lettre aux confinés à Marly-le-Roi et environs du 22 mars

Épître aux confinés à Marly-le-Roi et environs  

22 mars 2020


Chers amis, 


puisqu’on ne peut pas se voir au culte, voici quelques lignes pour méditer un passage biblique à distance. Je vous propose la lecture de l’évangile de Jean, prévue pour le dimanche 22 mars. Je ne l’ai pas choisi en vu du contexte dans lequel nous nous retrouvons, mais bien sûr que  le contexte du confinement et de la présence du Corona Virus va mettre sa lumière spécifique sur cette histoire.  Allons-y ! 

 

1 Sur le chemin, Jésus voit un homme qui est aveugle depuis sa naissance. 2 Les disciples de Jésus demandent : « Maître, cet homme est aveugle depuis sa naissance. Donc, qui a péché, lui ou ses parents ? » 3 Jésus répond : « Ni lui ni ses parents. Mais puisqu'il est aveugle, on va reconnaître clairement que Dieu agit pour lui. 4 Pendant le jour, nous devons accomplir le travail de Celui qui m'a envoyé. La nuit arrive, et personne ne pourra travailler. 5 Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » 6 Après que Jésus a dit cela, il crache par terre. Avec sa salive, il fait de la boue et il met la boue sur les yeux de l'aveugle. 7 Ensuite, il lui dit : « Va te laver dans l'eau, à Siloé. » Le nom « Siloé » veut dire « Envoyé ». L'aveugle y va et il se lave. Quand il revient, il voit clair. 8 Cet homme était un mendiant. Ses voisins et ceux qui avaient l'habitude de le voir avant disent : « Est-ce que ce n'est pas l'aveugle qui était assis et qui mendiait ? » 9 Les uns disent : « Oui, c'est lui. » D'autres disent : « Non, c'est quelqu'un qui lui ressemble. » Mais l'homme dit : « C'est bien moi. » 10 Alors les gens lui demandent : « Tes yeux se sont ouverts comment ? » 11 Il répond : « L'homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue. Il l'a mise sur mes yeux et il m'a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” J'y suis allé, je me suis lavé et maintenant je vois clair. » 12 Les gens lui demandent : « Où est-il, cet homme ? » Il répond : « Je ne sais pas. » 13 On conduit chez les Pharisiens l'homme qui, avant, était aveugle. 14 Le jour où Jésus a fait de la boue et a ouvert les yeux de l'aveugle, c'était le jour du sabbat. 15 Les Pharisiens, eux aussi, demandent à l'homme : « Tu vois clair maintenant ? Qu'est-ce qui s'est passé ? » L'homme leur dit : « Il m'a mis de la boue sur les yeux. Je me suis lavé, et maintenant je vois. » 16 Quelques Pharisiens disent : « L'homme qui a fait cela ne vient pas de Dieu. En effet, il ne respecte pas le jour du sabbat. » Mais d'autres disent : « Un homme qui est pécheur ne pourrait pas faire des signes aussi étonnants. » Les Pharisiens ne sont pas d'accord entre eux. 17 Alors ils demandent encore à l'homme qui était aveugle : « Et toi, qu'est-ce que tu dis de celui qui t'a ouvert les yeux ? » Il répond : « C'est un prophète. » 18 Mais les chefs juifs ne veulent pas croire que cet homme était aveugle, et que, maintenant, il voit clair. C'est pourquoi ils font venir ses parents, 19 et ils leur demandent : « Est-ce que cet homme est bien votre fils ? Vous dites qu'il est aveugle depuis sa naissance ? Maintenant il voit. Qu'est-ce qui s'est donc passé ? » 20 Les parents de l'homme répondent : « Nous le savons : c'est bien notre fils, et il était aveugle depuis sa naissance. 21 Maintenant il voit clair. Mais ce qui s'est passé, nous ne le savons pas. Qui lui a ouvert les yeux ? Nous ne savons pas. Interrogez-le ! Il est assez grand, il répondra lui-même ! » 22 Les parents disent cela parce qu'ils ont peur des chefs juifs. En effet, ceux-ci se sont déjà mis d'accord. Ils vont chasser de la maison de prière tous ceux qui affirment : « Jésus est le Messie ! » 23 C'est pourquoi les parents de l'homme disent : « Il est assez grand, interrogez-le ! » 24 Alors, pour la deuxième fois, les Pharisiens appellent l'homme qui était aveugle, et ils lui disent : « Dis la vérité devant Dieu ! Nous, nous le savons, celui qui t'a guéri est un homme pécheur. » 25 Il leur répond : « Je ne sais pas si c'est un pécheur. Mais je sais une seule chose : j'étais aveugle et maintenant je vois clair. » 26 Ils lui demandent : « Qu'est-ce qu'il t'a fait ? Comment est-ce qu'il t'a ouvert les yeux ? » 27 L'homme leur répond : « Je vous l'ai déjà dit, mais vous n'avez pas écouté. Vous voulez l'entendre une deuxième fois, pourquoi donc ? Vous avez peut-être envie de devenir les disciples de Jésus, vous aussi ! » 28 Alors ils se mettent à l'insulter. Ils lui disent : « C'est toi qui es le disciple de cet homme, nous, nous sommes les disciples de Moïse ! 29 Nous, nous savons que Dieu a parlé à Moïse, mais cet homme-là, nous ne savons pas d'où il vient. » 30 L'aveugle guéri leur répond : « Voilà une chose étonnante ! Il m'a ouvert les yeux, et pourtant vous ne savez pas d'où il vient ! 31 Nous le savons, Dieu n'écoute pas les pécheurs. Mais il écoute celui qui est fidèle envers lui et qui fait sa volonté. 32 On n'a jamais entendu dire : quelqu'un a ouvert les yeux d'un homme qui est né aveugle. 33 L'homme qui fait cela vient de Dieu, sinon, il ne pourrait rien faire. » 34 Ils lui répondent : « Depuis ta naissance, tu es tout entier dans le péché, et tu veux nous apprendre quelque chose ? » Alors ils le mettent dehors. 35 Jésus apprend que les Pharisiens ont mis dehors l'aveugle guéri. Jésus va donc le trouver et il lui dit : « Est-ce que toi, tu crois au Fils de l'homme ? » 36 L'homme lui répond : « Seigneur, qui est-ce ? Je veux croire en lui. » 37 Jésus lui dit : « Eh bien, tu le vois : celui qui te parle maintenant, c'est lui. » 38 L'homme dit : « Seigneur, je crois. » Et il se met à genoux devant Jésus. 39 Ensuite Jésus dit : « Je suis venu dans ce monde pour que les aveugles voient clair et pour que ceux qui voient clair deviennent aveugles. Voilà le jugement. » 40 Quelques Pharisiens sont là. Ils entendent les paroles de Jésus et ils lui demandent : « Est-ce que nous sommes aveugles, nous aussi ? » 41 Jésus leur répond : « Si vous étiez aveugles, vous ne seriez pas pécheurs. Mais, en fait, vous dites : “Nous voyons clair.” C'est pourquoi vous restez des pécheurs. »

