Jean 6 Pain de Vie

 

Prière d’Illumination (assis)

 

Seigneur, ne te tais pas en face de moi.

Si je frappe à ta porte par ma méditation, ouvre-moi ,

si je t'interroge, réponds-moi ,

si je t'implore, exauce-moi!

Oui, tu le feras dans ta grande bonté,

tu le feras largement,

pourvu que, lorsque tu parles,

moi-même je ne détourne pas mon oreille.

Car si on t'écoute, tu écoutes,

si on accueille tes avis,

tu accueilles nos demandes.

Parle donc, Seigneur, ton serviteur écoute,

réponds à celui qui te parle.   (Isaac de l'Etoile †1178)

 

 

Lectures Bibliques (assis)

 

1 Corinthiens 10.16-17

 

La coupe de bénédiction, sur laquelle nous prononçons la bénédiction, n'est-ce pas une communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n'est-ce pas une communion au corps du Christ ? 17 Puisqu'il y a un seul pain, nous, la multitude, nous sommes un seul corps ; car nous partageons tous le même pain.

 

Jean 6.51-58

 

51 C'est moi qui suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra pour toujours ; et le pain que, moi, je donnerai, c'est ma chair, pour la vie du monde. 52 Les Juifs se querellaient entre eux ; ils disaient : Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ? 53 Jésus leur dit : Amen, amen, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'avez pas de vie en vous. 54 Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le relèverai au dernier jour. 55 Car ma chair est vraie nourriture, et mon sang est vraie boisson. 56 Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, comme moi en lui. 57 Comme le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et comme moi, je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi. 58 Voici le pain descendu du ciel. Il n'est pas comme celui qu'ont mangé les pères : ils sont morts. Celui qui mange ce pain vivra pour toujours.

 

 

Prédication (assis)

 

I.  « Pain de la vie »  disait il. « C’est moi qui suis le pain vivant… » Jean 6.

 

Mais le « pain de vie », à travers les siècles,

fut mis sous le microscope des scientifiques,

disséqué au nom de la théologie,

enfermé sous des couvercles de dogmes,

pétrifié et exposé  comme un diamant à adorer derrière les vitres.

 

Le pain de vie, à travers les siècles,

fut sujet de débats jusqu’à faire couler du sang,

un sujet pour se casser les dents,

un sujet de division et d’affrontement.

 

Le pain de la vie … ne disons pas qu’aujourd’hui il s’avale sans difficulté, quand on lit des lignes comme ceci :

 

Comment peut-on communier lorsqu’on est allergique au gluten?

« Certains ont voulu commercialiser des hosties sans gluten, mais ces hosties ne peuvent être validement consacrées. Un prêtre peut consacrer une hostie partiellement privée de gluten, mais non une hostie totalement privée de gluten (sans lequel il ne peut y avoir panification).  En revanche, il est possible de communier au Précieux Sang (si l’allergie est trop sévère, il faut consacrer, à côté du calice, dans lequel communie le prêtre, et dans lequel il met une petite parcelle de l’hostie consacrée, un autre calice pour la communion de la personne concernée). »

 

II.  Les deux textes bibliques proposés pour aujourd’hui nous font gouter de nouveau à la notion du pain et de la coupe du Christ. Essayons de nous approcher, malgré tous les débats et les pièges, avec un regard aussi éveillé que possible.

 

II. a)  Commençons par Jean.

 

Dans l’extrait du texte qui commence par : « C’est moi qui suis le pain vivant », il est comme un fil rouge question de la vie.

« pour la vie du monde » « vous n’avez pas de vie » « la vie éternelle » « vivant » « vivra »  « pas morts » « vivra » …

 

Il est question de vivre avec lui, et grâce à lui. C’est un texte de résurrection. La bonne nouvelle est : les croyants seront élevés avec lui. Et ce thème de la résurrection et de la vie, ne se laisse pas disséquer ou formaliser. Jean se sert comme souvent des images pour nous donner une idée de quelque chose qui de toute façon nous dépasse. Souvenons nous de l’échange avec la samaritaine au puits. Jésus lui parlait de la vie autour de l’image de l’eau.

Jean 4, 13 Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau-ci aura encore soif ; 14mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; au contraire, l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle. »

 

Personne n’a eu ensuite l’idée de faire de ce puits un lieu où on doit tous aller boire car l’eau y serait plus sainte là qu’ailleurs. Alors pourquoi nous ferions-nous de telles idées avec le pain et la coupe que Jésus nous propose?

 

La samaritaine va découvrir une concrétisation de ce qu’est cette « eau vive » dont parle Jésus, à travers le caractère de cette rencontre : Cet homme, juif, qui transgresse toutes coutumes et lui adresse la parole et qui lui fait comprendre qu’elle est aimée et acceptée dans sa vie aussi compliquée et complexe qu’elle soit. Mais, plus encore, qu’elle-même peut devenir une femme qui annonce la bonne nouvelle, qui elle-même apporte l’eau vive aux autres. C’est cela goûter « l’eau vive ».

