Prédication "Vous êtes une lettre ouverte du Christ..." (2Co 3,3)

Prédication « être une lettre du Christ »

Lorsque j’ai préparé le nouveau cycle « Ici – j’ai ma place » pour les Groupes de maison que nous allons commencer avec ce culte, cette semaine, je suis tombé sur une phrase de Paul, un verset biblique qui m’a beaucoup parlé: « C’est vous qui êtes notre lettre, écrite dans notre cœur, connue et lue par tous. Il est manifeste que vous êtes une lettre du Christ…» (2Co 3,2-3a)

L’église comme une lettre – une lettre ouverte, un message publique  - connue et lue par tous. L’église comme une lettre, cette image m’a interpellé. Une lettre au monde, une lettre à tous afin que la bonne nouvelle soit entendue. Une lettre à notre société, ou plus concrètement : une lettre de notre église locale, de Houilles à la ville que nous habitons. Une lettre, un message : l’auteur de cette lettre serait notre temple, ça serait nous tous ensemble, et le destinataire est notre ville, notre environnement – nos voisins, nos collègues de travail et nos amis.

D'abord j'entends une promesse, une promesse forte: vous êtes! cette lettre!

- avec notre culte au milieu de la ville - aussi le culte pour les tout petits...ou celui du vendredi: nous sommes cette lettre du Christ qui parle au monde de son amour et qui le proclame comme le Roi du monde: par les prières, par la musique que nous jouons et les chants que nous chantons!

- les rencontres et manifestations que nous partageons

- avec notre foi et notre joie que nous transmettons à la jeune génération au catéchisme

La parole de l’apôtre Paul est d’abord une promesse, la promesse que nous sommes déjà cette présence du Christ au monde: cette lettre adressée au monde!

L’apôtre Paul nous dit ensuite également « vous êtes une lettre », vous ensemble ; il ne le dit pas à quelques uns, « des grands écrivains », mais à nous tous. Il n’est pas demandé de chercher le top-messenger, mais c’est à nous, tous ensembles, qu’il s’adresse aujourd’hui. Chacun de nous écrit une phrase ou un détail de cette lettre ; chacun avec ses dons qui lui sont donnés, les talents qui lui sont confiés par notre Dieu-Créateur : par la manière d’accueillir et de garder contact ; par la manière de chanter ou de jouer la musique – par la manière de raconter des histoires bibliques aux enfants ; par la manière d’organiser ou de parler de la foi. Chacun de nous apporte par sa manière de vivre la foi un élément à cette lettre que nous écrivons, cette lettre ouverte. C’est une lettre vivante, « une lettre écrite, non pas de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant », dit Paul un peu plus loin. Une lettre très personnelle, c’est notre lettre, qui parle de nous et de notre foi. Comment suis-je venu vers l’église à Houilles ? Comment ai-je trouvé une place ici dans la communauté ? Cette lettre est personnelle puisqu’elle parle de nous, témoigne de notre vie, notre paroisse et de notre foi !

Comment vivons nous notre église et comment nous la souhaitons ?  Comment écrire sur nous, avec quel accent, quel message fort et avec quel élément de notre foi voulons nous le remplir et écrire. Ce nouveau cycle des Groupes de maison aura un seul thème pour tous les groupes : « Ici (dans l’église) – j’ai ma place ! » Ce nouveau cycle veut nous aider à reformuler ensemble cette lettre, de réfléchir ensemble sur le message, sur le destinataire et sur nous les auteurs de cette lettre.

Chaque lettre a aussi un destinataire… C’est toujours une joie de recevoir une vraie lettre ; aujourd’hui c’est devenu assez rare de recevoir une lettre. Des emails, nous en recevons plein, des mails nécessaires, avec des informations, pour régler une affaire. Il est autre chose de recevoir une vraie lettre, encore écrite à la main où la personne qui me l’envoie, qui a pris du temps, s’est donné de la peine d’écrire cette lettre adressée à moi. Une lettre que nous pouvons garder, relire. Certes, une carte postale fait plaisir ; elle est un petit coucou, un signe disant « j’ai pensé à toi », un lien entre les deux. Une lettre fait plaisir, me rend heureux puisque quelqu’un a pensé à moi et m’a adressé un message profond qu’il veut partager avec moi. La ville, notre ville – qui est le destinataire de notre message aura de la joie de recevoir une telle lettre de notre part, avec le soin et l’effort que cela nous demande.

Il est vrai que le message de l’église n’est plus entendu comme autrefois : L’église était jadis centrale, au milieu de la ville ou du village. Les maisons et les habitants étaient centrés autour de l’église et étaient en dialogue avec elle (même si autrefois ce dialogue n’était pas facile et évident non plus). Entre temps, le paysage de nos villes a beaucoup changé : maintenant il y a des grands bâtiments autour qui font que la tour de l’église ou du temple n’est plus le plus haut monument de la ville. La ville s’est élargie, a gagné des quartiers en plus. L’église n’a plus cette position centrale comme autrefois. Peut être qu'avec ce changement du paysage de la ville, où l'église n'est plus au milieu de notre ville, que la recherche du sens, la question de l'orientation dans la ville n'est plus pareil... Les gens ont toujours des questions, cherchent toujours une orientation dans leur vie, mais ne s'adresse plus à l'église.... Et ils cherchent maintenant sur le « marché de la spiritualité »… Et je les imagine aussi perdu comme moi devant une étagère avec des Shampoings qu’il faut choisir… (pourquoi choisir ce Shampoings et pas un autre ?!?)

