Culte vendredi Saint avec ACAT 2019

 

Musique : flûtes, choral Passion selon St-Jean

 

Accueil et Introduction

 

Face à la souffrance on peut avoir réactions variés:

Nous voici mains vides, désarmés et toute impuissance nous submerge …

Nous aujourd’hui face à la mort de Jésus sur la croix.

Mais nous voici, en son nom face à tant d’injustices et souffrances dans le monde encore aujourd’hui.

Nous voulons tenter ce qui reste à faire: ne pas fermer les yeux, mais rester, même de loin, en solidarité avec celles et ceux qui souffrent. Et ensemble espérer et voir plus loin, voir et sentir a présence d’un Pâques devant la porte, d’une libération et consolation plus durable que la méchanceté des hommes.

Dans notre méditation nous nous laissons guider par les paroles transmises par les évangiles, les dernières paroles de Jésus sur la Croix.

 

Lecture : 

I. Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’ a s - t u abandonné ? (Mc 15,34 et Mt 27,46) cf Psaume 22, 2 

 

Silence

Ces paroles de Jésus me font penser à cet extrait d’un témoignage :

« Je risque de me retrouver dans « une unité de sécurité maximale spécialement conçus pour que les prisonniers aient le moins de contact entre aux et le monde extérieur. Il n'y a ni radio, ni télé, ni journaux. Plus le droit de travailler dans l'artisanat, . Et le pire, je crois, c'est qu'il n'y a ni fenêtre, ni air frais, ni lumière naturelle ! L'ensemble est complètement souterrain ...il y aura une caméra branchée dans la cellule 24 heures sur 24. Tu imagines ? Jamais un moment d'intimité, même pour pisser ! Toujours un œil qui te regarde... »

Lettre de Timothy Gribble, du 4 février 1999.

Et Edward La Grone écrivait en 2001 :

« Dieu n'a jamais rien créé ni personne qui n'ait aucune valeur. Dieu se sert du pire pour faire éclater sa Glaire. Dieu n'a pas de limite. Son plan est parfait, bien qu'à nos yeux tout apparaisse confus »

Prière :

Seigneur, permets qu’en devant la Croix de ton Fils, nous ayons les mêmes pensées que ce condamné à mort à qui tu as donné de croire librement en toi dans le couloir de la mort.

 

Chant : Alleluia, n° 46/08, 1.2.3.4. : Toi qui gardes le silence

 

II. Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,34) (Philippe)

Silence

Ces paroles de Jésus me font penser au premier dialogue que l’ACAT des années 1970 a essayé d’amorcer avec un tortionnaire bien identifié, le commissaire Fleury au Brésil. Car, à notre grande surprise, il a répondu et nous a indiqué que « eux étaient les Aigles chargés de veiller sur les poules caquetantes. » Fleury savait ce qu’il faisait et s’en vantait !

Beaucoup plus proche de nous, je pense aussi à ces jurés de cours d’assise aux Etats-Unis, comme Lindy Lou que nous avons vue au cinéma, qui condamnent à mort sans se poser de question sur ce type de torture que représente la peine de mort. Ceux-là ne se rendent pas compte de ce qu’ils font.

Et puis il y a le tortionnaire de base qui ne réfléchit pas et exécute les ordres ; ce qu’ils font, c’est la destruction de la personne humaine et de sa dignité, d’un corps d’homme ou de femme, temple de Dieu dans lequel habite l’Esprit de Dieu. Cela ils ne le savent pas.

Prions pour que les bourreaux se convertissent.

Prière

Seigneur, nous te présentons tous ceux qui ne savent pas ce qu’ils font quand ils font souffrir un être humain, créé à ton image et à ta ressemblance. Aide-les à prendre conscience de ce que la personne devant eux n’est pas quelqu’un sur qui on a juste collé une étiquette de terroriste, d’opposant, d’animal sauvage, mais une personne humaine, avec une dignité propre, comme ils le sont eux-mêmes.

Nous te le demandons au nom de Jésus-Christ, notre Seigneur.

