prdication Matthieu 11 décembre 2019

Matthieu 11.2-11     Jean-Baptiste, dans sa prison, a entendu parler du Christ et de ce qu'il fait. Il envoie quelques-uns de ses disciples, 3 pour demander à Jésus : « Est-ce que tu es le Messie qui doit venir ? Ou bien devons-nous en attendre un autre ? » 4 Jésus leur répond : « Allez raconter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez : 5 les aveugles voient clair, les boiteux marchent bien, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts se réveillent, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. 6 Il est heureux, celui qui ne refuse pas de croire en moi ! » 7 Les disciples de Jean repartent. Jésus se met à parler de Jean aux foules qui sont là. Il leur dit : « Qu'est-ce que vous êtes allés regarder dans le désert ? Un roseau secoué par le vent ? 8 Non ! Alors, qu'est-ce que vous êtes allés voir ? Un homme habillé de vêtements élégants ? Mais ceux qui ont de beaux vêtements habitent dans les palais des rois. 9 Qu'est-ce que vous êtes allés voir ? Un prophète ? Oui, je vous le dis, et même plus qu'un prophète ! 10 En effet, Jean est celui que les Livres Saints annoncent quand Dieu dit : “Moi, je vais envoyer mon messager devant toi. Il préparera le chemin pour toi.”  » 11 Jésus ajoute : « Je vous le dis, c'est la vérité : il n'y a jamais eu un homme plus important que Jean-Baptiste. Pourtant, celui qui est le plus petit dans le Royaume des cieux est plus important que lui.

 

Prédication 

 

  1. En prison 

Mardi 10 décembre, comme un élément du calendrier vivant de l’avent, le groupe ACAT avait proposé un goûter débat autour du thème : «Qu’est ce que la dignité humaine »? 

 

Entre autre nous avons eu, via video, le témoigange d’Antoinette Chahine, libanaise.  

Jeune étudiante, alors qu’elle commençait tout juste sa vie de jeune femme, encore un peu enfant qui a besoin de sa mère, et assez adulte pour vouloir apprendre et prendre ses responsabilité, la police va l’arrêter.

 

En vérité  ils cherchent son frère, dont ils se doutent qu’il est impliqué dans une révolte contre l’Etat. Comme ils ne peuvent pas mettre la main sur lui, c’est elle, proie facile,  qui va en prison. 

Par l’intimidation, par la torture, par des menaces, en tendant les pièges de la torture psychologique, on cherche à la faire signer et avouer ce qu’elle n’a jamais commis.

Vengeance envers le frère ? 

Tentative de la faire trahir et révéler où se cache le frère et de le faire sortir de là? 

Jeux de pouvoirs ? 

Probablement un peu de tout cela. 

Mais sans réponse et sans explication, Antoinette souffre le martyre, souffre tellement des séquelles physiques qu’on l’envoie  à plusieurs reprises à l’hôpital pour des soins, uniquement pour être renvoyée ensuite dans les mains de ses geôliers. 

Elle espère que c’est un mauvais rêve, et que le monde dehors est encore intact, et elle attend le jour où le tribunal va rendre son verdict et espère qu’enfin justice sera faite. 

Mais c’est pire que tout. Elle est condamnée à mort. Et puisque la peine de mort n’est plus appliquée depuis un moment, au moins pas pour des femmes, cela veut dire, rester enfermer à vie dans cet enfer de la prison. A un moment donné elle raconte que dans sa cellule elle ne peut même pas s’allonger, tellement c’est petit, et qu’alors elle essaie de mettre les pieds en l’air pour étirer un peu ses jambes. 

Au fond de ce nul part, au fond de ce trou, cette cellule sans lumière, ou presque

qu’attendre ? Comment survivre ? Comment ne pas perdre la raison? A quoi s’accrocher ?

Son cas va être connu par Amnesty International et par l’ACAT, et des groupes un peu partout dans le monde, et notamment en France, vont commencer à écrire. Ecrire aux instances pour demander un procès équitable. Mais aussi lui écrire à elle, à elle au fond de sa cellule. Une chose qui nous a étonné, miracle, ces lettres arrivent jusqu’à elle. Elle peut donc les lire, écrites par la main de personnes qu’elle ne connait pas : « Nous pensons à toi. Nous savons que tu existes. Nous sommes conscient que ce que tu vis est dur. Nous te souhaitons le courage et l’aide de Dieu pour résister et pour garder l’espérance. Nous faisons de ce qui est possible pour nous pour t’aider … écrire des lettres... » 

Antoinette décrit, comment elle a serré chaque lettre contre elle, qu’elle les a embrassées, que c’était pour elle une source d’espérance, un moment de dignité retrouvé.

