Les protestants d'Orient


Les protestants d'Orient sont une minorité au sein de la minorité chrétienne. Ils sont souvent oubliés des médias qui leur préfèrent les images typiques d'un christianisme oriental fait d'icônes, de prêtres en soutane, de monastères... Pourtant, les protestants sont souvent des acteurs importants dans leurs pays respectifs et les oeuvres
sociales qu’ils portent sont nombreuses : gestion d’hôpitaux ou de centres médicaux dans des quartiers défavorisés, écoles réputées, orphelinats ou foyers pour enfants en difficultés, et, depuis plusieurs années, aide apportée aux migrants à travers notamment un engagement dans les camps de réfugiés. Ils sont aussi très engagés dans le dialogue interreligieux, et proposent des lieux de formation connus y compris à l'international.

C’est dans le cadre des grands mouvements missionnaires du 19ème siècle, dans un esprit que nous qualifierions de 'piétiste' aujourd'hui, que la Réforme est arrivée dans la région au XIXème siècle. Ces missions n'avaient pas pour objectif premier d'amener à la fondation de nouvelles Églises, mais de favoriser le renouveau des Eglises locales, de tradition orthodoxe, par l'encouragement à la lecture de la Bible, la création des écoles du dimanche, de nouvelles formes de catéchèse... et d'apporter aussi une aide matérielle aux chrétiens d'Orient. Néanmoins, des communautés locales protestantes ont commencé à se former en particulier suite au refus des autorités de ces Eglises d'accepter changements et renouveau, et aujourd'hui le protestantisme oriental se structure en Églises nationales ou en fédérations d’Églises.

Les protestantismes dits historiques sont réunis depuis 1974 dans le Fellowship of the Middle East Evangelical Churches (FMEEC), cadre institutionnel qui permet aux luthériens, réformés et anglicans de réfléchir ensemble à des sujets communs et d’agir de concert dans certains domaines. Ce Fellowship
regroupe des Églises protestantes établies en Égypte, au Liban, en Syrie, en Jordanie, en Terre Sainte, mais aussi en Algérie, au Soudan, en Iran ou au Koweït... C’est aussi
au sein du FMEEC que se sont déployés les principaux efforts oecuméniques intraprotestants depuis le début des années 1990, discussions qui ont abouti à la signature, le 26 janvier 2006, de la Déclaration d’Amman, accord de pleine reconnaissance mutuelle entre les Églises luthériennes et réformées du Moyen- Orient et d’Afrique du Nord. Cette déclaration est largement inspirée de la Concorde de Leuenberg, signée le 16 mars 1973, qui établit la communion ecclésiale entre luthériens et réformés d’Europe.

L'actualité de ces Églises est marquée par la première ordination d'une femme au ministère pastoral qui a été célébrée le 26 février dernier à Tripoli, au Liban, au sein du Synode national évangélique de Syrie et du Liban. Rola Sleiman devient ainsi la première pasteure du monde arabe. Une véritable révolution au sein de la chrétienté moyen-orientale dont la mise en oeuvre effective a exigé de nombreuses années !

Marion Heyl Pasteur