Tous appelés à vivre


En ces jours de Pâques, les Eglises annoncent la résurrection du Christ et affirment que la vie est plus forte que la mort. Ce message est difficile à comprendre et à transmettre. Dans l’esprit de notre société, Pâques est la fête des chocolats et célèbre peut-être encore la nature renaissante après l'hiver. Le message chrétien de la résurrection ne se fait guère entendre en dehors des Eglises.
Pourquoi? A mon avis, la confiance et l’espérance sont difficiles à transmettre. Elles ne se commandent pas. Elles peuvent naître dans le for intérieur de chacun, mais ça n'est pas donné surtout chez quelqu’un dont la réalité est envahie par la mort, par la douleur d’une séparation, par la rupture d’une relation ou par une déception qui ébranle les fondements de son existence. Dans une telle situation, une parole de vie venant de l’extérieur a du mal à être entendue. 

Le deuil nous empêche de voir plus loin. Les psychologues insistent sur l'importance de vivre le deuil, de le supporter dans le temps. Après un coup dur, pour nous consoler, pour nous donner du courage, nous disons souvent : la vie continue. Bien sûr que la vie continue, mais elle n’est plus la même. La tombe, la séparation, la déception, surplombent l'esprit. Les Evangiles de Pâques nous plongent dans une situation très familière : trois femmes se rendent auprès d'une tombe pour pleurer leur séparation d’une personne aimée. Les trois femmes vivent leur deuil comme le font d’innombrables femmes, hommes, enfants depuis l’existence de l’humanité. Elles pleurent, elles entourent le corps, elles s'attachent aux souvenirs. Soudain, à en croire l'Evangile de Matthieu, trois femmes vivent quelque chose que l'on ne peut décrire qu'à l'aide d'images : la terre tremble, un ange du Seigneur descend du Ciel, roule la pierre du tombeau et s’assied dessus. De telles images parlent aux contemporains des Evangiles qui baignent dans la mythologie hébraïque et grecque. Le messager de Dieu prend possession d’un endroit où règne la mort. Ses vêtement sont blancs comme neige et irradient lumière et espérance. Les soldats, représentants de la violence et de la mort n'y peuvent rien.
Pourquoi ces images ? Pour dire ce qui s'est produit dans le coeur de ces femmes : à travers ses paroles dites, ses actes accomplis, celui qui n'est plus de ce monde continue à vivre. La mort ne saurait effacer l’existence d'une personne, pas plus que son histoire. Les Evangiles nous disent : la vie est possible malgré la mort, la séparation, la déception. Tout comme les femmes de l'Evangile, nous avons besoin de moments, d'événements, de rencontres qui plantent dans notre deuil, dans notre souffrance, dans notre déception, ce germe d’espérance qui fera renaître en nous la vie.

Richard Taufer, Pasteur