 

 

Les disciples se posent la question : «A qui la faute ?» 

Précisément ils posent la question du péché, comme si ce handicap pouvait avoir une dimension spirituelle. Est-ce une punition de Dieu face à un mauvais comportement ? Est ce le résultat d’un éloignement de Dieu ? 

Jésus est bien clair sur ce point : Une maladie ou un handicap n’est pas la faute de quelqu’un, ni voulu par Dieu.

Mais Dieu peut accompagner les conditions de nos vies et agir pour faire du bien.  

« A qui la faute «? » devient alors : « A quoi bon ? ». 

Encore une fois, pas comme si Dieu envoyait une maladie ou une crise avec un but pédagogique, mais dans le sens qu’avec l'aide de Dieu on peut surmonter une maladie ou une situation de crise et s’en sortir avec une découverte positive. 

Je pense aux témoignages de personnes ayant vécu un moment de crise dans leur vie, maladie, divorce, échec professionnel et d’autres. Ils sont tous d’accord qu’il fait mieux vivre sans ses épreuves. Mais parfois, une fois surmontée la situation, on s’arrête et on se rend compte qu’on a aussi appris des choses, par exemple être plus attentif aux bonheurs de la vie ou être plus indulgent face à nos limites etc. Peut être que vous vous reconnaissez dans cette expérience. 

On est bien d’accord : Si on pouvait remonter dans le temps et dans l’espace et arriver au marché de Wuhan et empêcher à ce qu’on y vende du pangolin contaminé du Covid19, cela nous arrangerait tous. Mais la question « à qui la faute ? » et même la réponse éventuelle « la faute est à un pangolin contaminé »  … ne nous avance en rien aujourd’hui. 

