Les grandes vacances !


J’écris ces lignes alors que l’été n’est pas encore terminé, même si les frimas de l’automne semblent, cette année, montrer précocement le bout de leur nez. L’été se languit, la lumière décline lentement déjà depuis la mi-août, les petits tout habillés de neuf découvrent leur classe, les plus grands retrouvent leurs amis, alors que les étudiants sont encore, pour la plupart, en sursis de rentrée. Chacun a repris son ordinaire. La fourmilière s’est remise en marche, la parenthèse est refermée. Les grandes vacances ne sont plus qu’un souvenir, sauf pour les retraités... peut-être...

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi les Grandes Vacances, vécues ou rêvées, auront été et sont toujours les plus beaux temps de la vie. Temps bénis de l’enfance où les générations se retrouvent, les différences s’estompent pour un instant partagé. Les rêves deviennent réalité ou les réalités deviennent rêves, on ne sait plus très bien. Peu importe, la règle du jeu change, les costumes tombent, les corps se dévoilent, les amours sont enfantines, les cartes sont rebattues, le temps d’un été. Puis, chacun emporte avec soi ses parfums, ses horizons lointains ou proches mais toujours sublimés. Les blés dorés ondulent dans la plaine sous le vent tiède de juillet. Ils seront récoltés en août. Ah ! cette odeur des moissons, comme je la respire. Et puis la mer, toujours bleue sous le dur soleil méditerranéen, le sud et ses couleurs aussi irréelles qu’éclatantes. La mer qui scintille en Iroise, la mer aux mille nuances de vert, de bleu et de gris, de l’Atlantique à la Manche, les côtes d’opale, d’albâtre, d’émeraude, d’amour ou d’argent, autant d’évocations enchantées, le goût du sel sur les lèvres, la fraicheur des embruns sur le visage. Pour d’autres, ce sera la montagne, la campagne, les confitures et les tartes de Grand-Mère, le potager de Grand-Père... Mais chacun, comme Proust, a sa « madeleine » qu’il garde au fond de son cœur et qui parfume ses souvenirs.

Quand je dis chacun, malheureusement ce n’est pas la réalité. Trop, encore, n’ont pas accès à ces grandes vacances. Trop, encore, vivent ces mois d’été rivés à l’ordinaire de leur quartier avec comme seul horizon les parkings bitumés, les caves ou les abris-bus. L’ennui et le désœuvrement disent certains psychologues, ne sont pas forcément mauvaises choses. Ils peuvent être source de créations et de réflexion. Certes, mais ils sont le plus souvent source d’appauvrissement, de désenchantement et de dépréciation de soi. Ils peuvent mener à la délinquance. Alors, si j’étais quelqu’un d’important, je proposerais volontiers d’inscrire dans la constitution le droit, pour tous, aux grandes vacances, le droit au rêve, à la flânerie, le droit pour chacun à sa « madeleine ».

Vous l’avez compris, je milite pour les grandes vacances, des grandes vacances éternelles mais toujours renouvelées qui seraient comme un avant-goût du paradis. Je m’élève donc contre tous ceux qui voudraient les raccourcir, voire les réduire à une portion congrue. Ceux-là n’ont sans doute pas su reconnaître leur « madeleine ». Je les plains.

Daniel Leclercq