Toutes ces choses que nous pourrions voir


Cela fait partie de ce qui fait notre humanité : consciemment ou inconsciemment il y a des terrains sur lesquels nous évitons de nous engager, des choses que nous préférons ne pas voir ni entendre et encore moins avoir à formuler. Il s'agit de tout ce qui nous fait sortir de nos “zones de confort” au-delà desquelles nait en nous un sentiment d'insécurité ; toutes ces choses qui nous remettent en question et qui, mises en lumière, pourraient se révéler insupportables et donner l'impression que nous ne pourrions plus exister face à nous-même et face aux autres.

Il en va ainsi au niveau personnel comme au niveau collectif. Il n'est pas simple d'assumer les choix faits hier avec leurs conséquences réelles une fois qu'elles se sont révélées – peut-être bien différentes de ce qui était espéré –, de constater là où il y a eu manque de courage ou au contraire excès d'orgueil, ou encore de découvrir les ressorts profonds qui ont pu guider bien des décisions prises et continuent sûrement de le faire : espoirs, désirs, peurs,... plus ou moins avouables. L'exercice de se regarder en vérité, au-delà de nos dénis aveugles, quels individus ou groupes d'individus (“communautés” politiques, sociales, d'intérêt, de foi,...) pourraient affirmer l'avoir mené à bout ? Certains essaient de se lancer dans l'exercice, et c'est déjà beaucoup, mais nul doute que l'humilité s'impose quand il s'agit de dire s'il a été réussi ou pas et s'il a été “honnêtement” mené. D'ailleurs, est-ce vraiment possible, et même vraiment souhaitable, que de mener à bout un tel exercice ?

Il y a au centre de la foi chrétienne le “principe” de l'incarnation : Dieu, en Jésus-Christ, devient homme. Il assume tout ce qui fait un être humain, y compris ses parts d'ombres et ses errances : c'est ainsi que Dieu aime. La résurrection du Christ nous dit que sa crucifixion n'est pas la fin de l'amour de Dieu mais qu'au contraire cet amour est capable de traverser jusqu'à la mort même et qu'il ne s'y perd pas. Il y a là pour l'être humain comme un miroir qui lui est tendu par Dieu : un miroir qui révèle l'être humain tel qu'il est, sans rien en oublier, mais qui renvoie aussi, en même temps, ce regard d'amour que Dieu pose sur l'être humain. Il nous connait tels que nous sommes, et il choisit de continuer à aimer, malgré tout, et de donner vie. Il n'y a pas là encouragement à se satisfaire de nos parts d'ombres ni à se complaire dans nos dénis, mais encouragement à accepter ce que nous sommes et à vivre sous le signe de cet amour manifesté en Jésus-Christ. Là est sans doute la quête de la foi chrétienne.

Emmanuel Rouanet, pasteur