> La seule chose qui peut nous aider aujourd’hui est de s’interroger : « Sentons-nous la présence de Dieu dans notre vie aujourd’hui ? Comment va-t-on vivre et surmonter ce temps de crise avec l’aide de Dieu ? Jésus rappelle ici être lumière dans nos ténèbres. Laissons briller cette lumière et éclairer notre environnement. 

Jean, dans son récit, laisse beaucoup de place au débat avec des pharisiens. Ces pharisiens ne s’intéressent pas à la guérison, mais au problème que cette action a eu lieu un jour de Sabbat, un jour de repos. La loi de Moise demandait le repos et Jésus avait péché contre ce commandement. 

Nous voilà plongé dans le contexte du temps de Jean. La jeune communauté chrétienne est déchirée entre celles et ceux qui pensent qu’il faut continuer à pratiquer la loi comme avant et celles et ceux qui pensent qu’avec le message de Jésus on peut réinterpréter la loi. C’est très loin des préoccupations de notre temps et le piège pour nous serait de juger trop vite, avec un certain orgueil, les pharisiens. Il suffit de remplacer la loi du repos de leur temps par « la loi d’activités » de notre époque, pour voir qu’on n’est  guère mieux. Pas uniquement que nous avons perdu le respect devant la demande du sabbat, au contraire, que nous sommes devenus des esclaves d’une loi non écrite que dicte notre époque: il faut agir et rester en activité sans cesse. Nos agendas sont remplis par ce qu’on « doit » faire et accomplir. Nous sommes devenus nos propres pharisiens, nos propres veilleurs de la loi d’une omniprésence et d’un enchainement d’activités diverses. 

Et voilà qu’arrive ce virus et que nous sommes contraints au confinement, à un sabbat collectif.  Nous avons dû apprendre à annuler des rendez vous, à barrer de nos agendas ce qui semblait indispensable encore il y a une ou deux semaines. On passe, pour certains d’entre nous, du fardeau de notre époque, c’est dire de faire trop, à l’autre extrême : d’être bloqué et empêché dans ce qu’on a envie de faire. Est ce que cela va devenir à notre tour un fardeau du repos ? 

Ne perdons pas de vue celui qui était au départ : cet homme, né aveugle. Face à ce débat, cette interrogation, cette inquisition presque ce qui est bon ou mauvais à faire, il ramène le débat toujours de nouveau vers l’essentiel : « Je ne sais qu’une chose : Avant j’étais aveugle, maintenant je vois. » 

Et nous, plongés d’un jour à l’autre dans une autre façon de vivre notre quotidien, voulons-nous continuer à nous plaindre, à dire ce qui ne va pas ? Ou sommes-nous capables à revenir à l’essentiel et de dire : « avant j’étais aveugle, mais aujourd’hui je vois …. je vois des choses que je ne voyais pas avant. »

Car, 

On peut voir des rayons vides, 

comme on peut voir des gens qui travaillent jusqu’à épuisement pour les remplir de nouveau. 

On peut voir des gens se disputer pour un paquet de pâtes, 

comme on peut voir ceux qui apportent des courses au voisin malade. 

On peut voir l’isolement, 

comme on peut voir des réseaux qui se créent autrement.  

On peut voir à quoi on a dû renoncer, 

comme on peut voir ce qu’on a reçu. 

 

Quelqu’un d’entre vous m’a écrit : 

« Je trouve dans ce texte une solidarité de Jésus avec les plus pauvres, l'aveugle de naissance en est absolument. Et je vois une solidarité dans ce que nous vivons aujourd'hui au niveau mondial.

Solidarité de la communauté scientifique chinoise qui a été remarquable dans le partage des informations et maintenant quelle solidarité au niveau des politiques et au niveau de la planète ? Sommes-nous devant une prise conscience générale qui est urgent de faire qqch, qu'il est urgent d'arrêter l'agriculture industrielle et de manger tant de viande... Si seulement ! Quand même le monde d'après le covid19 devrait être différent du monde d’avant..."

 

> Que voyez vous aujourd’hui que vous n’étiez (peut être) pas capables de voir il y a quelque temps ? 

