La venue du fils de l'homme - L'approche du règne de Dieu - Exhortation à la vigilance

Textes :           Jérémie 33 14-16/  1 Thessaloniciens  3.12  4.2 / Luc   21  25-36

 PLAN DE PREDICATION :

v25-27 « la venue du Fils de l’homme » / v28-33 « l’approche du Règne de Dieu /

v34-36 « exhortation à la vigilance »

 

 

Chers Frères et Sœurs en Christ,

 Dimanche prochain commencera le temps de l’Avent, un temps joyeux où l'on se prépare à l'événement de la naissance de Jésus, la venue dans notre monde du Messie, le fils de Dieu.Dans cette perspective de joie et de bonheur, choisir ce texte pour aujourd'hui peut paraître un peu surprenant. A première vue, ce texte fait plutôt peur, il nous plonge dans un déluge de mots effrayants : les signes, l'angoisse, le bruit, la mer, les flots, la terreur, les hommes expirant, les cieux ébranlés... que de catastrophes annoncées!En effet, ce récit de l'Évangéliste Luc fait partie de la famille des écrits dits « apocalyptiques ». Le mot « apocalypse » est utilisé à tort dans notre langage courant comme synonyme de catastrophe, de fin du monde, de fin des temps, de fin de l'humanité.Or, dans la Bible, l'apocalypse est une révélation de la vérité de Dieu, une manifestation de ce qui nous est invisible, un dévoilement de ce qui nous est caché, une instruction de ce qui nous est inconnu. Le récit apocalyptique n'est donc pas à entendre comme une prophétie de malheurs, mais plutôt comme une vision annonçant les signes avant-coureurs de la venue du royaume de Dieu. Ainsi, l'apocalypse n'est pas l'aboutissement de l'ensemble de toutes les plus grandes détresses de l'humanité, mais elle représente la plus grande espérance divine surpassant toutes nos détresses humaines

 

Soit, mais permettez-moi un instant de m’adresser à vous tel que je suis, homme, mari et père, avec son espérance de croyant et ses faiblesses d’homme. Permettez-moi d’illustrer cette prédication par un exemple qui me touche directement mais également m’inspire.

En effet, que dire à mes enfants en 2015 lorsque l’année commence en janvier par les attentats ciblés contre des journalistes et contre des juifs, qu’en mars leur père se fait licencier, qu’en juin leur grand-mère meurt après 5 mois d’agonie et que depuis 15 jours l’actualité n’est faite que de l’horreur des attentats de Paris, de l’angoisse diffuse que génère la traque des terroristes survivants et de leur réseau, de la douleur et de la détresse innommable de parents qui ont perdu un enfant, de maris ou femmes leur conjoint, d’enfants un de leurs parents.

Autant d’âmes que de corps meurtris à vie, autant de réalités qui se cachent derrière ces sinistres chiffres 129 morts et 198 blessés.

 

Et je vous passe toutes les questions directes qu’ils me posent quant à la marche de ce monde (pauvreté, dérèglement climatique, afflux des réfugiés), auxquelles je tente de répondre soit en tant qu’ingénieur ou cadre d’entreprise ayant une certaine lecture économique des choses, soit un tant qu’homme ayant une certaine conscience politique et sociale, mais aussi de temps en temps je le reconnais avec fatalisme et plus rarement en tant que chrétien car cela peut me laisser moi-même désemparé et en défaut de leur apporter une réponse un peu concrète.

 

Néanmoins, je réfléchi, j’observe et je leur fais remarquer certaines choses :

 

- je leur dis que la tristesse qu’ils ont ressentie à la mort de leur grand-mère est à la mesure de la joie qu’ils ont eu à la connaitre et du bonheur à partager des moments de vie avec elle,

J’observe que cela rend la présence de mon père, leur seul grand-parent encore vivant, d’autant plus précieuse à leurs yeux. Il a d’ailleurs été investi d’une grand mission par mon fils « Grand-père il faut que tu vives jusqu’à 100 ans ! ».

