prédication Actes 8 le baptême de l'eunuque

prédication Actes 8 le baptême de l'eunuque

juin 2018 par Chr Weinhold 

Prédication Chr Weinhold  Juin 2018:  Actes 8 , 26ff   

 

Voici un des rares récits d’un baptême dans la bible et qui peut nous donner des indices sur le sens du baptême dans le temps biblique. Mais un baptême c’est aussi et toujours une affaire personnelle et j’ai donc décidé, au lieu de faire un discours sur le sens du baptême, de lui donner la parole, à cet homme d’Ethiopie. Qu’il nous dise comment lui il a vécu cette situation, et quel sens avait pour lui le baptême :

 

L’Ethiopien raconte:

« Vous savez, ma vie était pendant longtemps une vie marquée par des succès. J’étais devenu quelqu’un d’important. Des portes se sont ouvertes pour moi, là où je ne m’y attendais pas. Mes parents pouvaient être fiers de moi. J’étais devenu contre toute attente le responsable des trésors de la reine. Alors vous comprenez? Ce n’est pas uniquement que le grand portail de la cour s’est ouvert pour moi, pas uniquement que j’assistais aux banquets ou aux fêtes de la cour comme si c’était mon salon, mais même, là où la reine venait toute seule et uniquement elle, de temps en temps chercher ses bijoux ou vérifier ses biens, c’est moi qui portait la clé proche de moi. Cette porte du trésor m’obéissait et s’ouvrait quand je le voulais et uniquement sur ma commande. Mais bien sûr mon premier rôle était de garder la porte bien, bien  fermée. 

 

Tout cela avait un prix. 

J’ai dû accepter d’être émasculé. 

Et oui, ce n’est pas que pour les gardiens de harem, vous savez ?! 

Dans leur tête, dans la tête des responsables de la cour, c’était comme si tout désir s’éloignait de nous: Le désir de la femme, mais aussi de l’argent, du pouvoir. Une chose est sûre. Faire la révolte au palais pour créer ma propre dynastie n’était pas dans ma logique. 

Bon, en bref, pour moi c’était donc un prix à payer, un choix à faire: Si je voulais grimper dans mes responsabilités, si je voulais accepter cette offre, je devais alors mettre … vous savez quoi … sur la table. 

Si vous voulez savoir comment cela se passe en pratique, je vous renvoie à votre imagination et oui, c’est dégueulasse, une vraie boucherie. J’avais la trouille. Et j’avais raison. Du sang partout, des douleurs inimaginables, encore des jours et des semaines après l’événement. Heureusement on ne m’avait pas dit avant combien d’hommes perdaient leurs vies dans des telles opérations. 

Mais un homme ne crie pas, n’est ce pas ? J’ai fermé ma bouche et j’ai hurlé en silence et tout seul.

Mais une fois rétabli, la vie facile a commencé : Tout le monde me faisait confiance d’office, comme si j’étais un loup transformé en petite caniche, dont on n’a plus rien à craindre. La vie à la cour, des jolies vêtements avec quelques fantaisies même qu’on n’aurait pas accepté pour un vrai homme, et un très, très bon salaire pour satisfaire tous les besoins qui me restaient dans ma vie. 

Au moins dans un premier temps, tout était bien. Comme je disais: Une vie de succès. 

 

Avec le temps, par contre,  j’ai senti un vide. 

Pas uniquement le vide quand je poussais la nuit la porte vers ma chambre où personne ne m’attendait. Pas le même habitat que chez mes frères et sœurs, où leurs enfants qui naissaient les uns après les autres mettaient bien du désordre mais aussi de la vie sous le toit. 

Non, il y avait aussi cet autre vide que prenait place en moi: à quoi bon ma vie ? Quand l’eau dans lequel je me rafraîchissais me reflétait, qui voyais-je ? Ce que voient les autres ? Un homme ? Un eunuque ?  Un homme à peau noir ? Un éthiopien ? Un riche ?  Un fonctionnaire ? Qui suis-je ? Quelle est mon identité dans tout cela ? Qui me prend ici autour de moi vraiment au sérieux dans ce que je suis, moi au fond de moi? 

 

Et j’ai fait ce qu’on fait dans ces situations: j’ai commencé à m’intéresser à la religion. J’ai un peu regardé avec un peu plus d’intérêt ce qui existe. Mais là où j’étais le plus attiré c’était par les juifs. On avait une communauté assez importante chez nous et ce qui attirait c’était leur sérieux. Car sur le marché des religions, je peux vous dire, on trouve de tout, mais vraiment du tout. Des gens qui vous font boire des breuvages avec des ingrédients douteux. Parfois cela réussit pour passer quelques heures joyeuses et légères, mais la plupart du temps cela vous rend malade. Et aussi des gens qui consultent des os ou des organes des poules pour vous prédire votre avenir. Comme par hasard ils vous promettent ce que vous voulez entendre et en plus tout cela coute bien cher. 