Musique : flûtes : choral Passion selon St-Jean

 

III. En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis (Lc 3,43) (Christina)

 

silence

Ces paroles de Jésus me font penser à la diversité de personne qui se retrouvent en prison. Chacun son histoire. Des cas si divers. Jésus, condamné, se retrouve côte à côte avec … nous ne le savons pas. Un voleur ? Un traitre ? Un révolutionnaire ? Un innocent ? Dans le registre des romains un cas quiconque. Ils mouraient par centaines. Un fonctionnaire a écrit dans une liste quelque part la raison de la condamnation. Mais qui voit la personne derrière le cas? Ses peurs, ses douleurs ? Les regrets et la colère? L’envie de vivre une autre vie, cette envie de dignité et de respect?

 

« Aujourd’hui tu seras avec moi au paradis », dit Jésus.

 

Il ouvre un brèche dans l’ impasse d’une vie.

Il s’invite, comme il a fait tant de fois dans sa carrière, dans la vie de quelqu’un pour offrir une communion, une communion souvent improbable dans les yeux des autres.

Tu seras avec moi au paradis, peu importe « ton cas », car tu es un enfant de Dieu et tu mérites d’être accueillis.

 

Oh combien encore de nos jours les prisonniers ont besoin de personnes qui savent ouvrir de telles brèches? Les rencontrer avec du respect? De tendresse ? Avec un regard au delà des murs?

 

Je pense à Dietrich Bonhoeffer, prisonnier sous le régime des nazis qui apportait une telle espérance aux autres.  Pas évident, car soi même souvent au bout des forces et en manque d’espérance.

 

Voici une prière qu’il a écrit durant cette période :

 

Qui suis-je ? Souvent, ils me disent

Que de ma cellule je sors

Détendu, ferme et serein,

Tel un gentilhomme de son château. 

 

Qui suis-je ? Souvent ils me disent

Qu'avec mes gardiens je parle

Aussi librement, amicalement et franchement

Que si j'avais à leur donner des ordres.

 

Qui suis-je ? De même ils me disent

Que je supporte les jours de l'épreuve,

Impassible, souriant et fier,

Ainsi qu'un homme accoutumé à vaincre.

 

Suis-je vraiment celui qu'ils disent ?

Ou seulement cet homme que moi seul connais,

Inquiet, malade de nostalgie, pareil à un oiseau en cage,

Cherchant mon souffle comme si on m'étranglait,

Avide de couleurs, de fleurs, de chants d'oiseaux,

Assoiffé d'une bonne parole et d'une espérance humaine,

Tremblant de colère au spectacle de l'arbitraire 

et de l'offense la plus mesquine,

Agité par l'attente de grandes choses,

Craignant et ne pouvant rien faire 

pour des amis infiniment lointains,

Si las, si vide que je ne puis prier, penser, créer,

N'en pouvant plus et prêt à l'abandon.

 

Qui suis-je ? Celui-là ou celui-ci ?

Aujourd'hui et homme et demain cet autre ?

Suis-je les deux à la fois ?

Un hypocrite devant les hommes

Et devant moi un faible, méprisable et piteux ?

 

Ou bien ce qui est encore en moi 

ressemble-t-il à l'armée vaincue

Qui se retire en désordre 

devant la victoire déjà remportée ?

 

Qui suis-je ? Dérision que ce monologue !

Qui que je sois, Tu me connais :

Tu sais que je suis tien, ô Dieu !  Amen

 

Je prie pour toutes les personnes en prison, qui ne sont jamais des cas à classer, mais des personnes qui ont tant besoin d’avoir une promesse d’avenir.

 

Musique : flûtes : choral Passion selon St-Jean

 

IV. Femme, voici ton fils. Et à Jean : Voici ta mère (Jean 19,26–27) (Joëlle)

 

Je pense à Claude Mangin Asfari,   citoyenne française et enseignante dans un collège de la région parisienne. Elle est l’épouse de Naâma Asfari, prisonnier politique sahraoui au Maroc condamné injustement à 30 ans d’emprisonnement.   En avril 2018, après s’être vu refuser l’accès au territoire marocain, sans motif exprimé, pour la quatrième fois en près de deux ans, Claude Mangin-Asfari a entamé une grève de la faim qui a duré 1 mois. Après de nombreux mois d’interdiction elle a enfin pu rendre visite à son mari détenu à la prison de Kenitra dans la région de Rabat au Maroc, les 14 et 15 janvier derniers.

