Eglises et mosquées - Disputatio

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai lu avec intérêt la contribution de Jacques Beurrier dans  la « chronique iconoclaste » de la dernière parution de notre feuille paroissiale et comme beaucoup d’entre vous, je suppose, elle ne m’a pas laissé indifférent. Mais laissez-moi, tout d’abord, me réjouir que cette chronique trouve de nouveaux contributeurs, elle n’en sera que plus vivante. A vos plumes !
Je vous proposerai donc une réaction, la mienne, au récent billet de Jacques Beurier intitulé Eglises ou mosquées, lui-même réagissant à la proposition du recteur de la mosquée de Paris, d’ouvrir nos églises vides aux musulmans de France. Provocation, maladresse en ces temps de tensions communautaristes ou simple proposition de bon sens ?
Le raisonnement est de dire : « Nos églises sont vides de fidèles, les musulmans pratiquants sont nombreux, ils cherchent des lieux pour se réunir. Alors accueillons les dans nos églises et nos temples » Logique cartésienne comme le dit  Jacques Beurier. Type même du faux raisonnement, ajouterai-je.
Jacques y voit la conséquence de l’abandon de nos valeurs chrétiennes. Mais s’il y avait réellement abandon des valeurs chrétiennes, pourquoi la plus part de nos compatriotes, pratiquants ou non pratiquants sont-ils si attachés à leurs édifices religieux et si rétissants à la proposition de Dalil Boubakeur ?
Je pense, pour ma part, que c’est précisément parce qu’il n’y a pas abandon des valeurs chrétiennes dans notre occident et que chacun sent bien consciemment ou inconsciemment ce que notre civilisation doit aux valeurs chrétiennes. Elles ont été longuement façonnées par la lente évolution vers le monothéisme. Héritières des philosophies de la Grèce antique, elles s’y retrouvent à nouveau confrontées à la Renaissance, pour susciter « les Lumières » et porter les bases de l’évolution de nos sociétés. Les valeurs humanistes, produits de cette lente macération des idées, se sont finalement imposées en occident contre l’obscurantisme, malgré, à certains moments, de terribles retour en arrière. Avec toutes leurs imperfections nos sociétés portent en elles des valeurs de solidarité, de liberté, de tolérance, d’égalité et, oserai-je le dire, de fraternité. Et nos églises, associées à nos mairies, dans chacun de nos villages, dans chacune de nos villes, en constituent un symbole tangible.
La question n’est donc pas tant que les musulmans emplissent leurs mosquées ou que telle ou telle communauté emplit ses églises alors que les nôtres sont vides. La question n’est pas de savoir qui sont les fidèles aujourd’hui ? La question est de savoir comment notre occident peut-il encore faire rêver sa jeunesse, en continuant de porter ses valeurs fondamentales de liberté d’égalité et de tolérance qui, pour beaucoup sont devenues une telle évidence, qu’elles ne méritent plus que l’on se mobilise pour elles.
Je n’ai pas de solution pour remplir à nouveau nos temples, mais je sais que même vides, ils racontent l’histoire et les combats qui furent ceux de nos aïeux pour la liberté et la tolérance.
Je dirai donc en conclusion, non pas Eglises ou mosquées, mais Eglises et mosquées.

Daniel Leclercq