le Protestantisme lyonnais

Les protestants reconnaissent un précurseur en Pierre Valdo (fin 12e - début 13e siècle). Ce riche marchand lyonnais décide d’abandonner tous ses biens aux pauvres et prêche la pauvreté à ses concitoyens, priant et lisant l’Ecriture dans la langue de tous les jours. Pierre Valdo est une figure qui se rattache au grand mouvement de la "pauvreté évangélique", comme François d’Assise.

Le rôle de Lyon dans le développement de la Réforme

n’a pas été aussi important qu’on le dit parfois. On ne trouve aucune trace de la Réforme avant 1520-1525, date à laquelle on signale l’importation de "livres hérétiques". Les idées nouvelles apparaissent seulement en 1524 (à Paris en 1521), avec la prédication du carême à Sainte-Croix (à coté de Saint-Jean). Début 1540, trois "hérétiques" sont brûlés à Lyon, mais on ne sait rien d’eux... En 1546, le premier pasteur présent à Lyon est Pierre Fourneret avec une cinquantaine de fidèles.

En 1552, cinq pasteurs venant de Lausanne et Genève regagnent le sud-ouest de la France ; trahis, ils sont arrêtés à Lyon et exécutés en mai 1553 aux Terreaux. A Lyon, la Réforme prend un caractère particulier. Les éléments populaires et le monde des imprimeurs adhérent les premiers. Ils entraînent à leur suite quelques familles de notables bourgeois, y compris des Consuls, qui deviendront les chefs du "parti protestant".

A partir de 1559, la situation se tend, les incidents se multiplient. La nuit du 29 au 30 avril 1562, c’est " le coup de force protestant" : la ville sera administrée pendant 13 mois par 12 Consuls protestants. Lyon finit par rentrer sous l’autorité du Roi en juin 1563. Mais le 10 août 1563, tout le protestantisme français est là pour le 4e synode national.

Les Protestants sont autorisés à construire 3 temples (un à Bourneuf, temple `Fleur de Lys"), un aux Terreaux "sur les fossés de la Lanterne" (où l’on trouve en 1991 des restes de corps inhumés près du temple) et un sur le tènement "Paradis" (rue Establerie) bien connu grâce au tableau de Genève.

Jusqu’au XVIIIème – la Cohabitation

La cohabitation entre catholiques et protestants fut difficile, l’intolérance étant la règle. Février 1567, sac du temple des Terreaux, puis "coup de force catholique" de la Saint-Michel, avant même le début de la seconde guerre de religion. Les Protestants sont "fichés", certains expulsés, et ils n’ont plus le droit d’exercer librement leur culte dans la cité. Août 1572, les "Vêpres lyonnaises font quelques centaines de victimes. Les plus célèbres sont le pasteur Jacques Langlois, à Lyon depuis 1563, assassiné sur le pont de Saône et jeté à l’eau, ainsi que Claude Goudimel, l’harmonisateur des Psaumes de la Réforme. Le culte protestant est interdit à Lyon. Les protestants devront aller à Oullins, puis à Saint-Romain-au-Mont-d’Or, dont le temple sera détruit en 1686 en application de l’Édit de 1685 (révocation de l’Édit de Nantes).

L’édit de tolérance (1787) donne un état-civil aux protestants 2 ans avant la Révolution

La communauté protestante de Lyon a à peine le temps d’apprécier cette situation nouvelle, que la liberté de conscience lui est donnée en 1789, avec l’article 10 de le "Déclaration des Droits de l’Homme", puis la liberté de culte accordée, enfin, en 1791 !

En 1803 (28 pluviose an XI), la Loge du Change est affectée au culte réformé, et devient donc "le Temple du Change" !

Le XIXème – la Diversité

19e siècle : Des Eglises protestantes de diverses sensibilités

L’Église réformée de Lyon est alors une Église concordataire (pasteurs payés par le gouvernement). En 1832, le pasteur Adolphe Monod, en rupture avec l’Église réformée, fonde l’Église évangélique de Lyon, installée passage Thiaffait, où l’hospitalité est donnée aux allemands pour célébrer le culte dans leur langue. C’est l’origine de l’Église luthérienne de Lyon, établie depuis 1892 rue Fénelon. De même, les anglais jouissent de cette hospitalité. Ce sont les débuts de l’Eglise anglicane à Lyon. En 1857, l’Église Evangélique s’installe dans la chapelle de la rue Lanterne.

Les protestants s’impliquent dans les œuvres

1825 voit naître "La Société protestante de prévoyance et de secours mutuels" (la première en France). En 1830 est fondée la "Bibliothèque populaire protestante de Lyon ". "L’Infirmerie protestante " apparaît, rue des Fantasques, dès 1844, et s’installe au cours des Chartreux (cours Général Giraud) en 1884. Sont ouvertes aussi les maisons (on disait alors "asiles") pour personnes âgées Déthel et Morlot. 1884 est encore l’année de l’inauguration du "Nouveau temple" (quai Augagneur) par le pasteur Jules Aeschimann père. Le projet a été conçu par l’architecte lyonnais Gaspard André. Il intègre les écoles protestantes, logées dans l’immeuble adossé au temple, aujourd’hui 6 cours de la Liberté.

