A Propos du tour

Le 9 juillet le Tour de France cycliste a fait escale au Havre : un événement important pour notre cité. Malgré les scandales qui se répètent chaque année, et le cru 2015 ne fera pas exception...

Le 9 juillet le Tour de France cycliste a fait escale au Havre : un événement important pour notre cité. Malgré les scandales qui se répètent chaque année, et le cru 2015 ne fera pas exception, malgré son caractère commercial de plus en plus affirmé, même si plus personne ne croit à la vérité sportive qu'il est censé faire émerger, le Tour reste en France l'événement majeur de l'année. Le Général de Gaulle, il y a bien longtemps, reconnaissait n'être le Président de la France que 11 mois par an : « en juillet c'est le Tour qui règne en France… »

 Aimer le Tour ce n'est pas forcément aimer le cyclisme. On peut à l'inverse être cycliste et détester le Tour. Néanmoins il est permis d'aimer le vélo et d'aimer le Tour. Au chrétien le vélo rappelle quelques vérités qui lui donnent une saveur particulière.

A vélo, deux choses sont parfaitement impossibles : rester sur place et reculer. Le cycliste s'il veut éviter la chute est obligée d'être en mouvement, vers l'avant. N'est-ce pas là aussi la condition exacte du chrétien ? Aller de l'avant, ne pas s'en tenir aux idées ou aux dogmes fixes, se méfier des certitudes définitives, c'est éviter la chute dans le dogmatisme, l'intolérance, le fanatisme.

On dit d'un cycliste non dopé qu' "il roule à l'eau claire". Quelle meilleure définition que celle-ci pour le chrétien ? Lui aussi marche "à l'eau claire": celle du baptême, celle que lui donne Jésus et grâce à laquelle " il n'aura plus jamais soif", l'eau claire de la Parole, telle qu'elle nous est donnée dans l'Évangile. Telle est la vraie diététique du chrétien, un régime qui ne comporte aucun risque d'overdose.

Et pourtant, là aussi le dopage existe : se doper, pour le chrétien, c'est croire que l'on deviendra plus fort, meilleur que les autres, en écoutant non pas la voix de Dieu mais celle des hommes. C'est pervertir la Bible à son propre usage, oublier son message, un message pourtant simple, qui tient en trois mots : "Dieu est amour".

 Se doper c'est chercher dans la Bible la justification de la violence, de l'intolérance, de la domination, du dédain des autres, c'est fonder sur la Bible ou sur l'enseignement de tel ou tel faux prophète sa propre justification et parce qu'on se dit chrétien, se sentir et se dire supérieur aux autres.

Dieu seul est grand : au championnat de la foi nous sommes tous égaux sous son regard. Paul se voulait l' "athlète de Dieu" mais il se voulait d'abord et surtout le serviteur de Dieu : le chrétien ne court pas pour gagner le maillot jaune de la foi. Comme un fidèle équipier il est au service de son leader, le seul maillot jaune qu'il se reconnaisse: Jésus-Christ.

Faire du vélo c'est découvrir le monde voulu et créé par Dieu, avec ses côtes et ses descentes sa pluie et son soleil, son vent, parfois de face, parfois arrière ; c'est voir ce que l'homme a fait de ce monde : mise en valeur, harmonie de paysages façonnés par un effort millénaire ou enlaidissement, destruction irréversible du fait de sa cupidité, de son irresponsabilité.

Faire du vélo c'est surtout partir à la rencontre d'hommes et de femmes que l'on ne rencontrerait pas autrement. L’automobiliste, séparé par une barrière de fer et d'acier de son prochain, rendu agressif, hostile aux autres par son enfermement, est semblable au chrétien prisonnier de ses certitudes : il y a lui, qui a raison, et les autres, qui ont tort.

Aucune barrière ne sépare le cycliste de ses frères humains : aucun préjugé ne doit empêcher le chrétien d'essayer d'entendre et de comprendre ceux dont il croise la route et qui ne partagent pas forcément sa foi, ne pensent pas comme lui, ne prient pas comme lui.

Toute activité humaine peut être une façon de louer Dieu. La pratique du vélo en est une parmi d'autres. Remercions Dieu d'avoir donné à l'homme l'intelligence qui lui a permis de faire cette (géniale) invention. Remercions-le de nous donner l'envie, le courage et la force de monter sur nos vélos, non pas pour affronter ou dominer nos frères ou sœurs mais pour cheminer avec eux, pour partir à la découverte du monde et de ses habitants. Remercions-le de nous guider, ou de nous égarer, sur nos routes et sur nos chemins : n'est-ce pas en sortant des voies balisées que l'on fait les plus belles découvertes ?

Remercions-le d'être au bord de la route pour nous encourager, et d'être à l'arrivée de cette étape, notre vie, qui n'aura pas de fin.

Jacques Beurier

 

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Publié le 20 septembre 2015

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