Non, les juifs, c’est sérieux et cultivé. Ils lisent beaucoup, ils discutent. Ils respectent les autres. Ils ont plein de règles pour permettre de bien vivre ensemble. Je me suis approché et j’y ai pris goût. 

Et plus je passais du temps dans la communauté, plus j’entendais parler de Jérusalem : la ville de Dieu ! Le centre de la foi! Le lieu à ne pas rater. 

Et donc un jour j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai demandé à ma reine un congé. 

Chose qui n’existait pas, mais ma reine est gentille, et elle avait vu qu’elle pouvait toujours compter sur moi ; alors elle m’a accordé cette faveur et j’ai fait ce long voyage jusqu’à Jérusalem. 

Et là encore des portes se sont ouvertes devant moi. J’ai dormi dans les meilleures auberges, j’ai dégusté de nouveaux plats culinaires, j’ai acheté des souvenirs, et même que j’ai pu acheter un rouleau des saintes écritures, le rouleau du prophète Esaïe. Même pour moi c’était très cher. Mais j’avais envie de l’étudier. 

Mais j’ai dû constater qu’il y avait aussi des portes fermées. Au temple je suivais les hommes qui allaient vers la prière … quand un gardien m’arrête « Tu n’es pas d’ici … » dit il. « bien vu, bien vu »  j’ai répondu. Il se moque de moi ou quoi ? 

Et il continue;  « Tu ne serais pas coupé, toi ? » j’ai rougi mais cela ne se voit pas trop, heureusement. « Oui, et alors ? Tu parles au haut fonctionnaire de la reine d’Ethiopie,  mon ami. » « Enchanté, mais vous ne pouvez pas entrer », continue cet homme devant moi: 

Comme c’est écrit dans le livre du Deutéronome : tu n’entras pas ici, c’est réservé aux hommes d’Israël. Mais pas de soucis, tu peux prier dans la cour des païens, derrière la cour des femmes, si vraiment tu veux prier. » 

Et là, d’un coup il y avait de nouveau ce vide, ce désert au fond de moi. Qui suis je ? Suis-je ce que cet homme me dit en face devoir être ? Comment me classe-t-il et me range-t-il parmi ceux que j’ai le droit d’être et ceux que je ne peux être ? Suis-je cela ? Un cas ? Une chose ? 

Alors voilà que j’ai quitté Jérusalem avec tous mes achats pour retourner chez moi. Au moins là bas on me respecte. 

Et dans mon char, en train de lire, que lis-je ? 

 

Es 56, 3 Qu’il n’aille pas dire, le fils de l’étranger

qui s’est attaché au SEIGNEUR, qu’il n’aille pas dire :

« Le SEIGNEUR va certainement me séparer de son peuple ! »

et que l’eunuque n’aille pas dire :

« Voici que je suis un arbre sec ! »

(…)  6 Les fils de l’étranger qui s’attachent au SEIGNEUR

pour assurer ses offices, pour aimer le nom du SEIGNEUR,

pour être à lui comme serviteurs,

tous ceux qui gardent le sabbat sans le déshonorer

et qui se tiennent dans mon alliance,

7 je les ferai venir à ma sainte montagne,

je les ferai jubiler dans la Maison où l’on me prie ;

leurs holocaustes et leurs sacrifices

seront en faveur sur mon autel,

car ma Maison sera appelée :

« Maison de prière pour tous les peuples ».

 

Oh quel bonheur ! 

Quelle promesse par la bouche du prophète ! 

Est-ce que le gardien qui savait citer le Deuteronome connaissait aussi ce passage ? 

 

Plus j’avance dans le texte, plus j’ai l’impression que c’est écrit pour moi et que quelqu’un me parle. 

Et je n’avais pas remarqué cet homme qui suivait en courant mon char.

Mais il m’interpelle  et me demande : « Comprends-tu ce que tu es en train de lire ? » 

Oui, non, si .. comment dire ? Je comprends très bien ce qui est écrit là ! Un grand merci à mon enseignant à la synagogue, il a fait un bon travail pour m’apprendre l’hébreu. Je comprends aussi que c’est  une grande vision qui est marquée ici par le prophète : pas de limites, pas de portes fermées, un grand rassemblement pour venir adorer le même Dieu. Mais comment le comprendre ? C’est un futur? C’est déjà là ? C’est irréaliste ? 