 

- leur père a perdu son job mais du coup passe plus de temps avec eux, du moins temporairement.

Au début, certes j’étais plus vu comme celui qui dérange, tous les jours dans les murs à voir ce qui n’allait pas (à mes yeux), mais le temps d’ajustement réciproque étant passé, les liens se sont retissés, l’image du père sévère s’enrichie de tonalités plus sympathiques, plus attentives,

 

- le chaos généré par les attentats permet d’échanger sur la fragilité de la vie et la violence des effets de la déshumanisation, la nécessité de prendre du recul par rapport à ce qui se passe, de ne pas hurler avec les loups en jetant la pierre à telle ou telle communauté sous prétexte que certains membres qui s’en réclame sont en fait à la dérive agissent en mal.

 

Pour reprendre le fil du texte de Luc, il ne faut donc pas se laisser aveugler par les images apocalyptiques mais bien voir les signes d’espérance qui doivent nous amener à surpasser les détresses humaines, proches ou plus lointaines, qui nous affectent.

 

Revenons sur ces tueries et sur les fruits que cette situation peut porter en elle.

Je dis « peut » car cela dépendra vraiment de ce que nous allons en faire.

Compassion, répression et construction ou seulement compassion et répression.

 

J’observe (je veux croire, j’espère au sens chrétien) que cette tuerie va convaincre définitivement les gens

 

Cette fois ci c’est l’ensemble de notre société qui a été touchée dans sa diversité d’âge, de condition, de culture et de religion et non « seulement » des journalistes ou des juifs.

 

 

Il est évidemment de notre responsabilité de le permettre et de le construire avec eux au sein de notre société.

 

A titre individuel, je prépare seulement mes enfants à ce que cette période de transition, de rééquilibrage, dure encore quelques temps car nous entrons dans une période charnière qui n’a pas fini de connaitre des soubresauts, voire de fortes secousses lorsque les plaques tectoniques du monde musulman se choquent l’une contre l’autre, en son sein comme à ses « frontières » avec le monde chrétien, image que j’emprunte à Alexandre Adler.

 

 

Dans le déchaînement de la tempête, il est de la responsabilité de l’équipage de maintenir le cap.

Frères et sœurs, comme nous le dit JC dans ce passage, « le ciel et la terre passeront (annonçant la passion et sa crucifixion à venir) mais pas mes paroles ».

 

Par le discernement, la confiance et l’esprit de responsabilité qui nous anime comme serviteurs du Père inspirés par sa Parole, Jésus nous appelle à rester lucides dans la tourmente qui prend le monde régulièrement et nous nous tenir debout dans les épreuves.

 

En effet, c’est là que Jésus nous dit : « Quand ces événements commenceront à se produire, redressez-vous et relevez la tête » et un peu plus loin : « C’est debout et non pas rampant devant lui que le Fils de l’Homme vous attend » !

 

Ainsi, si 2015 a un côté apocalyptique qui entre en résonance avec le discours de Jésus dont nous parle Luc, je veux croire d’espérance qu’elle est porteuse de fruits tel ce figuier qui bourgeonne que Jésus nous appelle à observer.

 

Ce que le figuier révèle

Il y a quand même quelque chose d’extraordinaire dans cette prophétie de Jésus : alors que tout saute de tous les côtés, que le ciel nous tombe sur la tête, que c’est le sauve qui peut général… voilà qu’au beau milieu de son apocalypse, Jésus se met à nous raconter une histoire de figuier qui bourgeonne en hiver !

A-t-il perdu la tête, ou cherche-t-il au contraire à nous faire retrouver la nôtre ?

Dans le chaos dans lequel nous sommes plongés et au sein duquel nous ne savons plus où tourner la tête, Jésus dirige notre regard non pas sur les signes des temps qui s’achèvent, mais sur les signes des temps qui viennent. Il ne prêche pas la fin du monde, mais l’avènement du monde qui vient.