 

Alors de même, revenons au pain, le « pain de vie » : dans notre version on traduit par «il faut manger le pain », alors que le terme grec dit plutôt « mâcher », « mastiquer ». Cela revient un peu au même, mais souligne plus encore l’action à faire de notre part. Mâcher, est vraiment notre part pour déguster, nous approprier la nourriture. C’est le contraire d’avaler aveuglement. C’est consommer en pleine conscience de choses : Ici, non pas consommer du pain, mais s’approprier Jésus, sa vie, son œuvre. Il dit aussi que c’est demeurer en lui, c’est vouloir vivre par lui, comme lui vit par le Père.  Encore une fois, ce n’est pas le bout de pain qui est en question. Le pain n’est pas Jésus, mais la vie de Jésus est comme du pain à manger.

 

C’est au moment de déguster le bout de pain de la cène que nous sommes invités à mâcher toute l’œuvre de Jésus pour nous:

Si nous sommes rassemblés autour de cette table …c’est parce que lui s’est assis à table avec tant de gens: des gens non fréquentables, des gens de toutes les couches de la société, des amis et des ennemis. Venir à la table et prendre le pain c’est participer pleinement à ce message par lequel Dieu, à travers Jésus, nous a montré toute sa volonté de nous rassembler malgré nos clivages.

 

Prendre le pain, c’est aussi être réconforté. Comme les corbeaux qui apportaient pain et cruches d’eau au prophète Elie : mange, car ta route sera longue!

Nous aussi, nous voici nourris pour nos routes de tous les jours, rassurés que Dieu sera à nos côtés. On vit par lui … car il est avec nous. Car il nous fortifie. Ce n’est pas le pain qui le fait. C’est lui. Mais le pain nous le rappelle. …si nous le mâchons bien. Si nous sommes bien conscients de ce que Dieu fait pour nous. 

 

Ou pour citer Martin Luther, que nous avons étudié il y a une semaine sur ce sujet : ne pas se rendre à la Cène / Communion, comme un cochon qui court à l’auge!

Nous ne sommes pas intéressés par la nourriture, mais par le message, par ce qui nous porte au fond de notre foi : Avoir Dieu à notre côté, qu’il nous porte et qu’il nous fasse avancer au delà des difficultés de nos vies diverses.

 

II b)  Je pense qu’ainsi Paul reprend ce même thème en écrivant aux Corinthiens. En vérité, rompre ensemble le pain et faire circuler la coupe, c’est un acte de Confession et de témoignage. Nous n’avons entendu que quelques lignes de la lettre aux Corinthiens , mais cet extrait est issus d’un contexte où il est question de : comment être chrétien dans un contexte de païens. Une façon de ne pas changer une religion contre une autre, - au lieu de manger la viande consacrée, manger le pain consacré -, mais de s’en servir pour expliquer aux voisins, amis etc…en quoi ce repas est autre chose pour nous. Un lieu de témoignage vers l’extérieur , sans brusquer l’autre (comme manger chez lui quand on est invité). 

 

Ce qu’il veut, il le dit quelques versets plus tard, c’est : manger et boire à la gloire de Dieu.  La participation à la Cène comme louange, comme reconnaissance, comme rendre à Dieu ce qui est à lui : car tu me veux, car tu rentres dans ma vie et tu me gardes ta fidélité même quand je m’éloigne de toi … que je viens ici, que je cherche la communion avec les autres, que je prends le pain et la coupe comme si j’étais à la table du Christ, parmi les disciples. Nous voulons être tous ensemble témoin de l’amour de Dieu pour nous.  Ah qu’il est beau pour des frères, de demeurer ensemble 

 

III.  Fin

En hommage à la fresque si connue de Leonardo Da Vinci : L'Ultima Cena, soit « le Dernier Souper », on raconte la blague suivante :

 

Un soir Jésus arrive avec ses disciples dans un restaurant.

A l’entrée il s’adresse au gérant du restaurant : Vous avez une table pour 26 personnes ?

Le gérant confirme mais s’étonne malgré tout. « Je ne vois que 13 personnes … vous attendez encore d’autres personnes ? » 

Non, non, dit Jésus, mais tout le monde ici veut être assis du même côté de la table.

 

C’est la fin de la blague qui cherche à comprendre comment on peut peindre 13 personnes juste d’un côté de la table. …ce qui n’ est pas logique.

Mais le sens artistique est bien clair … nous, les spectateurs, sommes invités à nous assoir, à prendre place à la table. Etre en communion avec ce qui s’est passé il y a tant d’années.

 

De passer du stade d’observateur, au stade de participant, devenir disciple ; s’assoir à la table et de mâcher toute l’histoire de Dieu avec ses enfants.

 

Voici que nous avons gouté comme entrée ou « amuse gueule »  deux extraits de la Bible à ce sujet. Assez déjà de quoi se mettre sous la dent. Une invitation à avoir faim d’un peu  plus, à venir et revenir d’une façon consciente et j’espère joyeuse à la table du Seigneur. 

 

Amen