prédication Gen 4 Abel chez le Psy

Abel chez le Psy /  Prédication sur Gen 4, 1-16 par Céline Houzard

au temple de Marly-le-Roi et environs    2 juillet 2017

 

Dr:

Entrez Abel, installez-vous

UNE PAUSE

Je vous écoute

 

Abel :

Je ne sais pas par où commencer …

Je n’ai pas l’habitude de parler… j’ai parlé moi

Voilà, mon frère m’en veux à mort parce que pour une fois dans ma vie j’ai été

le préféré de quelqu’un.

Il l’a pas supporté … alors il m’a défoncé le crâne à coup de pierre

Personne ne m’a protégé. Ni Dieu, ni mon père … complètement absent celui là,

quand à ma mère… SOUPIR, Cain a toujours été son préféré. Son 1er né…

alors

SILENCE

 

Dr : Parlez-moi de votre mère ?….

 

Abel : Ben vous vous rendez compte…

Elle n’arrêtait pas de dire qu’elle avait acquis mon frère de Dieu… Quand j’étais

petit je croyais que Cain avait été livré par Dieu dans un chou… On n’acquiert pas un enfant de Dieu comme ça quand même

La tête de mon père… Il avait pas son mot à dire…

Et Dieu a jamais démenti non plus en même temps… Il aurait pu établir mon père dans sa fonction paternelle quand même…

Ceci dit à force de retourner la question dans ma tête j’ai fini par comprendre…

En fait, pour une mère mettre un enfant au monde c’est un miracle… sentir grandir la vie, bouger l’enfant dans son ventre… Que de sa chair naisse une autre chair

Avant elle, seul Dieu avait donné la vie, aucune femme n’avait donné naissance

à un enfant… Alors elle s’est un peu prise pour son égale. Il n’y a que Dieu et les

femmes pour donner la vie. C’est les hommes qui devraient envier le pouvoir créateur des femmes … Je vois pas pourquoi elles nous envieraient quoique ce soit…

Et puis pour le premier né c’est spécial… C’est toujours unique la 1ere fois.

C’est plus fort, plus mystérieux… la responsabilité plus pesante …les attentes

sont démesurées, comme la fierté maternelle du coup

Moi je suis arrivé après… Et elle m’a baptisé la buée, le souffle… Abel…. C’est

dire l’image qu’elle a de moi… Alors que mon frère lui …

SILENCE

 

DR : Quelle image votre mère a-t-elle de votre frère ?

 

Abel

Mum Il aurait dû s’appeler Narcisse oui celui-là… Moi je… Moi moi moi moi, le

plus beau le plus fort… le préféré de Maman

Elle lui donnait toujours raison, … il a eu toute la terre à cultiver. On lui a donné

d’emblée une tente, une énorme parcelle fertile, il était installé dès sa

naissance. Les mains dans la glaise, les yeux sur la terre. Préoccupé par les

choses matérielles, dans la maîtrise, le contrôle.

Alors que moi il a fallu que je devienne berger, je me suis fait tout seul. Je l’ai

fait croitre mon troupeau … par ma persévérance… Sans cesse en chemin,

entre deux pâturages … le nez dans les étoiles …

Vous me direz pour un souffle…. Parcourir la surface de la Terre … Relier à

l’âme du monde, à l’esprit de l’univers… Ne cherchant pas à posséder mais à

accueillir.

Seulement moi, la buée, le nomade… eh bien j’ai eu le sourire de Dieu en

retour de mes offrandes…

Et ça le Cain… ça l’a chauffé… très très irrité… il faisait une tête … Défais, il a

perdu la face

Pour une fois ne pas être le 1er, le préféré… surtout le préféré de Dieu avec

lequel Maman avait « acquis » son 1er né chéri

De toute façon, je peux bien vous le dire à vous : Dieu … il préfère toujours les

2eme né et les nomades…

 

DR : vraiment ? pourquoi les 2eme né ….

 

Abel : oui tout a fait

je sais pas pourquoi… Peut-être qu’on est plus attachant … Nos parents nous

laissent un peu plus tranquille…

En plus… on est souvent plus …. Moins…

J’en sais rien… Faut se faire une place quoi… Moi c’est auprès de Dieu que je

me suis fait une place… parce que Papa était absent et Maman occupée à

admirer mon frère ainé….

