Prédication de Pâques 2016

Prédication de Pâques 2016  (Christina Weinhold) :

 

Lectures Bibliques (assis) 

Actes 10.34-43

34Alors Pierre prit la parole : En vérité, dit-il, je comprends que Dieu n’est pas partial, 35mais qu’en toute nation celui qui le craint et pratique la justice est agréé de lui. 36Il a envoyé la Parole aux Israélites, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus-Christ : c’est lui qui est le Seigneur de tous. 37Vous, vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, après avoir commencé en Galilée, à la suite du baptême que Jean a proclamé : 38comment Dieu a conféré une onction d’Esprit saint et de puissance à Jésus de Nazareth qui, là où il passait, faisait du bien et guérissait tous ceux qui étaient opprimés par le diable ; car Dieu était avec lui. 39Nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le pendant au bois, 40Dieu l’a réveillé le troisième jour ; il lui a donné de se manifester, 41non à tout le peuple, mais aux témoins désignés d’avance par Dieu, à nous qui avons mangé et bu avec lui après qu’il s’est relevé d’entre les morts. 42Et il nous a enjoint de proclamer au peuple et d’attester que c’est lui que Dieu a institué juge des vivants et des morts. 43Tous les prophètes lui rendent ce témoignage : quiconque met sa foi en lui reçoit par son nom le pardon des péchés.

Jean 20.1ff  La résurrection de Jésus

1Le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine vient au tombeau dès le matin, alors qu'il fait encore sombre, et elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau. 2Elle court trouver Simon Pierre et l'autre disciple, l'ami de Jésus, et elle leur dit : On a enlevé le Seigneur du tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis !

3Pierre et l'autre disciple sortirent donc pour venir au tombeau. 4Ils couraient tous deux ensemble. Mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau ; 5il se baisse, voit les bandelettes qui gisent là ; pourtant il n'entra pas. 6Simon Pierre, qui le suivait, arrive. Entrant dans le tombeau, il voit les bandelettes qui gisent là 7et le linge qui était sur la tête de Jésus ; ce linge ne gisait pas avec les bandelettes, mais il était roulé à part, dans un autre lieu. 8Alors l'autre disciple, qui était arrivé le premier au tombeau, entra aussi ; il vit et il crut. 9Car ils n'avaient pas encore compris l'Ecriture, selon laquelle il devait se relever d'entre les morts. 10Les disciples s'en retournèrent donc chez eux.

11Cependant Marie se tenait dehors, près du tombeau, et elle pleurait. Tout en pleurant, elle se baissa pour regarder dans le tombeau. 12Elle voit alors deux anges vêtus de blanc, assis là où gisait précédemment le corps de Jésus, l'un à la tête et l'autre aux pieds. 13Ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur répondit : Parce qu'on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l'a mis. 14Après avoir dit cela, elle se retourna ; elle voit Jésus, debout ; mais elle ne savait pas que c'était Jésus. 15Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Pensant que c'était le jardinier, elle lui dit : Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et moi, j'irai le prendre. 16Jésus lui dit : Marie ! Elle se retourna et lui dit en hébreu : Rabbouni ! — c'est-à-dire : Maître ! 17Jésus lui dit : Cesse de t'accrocher à moi, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va vers mes frères et dis-leur que je monte vers celui qui est mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu.

Prédication

Devenir chrétien, cela ne s’achète pas, ne se commande pas via un site et ne se trouve pas parmi les produits dans les rayons de nos magasins. Normal ! Bien qu’il nous arrive de dire: « Telle ou telle personne a vraiment la foi! », en vérité, la foi, nous ne la possédons pas. 

Au contraire, devenir Chrétien, être chrétien, nous fait souvent douter: Suis-je vraiment un chrétien ? Un croyant?  A partir de quand et de quoi ai-je le droit de me nommer « chrétien » ou de me dire de moi-même : « je suis un croyant »? 

Nous avons du mal à préciser et à faire la preuve de ce que nous croyons dans la foi. Assez souvent ce phénomène est source de déception et de mise en question. 

Et si c’était le contraire? Pour moi, Pâque veut nous faire comprendre ceci: 

L’état d’incertitude nous est propre, est propre à la foi chrétienne. 

Dans notre foi nous n’avons pas à nous attacher à des choses précises. Quand nous nous rassemblons au culte, ce matin de Pâques en particulier, nous venons pour nous réunir autour d’un vide … le tombeau vide. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a rien. Non! Mais le vide  que nous ressentons nous rappelle que Dieu, tel que nous l’imaginons et l’espérons, nous échappe encore pour nous surprendre autrement. Dieu est vivant et il est sauvage. Si même la Mort n’arrive pas à le maitriser, qui serai-je pour le faire? 

Prenons l’exemple de Marie Madeleine : Elle croyait en Dieu et elle faisait confiance à Jésus de Nazareth. Elle le soutenait par son argent et le suivait. Marie Madeleine croyait en Dieu, qui envoie des personnes importantes, comme les prophètes, pour intervenir dans le monde. C’est pourquoi elle a fait confiance à Jésus de Nazareth qui était pour elle un maitre, un rabbin et enseignant hors norme, rempli d’Esprit. Elle croyait certainement aussi à l’annonce que le Royaume de Dieu viendrait bientôt. 

Une fois Jésus mort, elle croyait toujours. Jésus n’était pas le premier prophète à succomber lors de sa mission. Elle croyait et pensait que son maitre était mort et qu’il fallait au moins lui rendre hommage en allant s’occuper de son corps si maltraité. Elle s’accrochait à la conviction, la tradition, les rites, à ce qui restait : une tombe avec des dépouilles et des bons souvenirs. 

L’aube de Pâques va bouleverser Marie Madeleine. 