Mieux : ce monde à venir, si nous en croyons Jésus, a déjà commencé à advenir dès la première génération chrétienne, il y a 2000 ans. Voilà 2000 ans que les bourgeons du Royaume de Dieu grossissent et parfois même éclosent, au sein même de notre monde. Voilà 2000 ans que le Règne de Dieu s’approche.

La question que nous pose Jésus, c’est : Nous laisserons-nous fasciner par le catastrophisme des prédicateurs de déclin ou serons-nous capables de discerner les bourgeons du Règne de Dieu ? C’est bien à une « conversion » que Jésus nous appelle : à la conversion du regard que nous portons sur notre monde.

 

 

Dans la perspective de ce royaume de Dieu tout proche, déjà là et encore à venir, Jésus s'adresse à chacun d'entre nous. Il nous exhorte à espérer, à veiller, à prier et à être fort.

- Espérer :Par son message, Jésus nous encourage, il nous accompagne dans notre vie. Il nous montre que Dieu reste toujours à nos côtés, qu'il y a de l'espérance pour notre avenir! D'ailleurs, Jésus nous exhorte à nous redresser, nous qui avons naturellement tendance à nous replier sur nous-mêmes, à nous recroqueviller sur nos propres soucis. Il faut nous débarrasser de tous les fardeaux, sous le poids desquels nous nous courbons, et que nous avons accumulés tout au long de notre vie.Jésus nous exhorte aussi à relever la tête : arrêtons d'incliner la tête à chaque fois qu'une difficulté se présente à nous. Il ne faut jamais renoncer et baisser les bras, car Jésus nous promet que notre délivrance est proche. C'est donc en nous redressant et relevant la tête que nous pouvons vivre dans l'espérance de sa venue.

- Veiller :Jésus nous appelle à rester éveillé, à ne pas nous assoupir, à rester vigilants et lucides. Curieusement, il nous avertit de prendre garde à nous-mêmes, car le danger ne vient pas des autres, mais d'abord de nous. Pour chacun de nous, le véritable danger est de s'assoupir dans ses savoirs et ses acquis, de se complaire dans son individualisme, de se conforter dans son indifférence face aux problèmes environnants. Au contraire, nous devons faire preuve de fraternité, en marchant à la rencontre des autres, en leur tendant la main, en ayant une conduite responsable dans notre société. Et tout cela, en n'oubliant pas de redécouvrir sans cesse le message de l'Évangile de Jésus-Christ et de le transmettre à ses prochains.

- Prier :Jésus nous exhorte à prier, et surtout à prier à tout moment. Prier, c'est reconnaître que nous avons besoin de Dieu. C'est se savoir porté par la bienveillance de Dieu. C'est vivre dans la confiance et dans l'amour de Dieu en Jésus-Christ. C'est être dans la paix avec soi-même, avec Dieu, et avec les autres.

- Être fort :

Jésus nous encourage à être fort et courageux devant les épreuves présentes et à venir. Et lorsque nous les traversons, il nous faut avoir la force de ne pas plier devant elles. Quoiqu'il arrive, il faut toujours tenir bon et rester ferme dans notre foi en Jésus-Christ.

Voilà donc les recommandations que Jésus nous adresse : toujours espérerveiller sans cesseprier à tout momentrester fort. Alors nous pouvons vivre debout dans l'espérance de sa venue, et dans l'attente du projet que Dieu a pour nous, c'est-à-dire son royaume déjà là et encore à venir. Ses recommandations résonnent d'autant plus fort dans nos cœurs, que nous entrons bientôt dans le temps de l'Avent. Ce temps où nous nous préparons à recevoir le Messie, celui qui vient au monde pour nous sauver. Sa venue est le signe que le royaume de Dieu est déjà présent dans notre monde et dans nos vies.

 

Amen.