Aujourd’hui, les contemporains ne vont plus directement à l’église, mais cherchent d’abord sur Internet les propositions spirituelles et religieuses. Ils mettent un mot clef et cherchent d’après leur besoin. C’est l’homme moderne maintenant qui se sent au centre et qui regarde les différentes propositions sur le marché…et notre église peut être heureuse si la recherche sur Internet tombe aussi sur son site et ses propositions, pourvu que la personne fasse ensuite aussi la démarche pour venir et pour essayer / participer à la proposition.

Et la relation envers l’église comme institution aussi a beaucoup changé, comme la relation de l’homme envers des institutions en général : Alors que l’on se confiait autrefois aux institutions, on se confiait à l’église pour toutes les questions de Dieu et de la vie (église = une institution pour l’assistance religieuse, rien de négatif). L’église était le lieu pour les questions de la foi ; les croyants allaient à l’église pour l’accompagnement des questions de vie, l’église et le temple étaient le lieu pour les cérémonies religieuses : le baptême, la confirmation et mariage, l’enterrement.

Quand nous formulons notre lettre, il nous faut aussi réfléchir sur le destinataire ; sans pourtant oublier notre message propre. C’est un peu le risque, le risque de se perdre dans le marché – de perdre aussi son identité, son message seulement pour être reconnu et de faire une proposition d’offre ! (mais nous savons aussi que très vite le marché évolue et remplace une offre…et nous serons alors dépassés par l’offre du marché).

J’aimerais utiliser un exemple pour m’expliquer d’avantage :  beaucoup de monastères ont des chambres d’hôtes pour que les personnes puissent venir se recueillir, pour faire une retraite spirituelle et pour avoir un temps à part. D’autre part, les monastères ont souvent aussi une petite épicerie où les frères ou les sœurs vendent des produits qu’ils ont fait de leurs mains. L’hôtellerie et le petit magasin marchent souvent assez bien dans les différents monastères. Est-ce qu’il faut maintenant conseiller aux monastères qui ont des problèmes de renouvellement et de la relève de se concentrer sur l’hôtellerie et la vente des produits ? Un monastère deviendrait ainsi un hôtel et une chaîne de magasin, mais perdrait l’essentiel de son être et de sa mission. Même si le marché aurait la demande de ces services – et les monastères vont certainement continuer à proposer la possibilité de se recueillir chez eux – le monastère ne va pas céder à cette demande en quittant sa destination première.

Pour rester dans l’image, je dirais que le timbre et l’enveloppe sont l’Esprit de Dieu. Cela nous ne dispense pas de réfléchir à nous-mêmes comme expéditeur, sur nos dons, notre message, notre témoignage, ni de réfléchir sur celui à qui nous voulons adresser notre lettre ! Mais pour que la lettre ne reste pas un signe et un message mort, nous demandons par la prière l’Esprit de Dieu, nous demandons son inspiration et son aide afin que le message soit entendu, et qu’il touche vraiment les cœurs. Ce n’est pas une question de paresse, vous avez bien compris! la parole de Dieu, c'est lui qui la fait entendre, par son Esprit; mais nous devons nous donner la peine de l'écrire,  des paroles humaines, de formuler la lettre - se donner de l'effort.

Nous avons cette fois ci dans tous les Groupes de Maison un thème en commun (dont, il n’est pas nécessaire de se déchirer entre plusieurs sujets intéressants et après je ne sais plus où aller). C’est dans des Groupes de maison que nous voulons y réfléchir ; puisque c’est « nous » l’expéditeur, c'est nous la lettre du Christ, alors nous sommes invités à nous retrouver dans les différents groupes pour en parler, y réfléchir et prier afin de se mettre en marche (sur le chemin) ensemble.

Si nous nous réunissons dans des Groupes de Maison, c’est d’abord le plaisir de se rencontrer et de partager ensemble un temps dans un groupe familier. Mais ensuite le lien entre le quotidien et le culte et ma foi vécue se fait naturellement : Quand j’ouvre dans ma maison la Bible, personnellement ou dans un groupe de maison – elle fait des liens vers mon quotidien, je vis mon quotidien en dialogue, en relation. Et nous allons alors réfléchir comment être une lettre ouverte avec ce lien vers le quotidien, vers la situation dans laquelle je vis. Le groupe de maison sera comme une cellule spirituelle pour approfondir les questions de la foi par la rencontre, le partage, la lecture commune de la Bible et la prière. Une cellule spirituelle et familière où il est possible de parler de vrai, où il est possible de se poser des vraies questions sur Dieu, sur la vie, sur soi-même – nous n’avons encore dans notre société que très peu d’endroits où c’est possible ? « Ici – j’ai une place » - ici, dans notre église locale, dans cette communauté… j’ai une place – une place pour en discuter, une place pour m’engager que cette lettre soit concrète, écrite avec de l’amour et adressée à nos contemporains de notre ville. Et envoyée avec cette promesse : « C’est vous qui êtes notre lettre, écrite dans notre cœurs, connue et lue de tous… ! »     Amen!