Là dehors, dehors les murs, derrière les portes, il n’y avait pas que des juges corrompus ou des tortionnaires sadiques; il y avait aussi ces gens là qui essayaient de manifester et témoigner d’une autre logique du monde. Antoinette ne pouvait pas savoir si cela allait changer son destin, mais au moins c’était une bonne antidote contre la déprime face à son sort. 

2. Jean en prison 

Jean Baptiste,  au fond de sa cellule, ne rêve même pas d’un procès ou d’un  verdict en son faveur. Il est dans les mains d’Hérode, qui est connu pour sa soif de sang, ses injustices, son caractère maniaco-dépressif, qui le rend redoutable. Ce n'est qu’une question de temps avant que Jean ne connaisse sa fin, mais il ne sait pas encore à quel point cela va être cruel. 

Tout ce qu’il avait annoncé … 

tous ces gens qu’il a accueillis et qui ont fait la promesse de changer leur vie, de vivre en confiance en Dieu, en respectant sa volonté … est ce finalement pour rien?

Ses appels que vraiment Dieu vient dans ce monde et que bientôt on pourra voir les choses changer, a-t-il menti aux autres ? 

 

Et puis arrivent au fond de la prison, des rumeurs, des paroles qui se partagent entre  prisonniers ; qqn a entendu parler des gardiens, se raconter qu’un nommé Jésus, de Galilée, traverse le pays et se comporte comme si c’était lui, le Messie, celui qui annonce une nouvelle ère.  Et que oui, il y aurait des signes, que peut être c’est vraiment lui. 

Et Matthieu écrit qu’il envoie ses disciples pour faire des recherches … je ne sais pas comment il faut s’imaginer cela, mais peu importe, nous avons la réponse: 

« Allez raconter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez : 5 les aveugles voient clair, les boiteux marchent bien, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts se réveillent, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. 6 Il est heureux, celui qui ne refuse pas de croire en moi ! » 

Hmmm, soyons honnête : c’est complètement exagéré. A la limite on pourrait dire : un aveugle voit, quelques malades sont guéris, certains pauvres vont mieux … au moins au moment où Jésus parle. 

A la place des disciples qu’auriez-vous fait? 

Vous, vous êtes des disciples et vous retournez chez Jean …

 

C’est vrai, il y avait cet homme paralysé, qui était apporté par ses amis, et qui marche aujourd’hui de nouveau. Ils avaient entendu parler de cela. 

Il y a aussi ces dix lépreux qui semblent être guéris.

Il y a un certain Lazare, qui est sorti de la tombe … est ce qu’il était vraiment mort, mort ?…bon, il y a des gens du village qui sont prêts à jurer qu’il sentait déjà très mauvais. 

Par contre des pauvres qui avaient retrouvé fortune, ils ne voyaient pas trop. 

Et surtout, les entrées des villages et des villes étaient toujours et encore peuplés par des estropiés et des mendiants de toute sorte. Dire que le monde avait réellement changé ? Que tout allait mieux … c’était un peu exagéré de crier cela partout. 

 

3.  Le  verre à moitié plein ou à moitié vide? 

 

Que faut-il dire à Jean au fond de la prison? 

 

Que faut-il dire aux gens comme Antoinette, des gens en attente d’une espérance de nos jours? 

 

Que faut-il dire à nos jeunes réfugiés qui viennent au cours de français ? Alors que tantôt l’un se voit encore refuser toute aide, et l’autre, oui, lui il reçoit le statut de réfugié … pour quoi lui, pourquoi pas moi? 

 

Que faut-il dire aux malades avec un mauvais diagnostic ? Que certainement ils vont être guéris ?  ou peut être ? pourquoi eux, pourquoi pas un autre ? 

 

Que faut-il dire aux pauvres … que finalement ils n’ont qu’à croire à la bonne nouvelle et que tout ira bien, bientôt ! ? 

