HIstoire et diversité du christianisme oriental


L'appellation « chrétiens d'Orient » est en réalité un terme générique qui désigne des réalités ecclésiales mais aussi des contextes politiques variés. En effet, certaines Églises orientales sont autocéphales, d'autres se rattachent à un patriarcat orthodoxe ou à Rome, d'autres encore sont issues des missions protestantes venues d'Amérique ou d'Europe, et aujourd'hui de Corée. Elles célèbrent leur liturgie dans des langues diverses, parfois très anciennes, et selon des rites qui leurs sont propres. Certaines participent à des dialogues oecuméniques au sein du Conseil des Églises du Moyen Orient. Elles sont parfois intégrées au paysage religieux de leur pays et en sont une des composantes officielles (comme au Liban) tandis qu'ailleurs leurs droits sont limités et leur existence est compliquée. Par ailleurs, il est assez difficile d'estimer le nombre de chrétiens d'Orient, tant les statistiques font l'objet de débats. En Egypte, ils représenteraient entre 6 et 10% de la population, mais beaucoup font le choix de l'exil et de nombreux coptes vivent aujourd'hui à l'étranger. Ainsi, selon une étude de The Economist, la proportion globale de chrétiens au Moyen-Orient a chuté de 14% en 1910 à 4% en 2015.

Dans leur diversité, les chrétiens d'Orient savent qu'ils sont les témoins de la naissance même du christianisme. En effet, leurs communautés ont été fondées par les premières missions apostoliques, qui se sont développées dans les milieux hellénistiques mais aussi en Mésopotamie et en Perse, et même jusqu'en Inde. Au sein de ces communautés chrétiennes naissantes, différentes manières de vivre, de dire et de penser sa foi coexistaient, mais au IVème siècle, l'Empereur Constantin décida de tout mettre en oeuvre pour unifier la foi chrétienne et il convoqua à cette fin un premier concile oecuménique à Nicée en 325. Ce concile sera suivi par plusieurs autres, toujours à l'initiative de l'Empereur. Certaines communautés ont refusé d'adhérer aux conclusions de ces conciles, pour des raisons théologiques, notamment sur la question de la nature du Christ, mais aussi culturelles et géopolitiques (opposition à la domination romaine). Plusieurs siècles plus tard, en 1054, eut lieu le grand schisme entre chrétiens d'Orient (appelés orthodoxes) et chrétiens d'Occident (appelés catholiques). Au fil de l'histoire, certaines de ces églises orientales, dites uniates, se sont ralliées à Rome tout en conservant leurs spécificités (liturgiques et en matière de droit canon), complexifiant encore le paysage ecclésial oriental !

Cette histoire mouvementée explique la grande diversité actuelle du christianisme oriental, diversité qui fait aussi sa richesse. En se promenant dans les rues de Jérusalem, on peut ainsi entendre résonner des hymnes arméniens, syriaques ou russes et assister à un office en rite latin, grec, copte, maronite ou chaldéen !

Marion Heyl