Prédication 14 àctobre 2018

Gen 8    Prédication  Céline Houzard  14 octobre au temple de Marly le Roi

Je sais bien que c’est bateau de prendre Noé et son arche pour parler de sauvegarde de la Planète et de l’humanité … cependant ce sujet est trop important pour qu’il ne soit pas présent aussi – surtout dans nos réflexions spirituelles.

En la période est doublement pertinente pour en parler :

Alors cette prédication sera hybride -comme les voitures- et présentera une partie de réflexion sur le texte ainsi qu’une présentation du projet Eglise Verte pour que nous réfléchissions à ce que nous pouvons faire.

Prenons le temps de nous pencher sur le texte. Ce récit de déluge est parmi les plus connus mais aussi les plus dérangeants par le comportement de Dieu qui déclare de but en blanc se repentir d’avoir créé les humains et vouloir les anéantir à cause de leur méchanceté ! Et là franchement après plus de 30  siècles d’histoire humaine, après la Shoah ; les khmers rouges ; le Vietnam, l’esclavage ….et maintenant notre action destructrice sur la planète, je me sens à la fois l’envie de regarder mes pieds - honteuse et de regarder le ciel tant je suis étonnée que Dieu nous ait laissé en vie malgré tout cela !!! Tels les gaulois qui attendaient que le ciel leur tombe sur la tête…

Et dans ce récit, c’est bien de cela qu’il s’agit : une peur  irrationnelle et enfantine. C’est pourquoi ce type de récit de déluge existe   dans beaucoup de cultures. La version la plus connue et la mieux documentée par les historiens est celle de  Gilgamesh.

L’épopée de Gilgamesh a fait l’objet d’études poussées qui font remonter sa datation à environ 3000 avant JC. ( L’ AT a été fixé vers 650 avant JC)

Les deux récits sont quasi identiques :  dans Gilgamesh le déluge est voulu par plusieurs dieux du pays de Sumer (vers l’actuel Bassora). L’un des dieux, Ea la déesse de la sagesse, prévient Utanapishtim ( le Noe de Gilgamesh) des événements à venir et lui donne les mêmes consignes que celles données par Dieu à Noé dans l AT. Les épisodes de « l’atterrissage » sur la montagne, du lâcher de colombe sont aussi présents dans les deux récits.

Cela  nous fait regarder différemment ce récit de la Genèse. Pendant longtemps nous pensions qu’il était une invention biblique, ce récit de déluge préexistant nous permet de remettre la Bible dans sa perspective historique. Dans les différents héritages qui la compose. Pour les historiens, l’épopée de Gilgamesh est souvent qualifiée de mère de tous les livres. Et l’on sait que le passage sur le déluge avait eu du succès car on le retrouve à nombres de reprises  à divers endroits.

Pourquoi ce récit est-il devenu si populaire ?

Sans doute parce qu’il répond à un certain nombre d’angoisses de nos ancêtres :

( Animisme)

Et finalement ce récit me parle avant tout de ses auteurs plutôt que Dieu. De leur impuissance, de leurs angoisses, de leurs espoirs…

L’ AT se réapproprie une tradition déjà ancienne et certainement bien connue à l’époque mais en montrant par les variantes que NOTRE DIEU à nous est différent qu’il ne se comporte par comme ceux des autres. 
Bien sûr, et ce n’est pas rien, il est Unique. Il ne s’agit plus d’une myriade de dieux qui seraient animistes.

Mais surtout la grosse différence c’est que nous assistons à ce que certains théologiens nomment la conversion de Dieu à ne plus punir ( 8 :21 et 9 :11).

Dieu abdique de sa toute puissance dans ce récit. Il se refuse à avoir le droit de vie et de mort sur sa création, il nous la rend : c’est nous qui auront droit de vie et de mort sur nous-même. Il nous donne notre liberté.

Et si nous, nous pouvons parfois désespérer de nos contemporains, Dieu ne désespère pas de nous puisqu’il confie de nouveau la Terre aux humains et nous encourage à y prospérer.

Il nous fait don de son espérance en nous ( espérance même racine hébreux que fenêtre comme fenêtre de l’arche).