 

Que faudrait-il dire si c’était nous les disciples ? Annoncer ce que Jésus demande de faire : 

« Regardez le verre à moitié plein, voyez les signes de ce qui se passe, voyez que rien n’est perdu et que le monde change »

ou dire ce qu’ils voient vraiment, ce qui est devant leurs yeux : qu’il y a encore et toujours des pauvres, des malades, des morts et des injustices …. ? 

 

Matthieu ne transmet pas ce que les disciples vont dire à Jean, 

mais Matthieu décrit  ce que Jésus va dire à celles et ceux qui sont témoins de la situation:  

 

«Qu'est-ce que vous êtes allés regarder dans le désert ? Un roseau secoué par le vent ? 8 Non ! Alors, qu'est-ce que vous êtes allés voir ? Un homme habillé de vêtements élégants ? Mais ceux qui ont de beaux vêtements habitent dans les palais des rois. 9 Qu'est-ce que vous êtes allés voir ? Un prophète ? Oui, je vous le dis, et même plus qu'un prophète ! 10 En effet, Jean est celui que les Livres Saints annoncent quand Dieu dit : “Moi, je vais envoyer mon messager devant toi. Il préparera le chemin pour toi.”  » 11 Jésus ajoute : « Je vous le dis, c'est la vérité : il n'y a jamais eu un homme plus important que Jean-Baptiste. Pourtant, celui qui est le plus petit dans le Royaume des cieux est plus important que lui.»

 

Jésus renvoie à une expérience. A l’époque quand Jean commençait à prêcher, c’était un homme curieusement mal habillé. Pas des beaux vêtements. Il ne savait pas faire des miracles. Mais les gens venaient quand même et se laissaient toucher en grand nombre. La parole de Jean était de dire : « Le messie viendra, mais en attendant, c’est à vous de changer, c’est à vous d’agir en sorte que vous changiez et que le monde dans lequel vous vivez change. » Et les gens, prenaient des bonnes résolutions et demandaient le baptême comme signe de ce changement. 

 

Jésus leur renvoie cette initiative et enthousiasme qu’ils ont connu il n’y a pas longtemps. 

 

Si vous gardez cet enthousiasme, c’est comme si c’était fait. 

Et le monde ne sera plus le même. 

Alors que voulez vous dire à Jean ? 

 

Désolé, On est retourné à nos mauvaises habitudes? 

On est finalement restés cloués sur nos canapés ? 

On a retrouvé le confort de râler sur les autres mais ne pas voir ce qui est notre part ? 

 

Jésus ajoute : « Je vous le dis, c'est la vérité : il n'y a jamais eu un homme plus important que Jean-Baptiste. Pourtant, celui qui est le plus petit dans le Royaume des cieux est plus important que lui.»

 

Jean est un tout petit. Là encore plus, en prison, face à la mort. Et pourtant c’est grand ce qu’il a pu faire. 

 

Le message est bien simple : Arrêtez de dire, que rien ne se passe. Arrêtez de dire que nous ne pouvons rien. Qui suis je pour faire ceci ou cela ? le plus petit dans le Royaume des cieux est plus important que lui.»

 

Chacun peut agir. Chacun peut faire. 

 

Un proverbe africain dit : 

 

Beaucoup de petites personnes dans de nombreux petits endroits qui font beaucoup de petites choses peuvent changer la face du monde.

 

Et chaque aveugle qui voit, et chaque pauvre qui retrouve une place dans la société en est un témoignage. 

 

IV. 

 

Antoinette Chahine, sortie après 5 ans, grâce à beaucoup de petites personnes qui ont fait beaucoup de petites choses, raconte à la fin du film qu’elle rendait visite à un monsieur qui lui avait écrit à l’époque quand elle était en prison. Et qu’entre temps ce Monsieur était dans une maison de retraite. Alors le Monsieur fait venir le personnel et lui présente Antoinette en disant : « Et si dans ma vie ce serait la seule chose que j’ai réussi de faire sortir cette femme de la prison, cela valait la peine d’être vécue. »

 

Voilà la logique du Nouveau Testament qui n’a pas perdu de son actualité : 

les plus petits, les gens sans grande réputation et apparence, ils peuvent changer le monde. 

Des pauvres, des malades, des victimes injustes ne vont pas disparaitre en claquant des doigts, mais pour chacun de moins, c’est comme si le Royaume de Dieu était là. 

Amen

 

Christina WEINHOLD 

Eglise Protestante Unie Marly et Environs 

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