Dieu il m’a toujours accompagné sur les chemins, je savais qu’il était là à mes

côtés… Dès ma naissance je me suis senti proche de Dieu, moi Abel, le souffle…

Et lui qui a donné le souffle de vie à l’adam, l’humain

C’est pour cela que mes offrandes étaient porteuses de tout mon amour pour

Lui : je lui ai donné les parties grasses de mes 1ers nés… La crème de la crème

quoi !!… Sans compter que je prenais un risque en sacrifiant mes 1ers nés,

j’étais pas vraiment sûr d’avoir d’autres bêtes à naître cette année voyez…

J’y ai mis de moi dans cette offrande et Dieu l’a bien vu…

Cain lui il a pas vraiment mis de lui dans son offrande… il a donné des fruits du

sol, le tout venant… pour se plier à la tradition mais il y a pas mis de lui

En plus il a menti…

 

DR Qu’entendez-vous par « menti »??

 

Abel : même pas capable d’assumer ces actes… C’est pas malin hein de dire à

Dieu qui sait tout « je sais pas où est mon frère » alors qu’il venait de me sauter

dessus… Non mais franchement, vous croyez ça… je sais pas s’il est « acquis » de Dieu, le Cain mais il est pas sorti de la cuisse de Jupiter !

Lui qui était toujours sur mon dos, un vrai gardien… quand on est 2eme c’est

pas ses parents qu’on a sur le dos c’est son aîné !!!!

 

DR : l’avoir sur votre dos, c’est-à-dire ?

 

Abel :

Sur le dos ça oui… on peut même dire qu’il m’est bien tombé sur le dos… en

plein champs… Sans prévenir, sans mot dire…

Et pourtant Dieu est toujours resté à ses côtés. S’il avait été moins aveuglé par

sa colère mon cher frère il aurait entendu les paroles d’encouragement, de

consolation de Dieu ….

Dieu a essayé de le faire réfléchir sur son comportement, de lui donner à voir

que le choix de ses actes avait des répercussions : Cain a délibérément négligé

la relation qu’il a avec Dieu en bâclant ses offrandes… sans doute qu’à force

d’entendre ma mère le porter aux nues il s’est persuadé qu’il était préféré de

tous, tout le temps…

Mais non… ça marche pas comme ça… Quand on néglige la personne avec

laquelle on est en relation, que l’on n’accorde pas de prix à ce qu’on lui offre de

nous, on détruit cette relation et la personne se détourne de nous… C’est en

tout cas ce que j’ai appris de Dieu… et ce qu’Il a essayé de faire comprendre à

Cain

Vous savez en hébreu le mot péché peut se traduire par « échec qui te

détourne de ton chemin, de ton but ». Et oui c’est une possibilité toujours tapie

à notre porte… allez vers la facilité, se regarder le nombril au lieu de faire

attention à ceux qui nous entoure, … faire offrande de notre temps notre

écoute à l’économie … tous ces écueils qui font échec aux relations que nous

avons ; nous guette et nous devons les maitriser, prendre le pouvoir sur ce côté

obscur de nous-même … C’est de notre responsabilité… de notre libre arbitre

Cain n’a pas voulu entendre Dieu qui a tout fait pour le faire réfléchir là-dessus,

(c’est un peu votre précurseur comme thérapeute on dirait !)

Comment mon frère peut-il se croire rejeter par Dieu alors qu’Il passe tant de

temps à ces côtés pour le soutenir… et qu’en plus après qu’il m’ait attaqué si

violemment Dieu lui pardonne !

Dieu n’a même pas appliqué le Talion, il ne réclame pas le sang de Cain pour

mon sang versé ;… II le protège même

Ça me tue !

 

DR : que ressentez-vous ?

 

Abel : De la colère, de la peine, de l’injustice, de l’incompréhension….

Je sais bien que je ne peux pas comprendre Dieu mais quand même… continuer

à aimer un meurtrier, un fratricide…

 

DR : Vous qui semblez en relation avec Dieu depuis longtemps, entendez-vous

une parole qui vous soit destinée ?

 

Abel : Ah bah ça non, pendant toute cette histoire, je l’ai pas beaucoup

entendu me parler à moi Dieu… Il a passé son temps à s’occuper de Cain !!!

 

Dr : Vous êtes jaloux ?

Abel : SILENCE – SIGNES DE COLERE

DR : Pourquoi ce silence ?

Abel : le péché est tapi à la porte, et son désir tourné vers moi

SE CALME

Si je le laissais me dominer je serais infidèle à Dieu, en échec dans notre

relation… et je serai infidèle à moi-même

Et puis…. Peut-être que j’aurai pu agir différemment avec mon frère,

 

DR : c’est-à-dire ?

