Culte de l'Entraide Mars 2016 "suivre le Christ dans nos actes"

Frère Nicolas de Flüe et le peintre

Bonjour à vous tous. Je viens vous parler d’un homme exceptionnel, un homme de Dieu avec qui j’ai eu la chance d’avoir de longues conversations. C’est le frère Nicolas de Flüe, un ermite très connu en Suisse. Il vit depuis l’âge de cinquante ans dans un tout petit ermitage au fond d’un vallon reculé dans le canton d’Obwalden en plein cœur de la Suisse, non loin de la grande ville de Lucerne et du Lac des Quatre Cantons (comme vous l’appelez, vous les gens du XXIème siècle).

Mais d’abord je me présente. Je m’appelle Hendrik ou plutôt Henk, je viens des Flandres où j’ai appris mon métier de peintre à Gand auprès d’un maître réputé qui avait lui-même été l’élève de Jan Van Eck au début du siècle. Comme c’est l’usage en cette fin de 15ème siècle, je suis parti compléter ma formation en pays étranger, plus au Sud ; j’ai travaillé à Colmar puis de l’autre côté du Rhin à Fribourg dans le Brisgau. C’est là, à Fribourg que j’ai pour la première fois entendu parler de Frère Nicolas, Bruder Klaus comme ils disent. Sa réputation avait dépassé les frontières et tout ce qu’on racontait de sa piété, de sa sagesse et de sa bonté me fascinait au point que j’ai repris la route pour le rencontrer dans son ermitage. Je crois qu’après toute cette vie mouvementée, je cherchais auprès de lui quel sens donner à ma vie.

 

Après deux semaines de marche, je suis enfin arrivé, le cœur battant, devant la porte de son minuscule abri. Il ne m’a pas posé de questions mais il m’a accueilli comme un frère dont il aurait attendu la visite depuis toujours. Il faut dire qu’il a toujours du temps pour chaque visiteur. Il est toujours prêt à accueillir, à écouter, à consoler, à conseiller et à aider et cela se sait ! J’avais d’abord entendu parler de lui comme d’un homme de paix : figurez-vous que ses conseils avaient permis en 1481 d’empêcher une guerre fratricide entre 4 cantons suisses des villes (comme Lucerne) et 4 contons ruraux.  Mais dans tout cela, une chose m’intriguait : cet homme avait bien les pieds sur terre, il ne se payait pas de mots ou de pieuses paroles. Comment se faisait le lien entre sa vie d’ermite faite de prière, de méditation et de jeûne et son action concrète qui ne cessait de répondre aux besoins les plus fondamentaux des hommes, ses frères et sœurs ? Où puisait-il cette énergie qui lui faisait défendre leurs droits et leurs libertés ? Dans les semaines qui ont suivi mon arrivée, il m’a reçu chez lui souvent et dans nos longs échanges j’ai compris que tout se tenait. J’ai compris la source où il puisait. Au centre de sa vie il y a Dieu ; il y a le Christ et Frère Nicolas médite sans cesse les mystères de la vie de Jésus. C’est Lui, son Seigneur qui inspire toute son action auprès des hommes.

Il me parlait et j’écoutais à mon tour ; et moi je suis peintre qui je pense en images, alors je voyais  dans une même image l’épisode de la vie du Christ qu’il méditait et l’engagement très précis qui en découlait. Alors l’idée m’est venue, pour le remercier, de peindre ces associations merveilleuses. Ce sera sur un simple drap car je n’ai pas de quoi payer un support en bois mais ce sera l’Evangile de Christ en images, un vrai livre pour tous ceux qui, comme Frère Nicolas, ne savent ni lire ni écrire. Au centre il y aura le Christ Roi qui est la source de notre vie et de notre action. Je suis heureux à l’idée de ce travail. Je voudrais que Frère Nicolas y retrouve l’empreinte de ses méditations et de nos échanges. Et si, comme tout artiste l’espère, cette modeste toile lui survit et me survit, elle pourra peut-être un jour inspirer la méditation et l’action des hommes et des femmes qui viendront après nous.

