Les chrétiens en terre d'Islam : l'exemple des Coptes d'Egypte


Le monde oriental était majoritairement chrétien jusqu'au moment des conquêtes arabes, menées dès le VIIème siècle par les successeurs du prophète Mohammed. Depuis, les chrétiens d'Orient vivent en terre musulmane, mais dans des situations très diverses qui dépendent de la législation de chaque État, des pouvoirs politiques en place, et bien souvent aussi de la situation géo-politique de la région.

En Égypte, les troupes conduites par le Général Amr Ibn al-As ont été plutôt bien accueillies, la population les considérant comme les libérateurs de la domination byzantine. Les premiers temps de la mise en place du califat ont donc été vécus assez sereinement, dans la continuité du respect qui avait été instauré par le prophète à l'encontre  des autres monothéismes. Certains chrétiens ont toutefois fait le choix de la conversion afin d'échapper à la jizya, un impôt que devaient payer les non-musulmans et qui représentait une source d'argent non négligeable pour le pouvoir musulman. La situation des Coptes a ensuite évolué au rythme des dynasties successives : plutôt bien intégrés sous le règne des Omeyyades (650-750), ils ont subi une importante vague de violences pendant la dynastie des Abassides (750-972) avant de retrouver une situation plus confortable sous les Fatimides (969-1171). Au moment des croisades, la situation des chrétiens d'Orient
a été difficile. Ils ont souvent été accusés d'être la cinquième colonne des croisés, et d'apporter leur soutien à l'Occident chrétien plutôt qu'à leurs concitoyens. Cette accusation d’allégeance à l'Occident est encore actuelle, et l'appui (ou l’ingérence?) des puissances étrangères et de certains mouvements chrétiens met parfois les Églises orientales dans des situations difficiles.

Il faudra cependant attendre la nahda (renaissance arabe) du XIXème siècle, et plus précisément l'arrivée au pouvoir de Mehemet Ali Pacha, pour voir une véritable intégration des Coptes dans la société égyptienne. Considérant que tous les Égyptiens devaient avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs, sans considération d'appartenance religieuse, il accorda aux Coptes une citoyenneté comparable à celle des musulmans. Ce mouvement se poursuivit sous ses successeurs, réduisant au fil du temps les inégalités entre les deux composantes religieuses de l’Égypte.

Les années qui suivirent la fin de la Première Guerre Mondiale ont quant à elles porté l'espoir d'une véritable union nationale de la croix et du croissant face à l'occupant britannique. Cette unité nationale a été retrouvée au moment du printemps arabe, lorsque chrétiens et musulmans étaient ensemble sur la place Tahrir pour dire leur opposition au gouvernement de Moubarak.

L'islamisation progressive de la société égyptienne depuis les années 1970 a rendu beaucoup plus compliquée la place des Coptes au sein de la société égyptienne. A son arrivée au pouvoir, Anouar al-Sadate a mené une politique plutôt conciliante avec les mouvements islamistes, notamment les Frères musulmans, à des fins politiques. Ainsi, il a fait inscrire dans la nouvelle constitution adoptée en 1971 plusieurs références à l'Islam et y consacre la référence à la sharia comme source de droit : « l'Islam est la religion de l'Etat, l'arabe sa langue officielle et les principes de la sharia islamique une source principale de législation ». Face à une société qui se définit de plus en plus par son appartenance à l'Islam, y compris dans ses textes législatifs, les Coptes subissent une crise d'identité : comment vivre pleinement leur attachement à l'Egypte, terre de leurs ancêtres, quand l'Egypte se comprend de plus en plus comme une nation musulmane ? Par ailleurs, les Coptes ont le sentiment d'être insuffisamment protégés et soutenus par le gouvernement face aux attaques fréquentes de leurs églises et le laxisme avec lequel ces affaires sont traitées. Ils souffrent aussi de difficultés pour construire ou réparer leurs églises, d'une pression diffuse liée par exemple à l'enseignement de la langue arabe, qui se base sur les textes coraniques que les élèves doivent apprendre par cœur, et d'une discrimination qui leur rend difficile l'accès à des postes de responsabilité, notamment dans la fonction publique.

L'instabilité politique actuelle et la progression de Daesh dans le Sinaï égyptien fait par ailleurs craindre des années difficiles à la population copte, dont l'émigration est importante : le récent attentat contre une Église du Caire ainsi que la fuite de familles chrétiennes de la région du Sinaï où elles étaient menacées en sont la preuve.

Marion Heyl