont fait lors de leur première rencontre cette semaine.

Lors de la lecture biblique j’ai partagé trois images très différentes dans le Nouveau Testament : l’église comme un temple de la présence de Dieu, l’église comme le corps du Christ ou l’église comme une grande famille. Nous allons certainement revenir aux différentes images bibliques ; aujourd’hui, j’aimerais partager trois images très différentes qui se trouvent dans l’église – trois images modernes depuis lesquelles des personnes ont osé prendre un feutre ou un crayon pour s’imaginer l’église d’aujourd’hui. J’aimerais parler de trois idées, trois modèles pour une église :

- l’église comme un centre d’action

- l’église comme une auberge

- l’église comme présence dans la ville par des groupes de maison

 

Les modèles devraient nous animer, nous stimuler dans notre réflexion et le développement de nos idées de l’église.

  1. L’église comme un centre d’action

Dans une première idée, les acteurs abandonnent l’image d’une église locale, le bâtiment église avec un clocher au milieu d’un quartier, dans une ville. Comme ils ont remarqué que les contemporains se sont éloignés…ont même des difficultés avec l’église comme institution (le bâtiment église avec un clocher qui la représente), les acteurs de cette idée (d’une église comme un centre d’action) sont allés dans des nouvelles voies. (Exemple : Centre Huit à Versailles, Centre 72 à Anières Bois-Colombes) Le centre se veut comme un lieu de rencontre et d’ouverture vers la ville. Le projet est souvent d’offrir dans la cité un espace supplémentaire où puissent se développer, dans un esprit œcuménique, des échanges culturels, des temps festifs ou artistiques, des services d’information et de perfectionnement en matière civique, morale et spirituelle. Un lieu de rencontre avec la ville : des expositions où un artiste présente ses œuvres d’art, une vernissage et des discussions ; des conférences où des spécialistes sont invités… des spécialistes des sciences humaines, des économistes ou des sciences naturelles, pas forcement des professeurs de théologie ou des hommes d’église. Les questions de théologie sont discutées dans un dialogue avec la sociologie, la psychologie ou la philosophie. Bien sûr, il est possible d’apprendre l’hébreu ou le grec pour lire les Ecritures dans leurs langues originales. Vous voyez l’esprit de ce centre : communiquer l’Evangile et le message biblique en dialogue avec la société moderne. Pour être Eglise dans la tradition réformée dans cette idée, il ne suffit pas de se réunir pour des activités cultuelles classique (cultes, actes pastoraux oud initiation et formation des enfants et adultes), mais chercher le dialogue avec la société.

  1. L’Eglise locale comme auberge (Jan Hendricks)

Une auberge est tout d’abord un lieu d’accueil, un lieu pour se ressourcer, pour aller dans un lieu à part et pour se laisser servir ; ce modèle part du principe que l’homme moderne est à la recherche de sens et de spiritualité. Et l’église comme auberge veut les accueillir ; l’idée de l’auberge met d’abord l’accent sur l’hospitalité. On s’intéresse d’abord à ceux qui viennent d’arriver et on cherche à leur trouver une place agréable. D’ailleurs les gens ont beaucoup de liberté dans cette auberge : Ils viennent quand ils veulent et ils restent aussi longtemps qu’ils le souhaitent. Ils partent et ils reviennent selon leur rythme, sans aucun reproche, même s’il s’agit des vacanciers de temps de Noël uniquement par exemple. Les citoyens, l’homme moderne qui vient à l’église-auberge sont accueillis comme des hôtes et peuvent se ressourcer, vivre un temps, repartir.