 

 

Alors le peintre prenait une personne qui savait lire.

Et cette personne faisait lecture d’un passage de l’Evangile que Nicolas avait souvent cité.

La personne lisait l’Evangile et le peintre commençait son travail:

 

Lecture Mt 25

31« Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire avec tous les anges, il siégera sur son trône royal.

 

Peintre :

Le peintre le sait toute suite. Non, ce ne sera pas sur une throne qu’il montrera le Christ Roi, mais tel que Nicolas avait fait un simple dessin dans sa cabane. un cercle à l’intérieur : Le lieu du Ciel, le lieu où tout est saint, là où tous soient un en LUI. Et puis un grand cercle à l’extérieur: le monde. Et des fléchés qui communiquent. C’était toujours bien important pour Nicolas:  Le lieu où est Dieu et notre monde cela communique. On ne peut pas confondre l’un avec l’autre. Nous n’avons pas le paradis su la terre, mais Dieu nous aide à faire vivre un avant goût de son Royaume déjà chez nous.

Lecture Mt 25

32Tous les peuples de la terre seront assemblés devant lui et il séparera les gens les uns des autres comme le berger sépare les moutons des chèvres ; 33il placera les moutons à sa droite et les chèvres à sa gauche. 34Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, vous qui êtes bénis par mon Père, et recevez le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la création du monde.

 

Peintre :

De même, il ne dessinera pas de moutons. Non, Nicolas, bien que juge par profession, n’est pas interessé par le dernier jugement, mais par ce que nous pouvons faire ici et maintenant, encouragé par l’Evangile, la bonne nouvelle dans la personne de Jésus Christ, telle que les 4 évangélistes en ont rendu témoignage. Henk ne dessine ni chèvres ni moutons mais les 4 signes des 4 évangiles. Voici la bonne nouvelle. Le Christ Roi nous permet d’agir dans le monde, ici et maintenant.

 

Lecture Mt 25

Le lecteur continue:

 

Et oui, ce dit Henk.  Le Christ lui même a vécu tout cela. Mais plus encore. A chaque fois quand on rend visite ou quand on accueille etc. c’est lui  qu’on rencontre. Et à chaque fois c’est lui qui nous rende capable de faire. Cela va dans les deux sens. Et en or, bien brillant, il dessine les fléchées pour qu’on voie cet échange. Christ Roi vient vers nous, nous allons vers lui dans nos actions. Non par ce qu’il nous y force, mais par ce qu’il nous rende capable.

Là dessus la lecture est terminée, mais lui Henk n’est pas encore satisfait. Pour lui il manque quelque chose. Où le Christ est il plus présent que dans la communion? Où le message du Royaume est plus fort que dans l’annonce de la résurrection?  Alors il décide d’ajouter une case et il dessine un prêtre qui préside une communion à l’autel et juste à côté  un reposoir pour un cercueil. Dans la communion on nous annonce bien la mort et la résurrection  du  Christ, alors nous pouvons espérer pour nos morts et nos mourants. Une grande invitation à les accompagner, se dit Henk et pense que Mathieu serait bien d’accord avec lui qu’il l’ajoute sur le tableau.

 

Voici donc le tableau.

Imaginé et dessiné par Henk.

Inspiré par l’enseignement de Nicolas de Flue.

Sur la base de l’Evangile de Mathieu chapitre 25 et toute l’histoire et message de Jésus.

Oui, je suis heureux de mon travail, se dit le peintre car je voudrais que Frère Nicolas y retrouve l’empreinte de ses méditations et de nos échanges. Et si, comme tout artiste l’espère, cette modeste toile lui survit et me survit, elle pourra peut-être un jour inspirer la méditation et l’action des hommes et des femmes qui viendront après nous.