 

Cette narration est très longue, quand on compare avec d’autres. Jean y consacre tout un chapitre. Mais à la fin elle aboutit dans une confession : verset 38 « Seigneur, je crois. » 


Cet homme aveugle a cheminé. En vérité il ouvre ses yeux deux fois dans cette histoire. Au départ il voit car il est guéri d’un handicap. Mais à la fin, il voit que Dieu agit envers lui à travers Jésus. Il se met à croire et à faire confiance. Une autre façon d’ouvrir les yeux. La guérison physique et la confession ne sont pas liées directement. L’homme a besoin de temps, de rencontres, il évolue dans ce qu’il est en train de vivre. La guérison de la maladie est certes miraculeuse dans cette histoire, mais trouver sa foi ne se fait pas par magie, mais par enquête et par un vécu personnel. Cela prend le temps nécessaire.

 

Je nous souhaite que nous prenions le temps qu’il faut à chacun, à chacune pour cheminer et pour arriver à dire, le moment venu : « Seigneur, je crois. »


Par exemple de cette façon : 


Seigneur,

Tu m'as toujours donné

la paix du lendemain et,

bien qu’angoissé, aujourd'hui, je crois.


Seigneur,

Tu m'as toujours tracé

la route du lendemain,

et bien qu'elle soit cachée,

aujourd'hui, je crois.

 

Seigneur,

Tu m'as toujours éclairé

mes ténèbres,

et, bien que sans lumière,

aujourd'hui, je crois.


Seigneur,

Tu m'as toujours parlé

quand l'heure était propice,

et malgré ton silence,

aujourd'hui, je crois.

Amen 

 

Prière (par Marianne Renaud sur  #linstantcommunion du 20 mars) : 


Librement adapté d’après quelques prières d’Iona
Et à partir de messages reçus de la part de soignants, d’aumôniers, de paroissiens

 

Prions,


Dieu des renouvellements,
là ou deux ou trois sont réunis en ton nom,
tu as promis d’être au milieu d’eux.
Tu es auprès de tous ceux qui recherchent ta présence,
Les communautés qui se rencontrent virtuellement,
Les personnes seules qui se tournent vers toi
Donne-nous d’être « Eglise ensemble », où que nous soyons,
rassemblés par ton Esprit, comme seul ton Esprit peut nous rassembler.


Dieu des chercheurs de vérité, en ce temps de grande incertitude;
nous commençons à réaliser à quel point
nous ne savons pas grand chose, chacune et chacun.
Tu as pourtant placé dans notre monde
celles et ceux qui parlent avec raison,
celles et ceux qui connaissent la science
celles et ceux qui protègent, qui soignent
Aide nous à entendre les voix d’une sagesse éclairée,
et à remercier pour ce qui est déjà là :
la connaissance qui surmonte l’ignorance,
l’amour qui surmonte la peur,
la fraternité qui inclut la grâce dont nous avons tous besoin.


Dieu des bonnes nouvelles,
qui s’étendent plus vite que la peur,
Dieu du courage qui vient du coeur :
Sois avec nous lorsque l’anxiété surgit, et lorsque l’incertitude grandit.
Sois avec ceux qui souffrent de la faim, de la torture, de la pauvreté, de la guerre
Sois avec les enfants qui nous posent des questions difficiles,
Sois avec les adultes qui cherchent comment vivre mieux, après
Sois avec les assistants sociaux qui continuent d’aider les plus démunis
Sois avec les soignants et les priants, touchés eux aussi par la maladie et la mort
Sois avec les mamans qui accouchent seules,
Sois avec les mourants dans les services de soins palliatifs
Sois avec ceux qui accompagnent les familles dans le deuil
Accompagne chacun dans sa fragilité


Nous te confions tout particulièrement
….. à mettre des personnes à qui vous pensez ….. 

Toutes les personnes qui continuent de travailler à des caisses de supermarchés, dans des entrepôts, sur les routes, derrière des comptoirs, pour que nous puissions continuer d’avoir accès à la nourriture et aux médicaments
Nos proches, parfois très jeunes, en réanimation ou hospitalisées
Les personnes qui voient leurs petites entreprises mises en péril par la crise

Dans ton amour, tu nous offres maintenant
Ce dont nous avons peut-être le plus besoin,
Le silence d’un cœur à cœur avec toi

Toi qui fais de nous tes enfants, nous te prions encore

 

Notre Père, qui es aux cieux

Que ton nom soit sanctifié

Que ton règne vienne

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour

Pardonne-nous nos offenses,

comme nous pardonnons aussi

A ceux qui nous ont offensés.

Et ne nous laisse pas entrer en tentation,

Mais délivre-nous du mal

Car c’est à toi qu’appartiennent

Le Règne, la Puissance et la Gloire,

Pour les siècles des siècles, Amen.