Du jardin à la ville

Après mon travail, la tête chargée de stress et de préoccupations, je m’arrête près de la rivière. Petit à petit, toute cette charge s’efface et mon esprit commence à se mettre à voyager. Et en fixant cette eau cristalline s’écoulant devant moi, encore et toujours..., je vois subitement un poisson passer, un peu plus tard deux canards, un couple d’ombres… Et moi au bord, statique, regardant l’eau et ce qui l’accompagne passer comme le temps s’écoule, comme s’il n’avait pas d’emprise sur moi. L’eau venant de la source pour arriver quelque temps plus tard dans la mer. Le temps qui passe commençant au jardin d’Eden pour finir à la Jérusalem céleste. Ce flux à l’apparence éternelle passa de ma vue à mon esprit, transformant la réalité en une scène de vie où passent de multiples histoires. Celles que je prends plaisir à regarder et d’autres me remplissant
d’effroi où le canard mange l’ombre, ou le poisson fini au bout d’un hameçon, où le malheur touche un frère une soeur. Que faire devant toutes ces tragédies, laisser faire en m’en détachant ou sauver le poisson et l’ombre privant le canard et le pêcheur de leur repas ? Ai-je la possibilité de changer le cours des évènements sans en comprendre le
fond ?

Parfois je me trouve sur la berge regardant en retrait des scènes de vie de mon entourage en essayant de comprendre, hésitant pour agir, ne sachant quoi faire, ne sachant pas si je dois intervenir, avec en arrière-pensée « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». D’autres fois, je suis pris dans le courant de la vie à espérer de l’aide ou espérer d’être laissé tranquille.

Le terrible dilemme de la berge : soit je me détache des scènes qui se présentent en restant simple spectateur devant son journal de 20h ; soit je suis pris de compassion au risque de me retrouver avec une tempête dans ma tête devant des personnes en difficulté et la rivière de la vie en est pleine ! Le Samaritain n’a pas sauvé la terre, mais seulement une personne mourant sur le bord de la route. Et pourtant, quand je lis cette histoire, il passe déjà pour un saint à mes yeux ! D’ailleurs dans notre Eglise, différentes actions sont menées pour aider un peu une ou plusieurs personnes avec : l’Entraide en distribuant des colis alimentaires tous les 15 jours pour les personnes venues se réfugier dans notre pays ; une équipe d’autres personnes ayant décidé de se réunir pour leur offrir un goûter ; quelques-unes vont visiter des personnes seules ou hospitalisées…


Finalement, tous petits ruisseaux de solidarité finissent par donner un grand fleuve. Jamais nous n’avons vu un grand fleuve partir d’une seule source !


Patrick Mériat