 

Abel : … lui parler par exemple

Mais la parole dans la famille c’est pas facile…

Vous avez dû lire la biographie de mes parents ? Elle a eu du succès…

Vous avez vu… Ils se parlent jamais directement, pas de dialogue entre eux…. Y

‘en a qu’un qui dialogue avec ma mère… Elle m’a jamais raconté, c’est un peu

tabou dans la famille cette histoire du fruit qu’elle a mangé après, …. D’ailleurs,

je crois qu’on a pas fini d’en payer les conséquences…

Mais du coup on a du mal à se parler parce qu’après avoir écouté les paroles du

serpent, tout est parti en vrille … alors y’a une espèce de méfiance vis-à-vis du

dialogue … c’est dommage …

Cain il a pas réussi à me parler, il a laissé sa colère parler à sa place… Et quand il

a répondu à Dieu, en premier c’est toujours sa colère qui a parlé pour lui… Il

s’est vraiment mis à dialoguer avec Dieu une fois démasqué et puni ! Et quand

la peur et la peine lui font exprimer ce qu’il ressent dans son dialogue avec

Dieu… eh bien Dieu l’a pardonné et protégé…

Vous voyez, Docteur, moi qui avant aujourd’hui n’avait jamais parlé, je trouve

ça magique la parole… le dialogue… se parler à soi-même dans une sorte de

dialogue intérieur avant de pouvoir en faire une parole d’altérité ; vers autrui,

vers cet autre qui est si différent et parfois si semblable …comme l’est un

frère…

 

DR : mum mum très bien, on va s’arrêter là pour aujourd’hui

 

Un peu plus tard, aussi entre deux frères ennemis

CG Jung, Alors Freud, ce nouveau, ce Mr Abel, qu’en pensez-vous ?

 

Freud : Oh rien que du classique mon cher Jung ! une histoire vieille comme le

monde ! Un archétype de notre humanité à vrai dire

Deux frères qui ne savent pas bien faire avec la différence et encore moins avec

ce qui leur est trop semblables. Une rivalité fraternelle qui est d’abord une

rivalité intérieure entre ce que nous sommes, ce que nous aimerions être … et

au centre de tout cela la peur du désamour.

Comme vous le savez, Carl Gustav, je suis juif et au début de la Genèse, le 1er

mot est Berechit qui veut dire Au Commencement. Or la 1ere lettre BETH de ce

1er mot est pour nous le signe de la dualité car c’est une des lettres doubles de

notre alphabet hébreu. La Bible commence donc par la dualité qui ne cesse de

marquer la Gn d’ailleurs… Est-ce que l’on doit y voir un inéluctable

antagonisme toujours présent en nous … et entre nous et les autres ?

Nous sommes toujours ambivalents, Nous sommes doubles, peut être même

porteurs de plusieurs instances en nous…

C’est d’abord avec nous même que nous sommes en combat, et nous sommes

prompts à rejeter sur l’autre cette partie de nous-même qui nous dérange…

Alors à défaut de la faire taire en nous, nous faisons taire l’autre…

 

CG Jung : oui c’est vrai que nous sommes marqués par des archétypes de

rivalités, de divisions. Et il me semble que pour s’émanciper de sa famille réelle

ou symbolique, l’on passe toujours par une certaine violence : le désaccord, le

conflit, la rébellion voire le rejet.

D’ailleurs cher ami Diabollos ne veut-il pas dire en grec ancien « ce qui

divise » ? Toutes ces divisions ces antagonismes engendrent la violence mais

nous pouvons toujours choisir de nous émanciper de cette destruction par

notre libre arbitre, … sinon ça voudrait dire qu’on est prisonnier du

déterminisme … il n’y a qu’une seule voie pour s’émanciper de la violence et de

la destruction c’est le dialogue, la parole… entre ces différentes parties de

nous-mêmes, et avec nos entourages.

La parole qui guérit, qui soigne et qui régule la violence…

Et comme vous le savez Sigmund, je suis fils de pasteur… Alors pour moi la

Bonne Nouvelle l’Evangelion, c’est que Dieu est toujours là en dialogue avec

nous, même si nous ne l’écoutons pas, qu’il nous pousse, nous soutient nous

inspire à cette parole qui nous mets en relation avec nous même, avec les

autres.

Et qu’à travers la relation que nous avons avec Dieu nous pouvons prendre soin

de toutes les relations que nous avons.

Car il ne faut pas craindre le désamour puisque nous sommes aimés, et que

nous ne devons pas craindre le rejet puisque nous sommes trouvés, depuis

toujours et pour toujours. Amen