Les visiteurs ont en face d’eux des accueillants qui sont présents comme une équipe de service et qui n’attendent pas que les résidents participent. L’auberge est un lieu pour raconter des histoires, un lieu d’accompagnement et de conseil, de convivialité, mais aussi de silence et de décontraction. L’hospitalité dans cette auberge reflète en même temps celle de Dieu qui nous accueille et qui nous aime. Les membres de l’équipe de l’auberge sont motivés par l’expérience qu’un jour ils étaient eux-mêmes accueillis dans cette auberge et qu’ils y ont découvert une ambiance qui parle de soi et qui leur avait donné envie de rester. Ils se sont rendus compte que la vie de cette auberge « Eglise » ne peut continuer qu’avec une équipe de service sur place qui agit par reconnaissance ou par curiosité ou par joie … ils ont pris la décision d’ajouter à cette équipe leurs propres possibilités de don, par leur temps, par leurs dons individuels, par leurs moyens financiers. Il s’agit d’« une église sur place » (une église dans la ville), mais avec l’accent de l’accueil et de l’hospitalité afin de proposer ainsi un espace de rencontre et de vivre ensemble.

  1. Eglise à la maison

Je vous présente une dernière idée de l’église, celle de l’église comme une maisonnette, une cellule ou d’une église à la maison. C’est l’église adventiste du sud de la France qui a développé ce modèle de l’église et qui le met en place. En effet, ce modèle d’église ne ferait pas d’agrandissement du temple, mais au contraire une disparition du temple. Chaque Groupe de Maison, chaque maisonnette est une église en soi. C’est là où se vit le culte et la rencontre, c’est là où les membres de la maison partagent l’écoute de la Parole biblique en écoutant un responsable du groupe, et où ils vivent la Sainte Cène ensemble. Et avec l’idée que les membres invitent à l’église à la maison, que le groupe grandit…jusqu’au moment où le groupe se partage en deux pour devenir de nouveau deux groupes…deux églises à la maison. L’église adventiste appelle ces groupes « groupes de croissance », avec l’idée que l’organisme grandit quand les cellules grandissent, se divisent en deux, en quatre…et deviennent de plus en plus nombreuses. C’est une église de témoins, disent-ils, alors que les bâtiments ne témoignent plus. Cela devient un travail en réseau des responsables, qui sont formés par des séminaires, mais qui sont ensuite de nouveau « sur le terrain » ou plutôt à la maison pour vivre l’église à la maison.

Voilà, trois idées, trois dessins pour une église qui peuvent nous stimuler pour un regard sur notre église locale. Trois idées et trois chemins différents pour vivre l’église. Déjà la pluralité de modèle au temps du Nouveau Testament nous stimule, nous encourage à imaginer l’église et à  dessiner une église dans une nouvelle forme. La Réforme disait « ecclesia semper reformanda » - l’église doit toujours se réformer…trouver un nouveau visage pour son temps, afin de proclamer et annoncer la bonne nouvelle pour son temps. Mais la Réforme nous a aussi donné un critère pour que l’église ne perde pas son centre. (Ou pour reprendre l’image de la semaine passée : que le monastère ne devienne pas une hôtellerie et un simple magasin…même si le monastère fait un accueil des hôtes et tient aussi une épicerie…).

La confession d’Augsbourg, une confession écrite en 1530 pour un dialogue avec les catholiques à la diète d’Augsbourg dit ceci : « Nous enseignons aussi qu’il ne doit y avoir qu'une Sainte Église chrétienne et qu’elle subsistera éternellement. Elle est l’assemblée de tous les croyants parmi lesquels l’Évangile est prêché fidèlement et les saints Sacrements administrés conformément à l’Évangile. » Et un peu plus loin : « L'unité véritable de l’Église chrétienne n’exige pas qu'on observe partout des cérémonies uniformes, instituées par les hommes… » L’église se trouve là, nous disent les Réformateurs, où l’assemblée écoute la Parole de Dieu, l’Evangile, et où le baptême et la Sainte Cène sont l’expression de cette Parole. Ce ne sont pas les formes qui font l’église – comme s’il existait une unique et éternelle forme pour l’église. Et ce ne sont pas non plus les fidèles, les croyants et leur foi qui constituent l’église, mais la Parole qui se dit elle-même, qui s’annonce elle-même ! Cette Parole de l’Evangile donne ensuite la liberté de vivre ensemble en tant qu’église…dans un centre, comme une auberge ou comme une église à la maison…en tant que temple de Houilles. Amen !