Le XXème – Résistance & expansion

les protestants à Lyon au 20e siècle

En 1905, en application de la "Loi de Séparation de l’Église et de l’État", des "associations cultuelles" sont fondées à Lyon dès 1906, auxquelles l’État attribue les temples, sauf celui du Change, propriété de la Ville de Lyon. En 1938, l’Église réformée de France retrouve une certaine unité lors du synode national tenu au temple du Change. L’Église réformée de Lyon, indépendante, et l’Église évangélique décident alors d’entrer l’une et l’autre dans la nouvelle Eglise Réformée de France, tout en conservant chacune son association cultuelle. Entre 1940 et 1945, des protestants prennent une part active aux mouvements de résistance. Dès juillet 40, des pasteurs, par leurs prédications, marquent leur refus du régime de Pétain et dénoncent les lois antisémites. Roland de Pury, pasteur de l’Église réformée de la rue Lanterne aux Terreaux, est arrêté par la Gestapo alors qu’il allait commencer le culte de Pentecôte. Son transfert - en robe pastorale - puis sa détention, ont un fort retentissement. Les protestants lyonnais et les mouvements de jeunesse (Éclaireurs unionistes, Union chrétienne de jeunes gens U.C.J.G.) ne sont pas en reste : fausses cartes, lutte contre le S.T.O., soutien aux maquis du plateau du Chambon-sur-Lignon, aide au passage des juifs qui tentent de rejoindre la Suisse... Le temple du quai Victor Augagneur, avec sa double entrée cours de la Liberté, sert de refuge à des familles juives. En août 42, l’Armée secrète y établit son quartier général et le P.C. de la résistance.

Après 1945, nouvelle période d’expansion

Le protestantisme connaît une nouvelle période d’expansion, avec l’implantation d’Églises nouvelles et une ouverture plus grande aux questions posées par la Société. L’Église Réformée s’implante à Villeurbanne, Montchat, Bron, St Fons, Oullins, la Guillotière, Vaise puis Tassin... Les oeuvres d’entraide se développent. Un Foyer protestant de la Mission populaire est crée à la Duchère. Le centre Pierre Valdo (au Point du Jour) trouve sa vocation dans l’accueil des réfugiés. D’autres Eglises se développent : l’Église baptiste à partir de 1942, rue Masséna, puis cours Vitton. L’Église évangélique libre de la rue Louis, l’Église évangélique du Réveil à Villeubanne en 1958, la Mission tzigane... L’Armée du Salut exerce ses actions dans le social et le témoignage à partir de ses deux postes.

A partir de 1980

Les Églises protestantes resserrent leurs liens dans le cadre de la Fédération protestante de France et mettent en place des actions communes : pastorale, aumôneries hospitalière ou des prisons... Parallèlement, les contacts sont plus fréquents avec l’Église catholique et les autres Eglises chrétiennes. Dialogues, cérémonies et mouvements oecuméniques se multiplient. Les protestants sont associés dès l’origine, en 1982, à Radios Chrétiennes en France (R.C.F., initialement Radio Fourvière). Enfin, le dialogue inter-religieux et les relations fraternelles, jusqu’alors essentiellement tournées vers le Judaïsme, se développent avec les représentants de l’Islam. L’Église réformée de Lyon est membre du C.R.E.L., le Comité des Responsables des Eglises de Lyon, aux cotés des Eglises catholique, orthodoxe, baptiste, anglicane. En 1995, un premier Forum, organisé le ler octobre par les Eglises de la Fédération protestante de France, remporte un succès inattendu.

En 1998, à l’occasion du 400e anniversaire de l’Édit de Nantes, 40 Eglises, oeuvres et mouvements de la Fédération protestante organisent à la Halle Tony Garnier un forum régional sur un thème qui leur est cher : "Convictions et tolérance " (concert de gospel avec Liz MacComb, village protestant, table ronde). Le culte présidé par le pasteur Michel Bertrand rassemble 4000 participants. En 2000, Lyon accueille le synode national de l’Église réformée de France. Et c’est au Palais des congrès de Lyon que l’E.R.F. lance sa démarche " Débat 2000-2000 débats" avec 3000 participants venus de toute la France et de nombreux invités de tous les pays. Une incitation au débat sur les questions de société et à une visibilité du témoignage chrétien dans la cité. Une soirée avec 10 animations en centre ville est proposée aux Lyonnais. L’association "Lyon, 2000 débats" organise en partenariat avec l’Université catholique des tables-rondes sur des thèmes comme la laïcité, la liberté religieuse, la tentation génocidaire. Suite aux attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux U.S.A., l’Église réformée de Lyon et l’Église catholique initient une célébration inter-religieuse à la cathédrale St Jean pour appeler à la paix.