Et moi, moi dans tout cela ? Comment cela se fait-il que j’ai choisi ce rouleau? J’aurais pu acheter pour le même prix trois petits prophètes, ou deux livres du Pentateuque. Mais j’ai opté pour ce rouleau. Et je lis : « Il a été comme une brebis qu'on mène à l'abattoir, comme un agneau qui reste muet devant celui qui le tond. Il n'a pas dit un mot.

33 Il a été humilié et n'a pas obtenu justice. Qui pourra parler de ses descendants ? Car on a mis fin à sa vie sur terre. »

J’avais très chaud et ce n’était pas à cause du soleil sur cette route vers le sud. 

Ces paroles me touchent et font vibrer les cicatrices que je porte sur mon corps, mais plus encore que je porte dans mon âme. Ce prix que j’ai payé à l’époque, ce n’est qu’avec le temps que j’en ai compris toute la dimension. Je n’ai pas ouvert la bouche pour en parler, mais c’est comme si, ici, il y a qqn qui me comprend. 

Alors j’ai répondu à cet homme qui collait au char : 

« Comment pourrais-je comprendre, si personne ne m'éclaire ? »

 

Oups, c’est moi qui dis ça ? Moi le haut fonctionnaire de la reine, je montre ma fragilité !

Et puisque j’y suis je vais encore plus loin. La vision d’Esaïe m’inspirait. Si alors c’est dans les idées de Dieu qu’un jour tous seront ensemble, pourquoi ne pas commencer tout de suite à s’entrainer un peu?! Et j’ai laissé moi, le responsable du trésor de la reine, avec ma clé toujours proche de moi, j’ai laissé monter dans mon char cet homme que je n’avais jamais vu avant. Je ne demande pas qui il est, lui-même ne veut rien savoir sur moi. Mais nous voilà tous deux, côte à côte, nos têtes sur l’écriture et de temps en temps la tête levée, yeux dans les yeux.  Mon vis à vis me parle d’un Jésus de Nazareth. Me dit que lui pensait bien que ce temps dont parle le prophète était arrivé. Me parle aussi de tout ce que cet homme  a dû endurer et comment il a dû finir sa vie. Un prix bien plus élevé que celui que j’avais payé moi. Et tout cela car il avait confiance que Dieu voulait vraiment qu’il n’y ait plus de barrière entre les hommes et que tous viendraient à lui. J’ai pleuré en apprenant sa mort, mais mon ami m’a fait sourire de nouveau en m’apprenant aussi que Dieu savait rouler la pierre devant le tombeau et le relever d’entre les morts. 

Et j’ai été rempli de joie quand j’ai entendu que Jésus promettait d’être avec nous jusqu’à la fin du monde et cela voulait dire aussi partout dans le monde. 

A ce moment-là j’ai interrompu pour un moment mes interrogations et ma recherche et j’ai demandé le baptême à mon compagnon de route. 

Et quand j’étais dans l’eau et que la surface reflétait mon visage, je me voyais autrement : comme un enfant bien aimé et bien accepté. Dans ce reflet à la surface de l’eau se mélangeait le visage du Christ. Le ressuscité avec ses blessures et malgré tout vivant qui, confiant, me regardait, voyait mes blessures et me disait: « Tu es un enfant de Dieu. Tu es un frère dans la grande famille de mes enfants. Notre descendance sera grande. »

Quand je me suis décidé enfin sortir de l’eau mon compagnon de route avait disparu. Trop vite à mon goût. Mais en même temps, je savais bien qu’on ne perdait pas le lien, puisqu’on était à partir de ce jour membres de la même famille. 

J’ai continué ma route si joyeux et soulagé que j’ai chanté tout au long du chemin. Ce jour là, la porte la plus importante de ma vie s’est ouverte: celle qui m’avait interdit d’ouvrir la bouche, celle qui m’avait enfermé en moi-même, celle qui m’a mis dans une case d’après le regard des hommes. Aujourd’hui cette porte s’est ouverte pour être libre d’être ce que j’étais, libre de laisser la foi habiter en moi, libre d’en rendre témoignage autour de moi. 

Ma route a été longue, mais je souhaite à tous les autres qui sont en route, et en recherche comme moi, de trouver des compagnons de route qui aident à mieux comprendre la Bible, à leur raconter le message de Jésus de Nazareth et leur laisser la liberté d’être ce qu’ils sont. Amen