Comme nous le savons, dans ce récit Dieu fait de l’arc en ciel un symbole visible de son alliance renouvelée avec nous. Cela m’inspire deux remarques :

Ce récit nous est souvent présenté comme une punition divine mais à bien y regarder les contemporains de Noé étaient en train de s’autodétruire par ces comportements « méchants ». Pourrait on dire égoïstes ?   L’humanité était en train d’entraîner sa disparition et tout compte fait, par son intervention Dieu en sauve quelques-uns finalement.

Cette situation n’est elle pas la nôtre ?  N’est pas exactement ce que nous vivons aujourd’hui : nous sommes en train nous nous auto-détruire, de détruire la Planète et sans doute l’humanité qui vit de ses bienfaits à force d’égoïsme ?

Devant l’arrivée de ce déluge ( Maboul en hébreux) Noe, prévenu, construit son arche. Mais que font tous les autres autour de lui ? Ils voient bien tous que Noe construit ce bateau ? Lui demandent t’ils pourquoi ? A-t-il répondu ? L’ont-ils cru ?

Dans ce cas pourquoi personne n’a construit d’autre arche ? Etaient-ils tous dans l’inconscience ? Dans le déni ? dans l’a-quoi-bonnisme ?

Et nous ? Sommes-nous dans le déni ?  l’inconscience ? l’a-quoi-bon ?

Dieu a bien du mérite d’espérer de nous envers et contre tous nos comportements actuels !

Pourquoi agissons nous si peu face aux périls qui commencent à se manifester et qui risquent de nous détruire ?

C’est certainement une des questions à l’origine de cette démarche d’ Eglise Verte lancée par le conseil des Eglises Chrétiennes. Ce projet a pour objectif une conversion écologique des Eglises afin de changer le comportement des communautés. Mais également afin de prendre soin de la Création que Dieu nous a offert et que cet enjeu écologique (re-)devienne  une préoccupation spirituelle. Que nous cessions d’être dans un rapport instrumental à la nature pour y porter un intérêt spirituel.

Depuis 2007, de façon très discrète je dois dire ; les 3 églises catholiques orthodoxes et protestantes ont fait de septembre le mois de célébration de la Création. ( 3 églises celebrent une fete liee a la nature en septembre)

LA FPF a lancé le label Eglise Verte le 16 septembre dernier au Temple du Luxembourg et nos frères catholiques le 28 septembre.  L’équipe d’animation Eglise verte est oecuménique et propose de nombreuses initiatives : carême appelant à la sobriété, semaine unité des chrétiens sur ce thème et lorsque l’on commence la démarche un eco-diagnostic est proposé.

A marly nous réalisons cette démarche avec nos frères catholiques dans un groupe dont certains font partie ici. Qui se réunira la semaine prochaine pour partager sur le point de départ de la démarche : l’ecodiagnostic.

LE CP a travaillé grâce à Christina sur ce document. Nous avons donc rempli l’éco-diagnostic grâce à Christina, il s’agit de 8 pages de questions sur les bâtiments, les pratiques de consommation, la vaisselle, le chauffage, le compostage….

C’est très bien fait, très complet … et notre version remplie est …. Attristante… nous sommes encore loin du compte des actions qui pourraient ralentir le déréglement climatique… mais nous avons quand même des bons points ! tout n’est pas noir loin de là. C’est plutôt que nous faisons encore peu. La bonne nouvelle c’est donc que nous ne pouvons que faire mieux.

Les domaines d’actions sont nombreux et variés, cela va d’une petite action modeste aux actions les plus couteuses… (donner des exemples)

C’est aujourd’hui que nous devons nous mettre en chemin,

Car nos enfants sont là à nous regarder agir …. ou pas

Car notre humanité est consubstantielle à la Terre nourricière

Car notre avenir est entre notre main… à chacun d’entre nous et à nous tous ensemble

Car avec la sécheresse, il ne pleuvra plus, nos enfants ne verront  plus d’arc –en-ciel. Et ne pourront se souvenir de l’alliance de Dieu . 

 

Mettons nous à changer sans plus attendre

Car Dieu espère en nous

Amen