Je pense aussi à toutes ces personnes que je croise le vendredi après-midi à l’entrée de la prison de Bois-d’Arcy, mères, pères, épouses, enfants, frères, sœurs ou amis, qui viennent rendre visite à un détenu de la maison d’arrêt.

Prions pour les familles et les proches des prisonniers. Qu'ils trouvent des lieux d'écoute pour les aider à vivre cette épreuve et à entourer au mieux la personne incarcérée. Prions pour que soient restaurées les relations abîmées, voire brisées par la détention. Que ton amour, Seigneur, soit réconfort, consolation et espérance pour ceux qui sont dedans et ceux qui sont dehors.

Musique : flûtes : choral Passion selon St-Jean

 

V. J ‘ai soif (Jn 19, 28)

Cf  psaume 69:22 : ils m’ont donné du poison à manger, et pour boire, de l'eau vinaigrée lorsque j’avais soif. (Isabelle)

 

silence

 

Isabelle :  Jésus sur la croix reprend ces paroles du psalmiste  :  « J’ai soif ».

Elles me font penser à Mark,  56 ans, un prisonnier avec qui nous correspondons, qui est depuis 12 ans au couloir de la mort en Floride. 

Il demande à être reconnu comme une personne ; il est traité comme un numéro. 

Il demande une révision de son procès ;   à chaque fois il est débouté.

Il se dit prêt à rejoindre Jésus  mais parle  de l’angoisse qui l’envahit chaque fois qu’une mise à mort (ses mots) a lieu dans une prison américaine.

Prière:

Prions pour tous ceux et toutes celles dans le monde qui se trouvent emprisonnés dans des conditions inhumaines.

Prions pour tous ceux et toutes celles dans le monde qui  individuellement ou avec d’autres cherchent à leur venir en aide.

 

Chant : Ps. 69, str 1 & 4 : Retire-moi de l’abîme où je suis.

 

VI. Tout est achevé (Jn 19,30)

silence

 

Ces paroles de Jésus me font penser à tous les gens qui sont dans la détresse et qui ne voient pas le bout de leur peine.

Nous pensons notamment à tous ces prisonniers dans les couloirs de la mort, innocents mais cependant torturés, dans un environnement carcéral oppressant et dégradant. Nous avons une pensée pour tous ces gens, comme Germain Rukuki, ancien membre de l’ACAT-Burundi, injustement emprisonné, condamné à 32 ans de prison en avril 2018.

Nous pensons à la situation politique dramatique en Corée du nord.

Prière

Ces mots de Jésus sont un havre de paix et d’espoir pour les opprimés. Puisse le Seigneur soulager le cœur de tous ceux qui sont dans l’attente, dans une expectative douloureuse et incertaine, car ce n’est parfois qu’après un temps que tout engagement, comme celui de Nelson Mandela en Afrique du Sud, porte ses fruits. Nous prions pour que tous ceux qui trouvent le temps long montrent la même fermeté dans la foi qu’au début. Aide-les, Seigneur, à tenir bon.

 

Musique : flûtes, choral.

 

VII. Jésus poussa un grand cri : Père, entre tes mains je remets mon esprit (Lc 23,46). Et sur ces mots il expira. (Jacqueline)

 

Silence

Ces paroles de Jésus me font penser à Cécilia du Pérou qui écrivait : « Je ne pouvais pas croire qu’on m’avait enfermée dans une prison. Ce furent des jours très durs pour moi, mais grâce à Dieu j’ai pu surmonter cette situation. Maintenant je pense que ce moment que j’ai dû vivre m’a servi pour me rendre compte de beaucoup de choses. Depuis que je suis devenue chrétienne (ça fait 2 ans) j’essaie de me souvenir de tout le meilleur que je peux apprendre. Le bon, le merveilleux pour moi c’est d’avoir connu Dieu dans ce lieu plein de souffrances. »

 

Prions face à la mort et à l’injustice.

Seigneur, nous te remettons tous ceux qui sont dans les couloirs de la mort et en particulier Mark avec qui notre groupe correspond. Merci pour celles et ceux qui t’ont rencontré en prison, comme Cécilia et tant d’autres.

 

Chant : 33/21, 1.3.4 : O Jésus, ta croix domine (page 421)

 

Notre Père 

Bénédiction