La tombe, le vide et l’apparition du ressuscité vont lui ouvrir les yeux pour une autre dimension du message du ressuscité, qui est de dire:  Nous avons un père, un père Dieu, nous avons un frère, un frère Jésus.  C’est une relation déjà pour « ici et maintenant ». Ce n’est pas juste un Dieu créateur au début des temps et qui se montre ensuite ici ou là, mais un Dieu prêt à vivre une relation avec nous. Et voici Marie Madeleine qui doit apprendre à décrocher de ce qui est sûr et acquis pour elle, et oser vivre une relation avec Dieu et le ressuscité, une relation vivante. 

Prenons l’autre exemple de nos lectures de ce matin de Pâques : Pierre

Pierre aussi va évoluer: (Actes 10, 34) En vérité, dit-il, je comprends que Dieu n’est pas partial, mais qu’en toute nation celui qui le craint et pratique la justice est agréé de lui. 

Pierre va finir par baptiser Corneille et sa maison. Chose qu’il n’imaginait certainement pas au début de sa carrière comme apôtre. Mais le Dieu vivant a poussé et trainé Pierre, le roc, devant lui, le faisant décrocher de la loi gravée dans le marbre pour trouver la loi vécue au nom du ressuscité. 

Nous savons que ce n’est qu’un début. Pierre devra apprendre en rencontrant Paul que la foi chrétienne connaitra encore d’autres formes d’existence. 

 

Nous le voyons bien : aucune des ses personnes n’a pu s’approprier une foi comme un produit tout fait qu’on met en réserve ou dans son sac où elle repose tranquillement. Dès le début du christianisme les croyants ont dû faire expérience de se laisser surprendre, d’évoluer dans la foi et de devoir s’adapter et se positionner devant des situations nouvelles. 

Pâques est la fête de la vie. Mais c’est plus que croire que les morts ressusciteront un jour.  C’est aussi la fête d’un Dieu bien vivant, si vivant qu’il nous surprend sans cesse et cherche à créer avec nous toujours du nouveau. 

Nous pensons avoir tout compris et que tout est écrit dans nos livres? Alors il sort de là pour semer le doute, mettre la controverse et ouvrir un débat. Dieu est vivant. Il ne se laisse pas enfermer dans une couverture de livre. Jamais ce dossier ne sera classé pour toujours. 

Nous pensons savoir et connaitre et bâtir sur du roc? Mais Dieu sait en faire du sable pour que nous construisions encore et encore de nouveau notre foi. Jamais ce projet ne sera terminé. 

Nous pensons que Dieu n’existe pas et nous mettons l’idée de Dieu à la poubelle? Il sait en sortir, se lever comme on sort d’une tombe pour nous toucher et  pour nous interpeller encore et encore. Dieu est vivant et il mobilise toute son énergie pour l’investir dans la rencontre avec nous. 

Un Dieu qui ne nous laisse pas succomber à la tentation de classer la foi entre deux couvertures de livre, mais qui nous amène dehors dans le monde, à sa rencontre et c’est là bas que la foi se montre et s’exprime. 

Il nous emmène dans le Monde tourmenté qui demande : « Et maintenant tu dis quoi, cher croyant ?  Dis quelque chose, fais quelque chose car le monde se moque de savoir si ta foi est dure comme le roc ou bien floue ». Comme Corneille qui crie au secours et qui cherche un vis à vis pour discuter et devenir Chrétien. Sommes nous des Pierres pour être capables de nous rendre au rendez vous de leurs questionnements? 

Aujourd’hui le monde crie au secours face à la violence et face aux divisions. Que pouvons nous dire et transmettre?  Voici un message pascal pour nos jours. Suite aux attentats de Bruxelles le président de l’église protestante unie en Belgique,  Steven H. Fuite, disait: 

« Aujourd’hui, je n’ai pas peur, si ce n’est des idées simplistes qui pourraient surgir des événements horribles de ce matin. En effet, certains cèdent aux généralisations réductrices, qui sèment des germes de méfiance.

Tous blessés

Je continuerai à féliciter, à soutenir et à remercier tous ceux qui montrent qu’il est possible de croire, comme l’Homme de Nazareth, en un monde où les individus ne sont jamais niés ni réduits à l’état d’adversaires.

J’espère que Bruxelles et toute la Belgique réagiront d’une manière digne. Nous sommes tous blessés, mais nous devons continuer de prêcher l’écoute.

Dans quelques semaines, plusieurs communautés, dont l’Église protestante unie de Belgique, organiseront un tournoi de foot de rue, en plein cœur de Molenbeek. 40 petites équipes de 4 personnes, des équipes mélangées bien évidemment : musulmans, protestants, catholiques… Un signe parmi d’autres d’une vraie fraternité. C’est seulement ainsi, ensemble, qu’on arrive au but. » Fin de citation 

Frères et sœurs 

Nous n’avons pas d’élixir magique dans la poche pour dire: voici ma foi et voici ce qu’il faut faire et rien en peut nous arriver. Notre foi, ce n’est pas cela.  Avec Marie Madeleine, Pierre, Paul et celles et ceux qui ont suivi, nous devons accepter ce vide, accepter qu’il y a dans la foi quelque chose qui nous échappe … mais nous pouvons espérer avec confiance, avec eux, que Dieu nous échappe uniquement pour nous surprendre et nous rencontrer de nouveau, toujours de nouveau pour avancer dans la foi et pour avancer dans ce monde. 

La tombe est vide, rien pour s’accrocher … mais le monde est plein de rencontres possibles et le ressuscité nous y attend. 

Amen 

 

Chant indiqué (débout):  35/20, 1-4  Dieu qui nous appelle à vivre (page 493)