predication Hebreux 12

PREDICATION / Cyrille Ricard 

Culte du 25/08/2019

Hébreux 12 v5-7,11-13

 

Let the sunshine

 

Chers frères, chères sœurs,

Ça y est, la fin de l’été approche. Accompagnés des dernières belles journées ensoleillées, nous nous rapprochons de la rentrée, de la reprise de nos activités et de nos vies trépidantes, après la parenthèse estivale. Certains se sont retrouvés en famille, d’autres ont découvert un pays, les lecteurs assidus ont rattrapés leur retard, et les plus gourmands d’entre nous se sont délectés des merveilleux fruits que nous apporte cette saison. Des pêches jaunes gorgées de soleil, des nectarines blanches divinement sucrées, des fraises qui supportent si bien la chantilly, les abricots couleur couché de soleil et les prunes du jardin de non grand-mères.

Une année va s’écouler avant de retrouver ces merveilles. Les arbres fruitiers vont être taillés et rentrer en sommeil pendant l’hiver. Puis les premiers bourgeons vont arriver. La floraison, l’inquiétude des gelées tardives, le travail des polinisateurs et enfin arrive l’été et la cueillette. Ce cycle naturel immuable, fait de nombreuses étapes, est nécessaire aux arbres pour transformer les ressources puisées dans la terre par leurs racines en fruits délicieux.

A l’image des arbres, nous avons nous aussi nos racines. Nous nous nourrissons de nos expériences, de nous épreuves, de nos souffrances.

Après un long processus intérieur, il arrive que cela donne des fruits que nous pouvons offrir à la communauté.

C’est en un sens ce que l’auteur explique aux hébreux

D’ailleurs en guise de prédication ce dimanche j’aurais pu me contenter de lire le passage de l’épître aux hébreux qui nous est proposé aujourd’hui et d’y ajouter « Amen ». Ce passage est bâti comme une prédication ou une homélie. Ça commence avec un passage de l’ancien testament, tiré du livre des proverbes (ch. 3 v11,12) : « Mon fils, ne méprise pas la correction du seigneur et ne perd pas courage lorsqu’il te reprend. En effet, le Seigneur corrige celui qu’il aime et il punit tous ceux qu’il reconnait comme ses fils ». Il s’en suit un sermon sur la persévérance au milieu des épreuves. Enfin, tout cela débouche sur une exhortation a la foi tirée elle aussi de l’ancien testament, Esaie 35,3 « Fortifiez donc vos mains défaillantes et vos genoux flageolants et faites des voies droites pour vos pieds ».

L’épitre aux Hébreux est un rare exemple dans la bible (peut être l’unique) de prédication vue dans son intégralité.

C’est aussi un des seuls points dont on est sûr, tant ce texte est énigmatique. L’auteur est inconnu, le lieu de rédaction aussi et la date assez approximative. En ce qui concerne les destinataires, et malgré le titre, ce n’est pas très clair non plus. Les informations fournies par l’écrit sont modestes. Ces hébreux sont (seraient) des Judéo-Chrétiens de la deuxième génération, récemment convertis.

Ils ont entendu les rudiments du catéchisme et sont familiers de la foi en Dieu, du baptême, de la résurrection et du jugement dernier mais face aux difficultés, il ont du mal à se détacher des anciens rites. C’est l’une des visées de l’épitre en générale : Il s’agit de redonner raison de croire et d’espérer à des Chrétiens que les éléments de théologie qu’ils ont reçus ne nourrit plus, de sorte que la foi doit être recharpentée par une nouvelle pensée.

Or dans notre passage, cette nouvelle pensée apparaît totalement archaïque. En effet, associer les mots « châtiment », « coup de fouets » avec l’idée de « pédagogie » et « apprentissage » au XXIème siècle c’est… impossible. L'utilisation d'un vocabulaire si dur n'a pas vocation à obliger les Hébreux à choisir une religion, ni à prouver la supériorité supposée de l'une sur l'autre. Il s'agit en fait de les encourager dans le chemin sur lequel ils se sont engagés.

Les mots de l’ancien testament sont plus en phase avec notre époque, puisqu’on parle de leçon et d’instruction. C’est le contraire de l’absence de Dieu dans nos épreuves, c’est le signe de son implication dans nos vies.

Pour ceux qui souffrent, il très difficile d’entendre cette affirmation.

La question qui nous est donc posée est la suivante : Comment faire pour considérer qu’une épreuve devienne un sujet de joie ?

Le sermon fait aux hébreux nous apporte des indications. Ça commence par la persévérance du travail sur soi.

Cela peut prendre un temps très long, mais c’est nécessaire. Ça permet d’évacuer la colère, de dépasser nos instincts primaires, d’apaiser nos peurs et de comprendre ce qui nous arrive. Vient ensuite la prise de conscience qu’une épreuve peut produire un fruit de paix merveilleux, la justice. Et de cette variété, nous en avons besoins de pleins paniers !

A ce stade, l’arbre fruitier est taillé et après le sommeil de l’hiver, les premiers bourgeons apparaissent, pleins d’espoirs. Mais lorsque les fleurs seront ouvertes, seront nous sûr d’obtenir des fruits ? Tous cela peut rester stérile, sans rien à offrir.

Ce qu’il manque, c’est dans l’épreuve que les hébreux traversent que nous allons le trouver. Paradoxalement, leur épreuve est en fait ce qui va les amener à se renforcer.

A cette époque, ces judéo-Chrétiens fraîchement convertis naviguent entre deux religions. La tentation de revenir au judaïsme est grande. L’une de leur crainte est l’abandon des rituels sacrificiels, qui revient à rompre la première alliance, celle d’Abraham. C’est très difficile pour eux, et cette épreuve paraît insurmontable.

L’auteur du sermon va tenter par tous les moyens de les rassurer et de les renforcer dans leur nouvelle religion en rappelant que la mort de Jésus scelle une alliance nouvelle et cette nouvelle alliance a été scellée un fois pour toute, de façon définitive et parfaite ; elle proclame donc la fin de la première alliance, celle des rites sacrificiels.

Cette façon d’annoncer la bonne nouvelle, de manière concurrentielle et cassante, est déroutante mais elle est à l’image du vocabulaire utilisé par l’auteur lorsqu’il traduit les textes en grec de l’ancien testament. Il donne volontairement un ton martial, peut-être nécessaire en ces temps pour toucher les esprits. Mais le message est là : Nos blessures, nos épreuves sont comme des brèches, comme la frondaison des arbres qui laisse passer les rayons du soleil. Laissons entrer en nous la lumière de l’Evangile, afin que les leçons reçus dans nos vies puissent un jour donner quelque chose de bon.

Nous y sommes presque...Les bourgeons sont sortis, la saison avance et avec elle les redoutés gelées tardives. Les arboriculteurs déploient des trésors d’ingéniosité pour protéger de la mort les jeunes bourgeons fragiles.

Nous avons nous aussi besoin d’un « antigel » spirituel ! Certes, la nouvelle Alliance nous a été donnée, mais encore faut-il la faire vivre en nous.

C’est le sens de l’encouragement à la foi par laquelle le texte se termine. C’était l’exhortation que l’Esprit Saint, par la bouche d’Ésaïe, adressait à Israël, en lui annonçant la bénédiction à venir, quand son Dieu viendrait le sauver. Les hébreux, qui connaissaient les Ecritures, ont dû être particulièrement attentif au message suivant : les mains et les genoux défaillants indique qu’ils sont comme tétanisé face aux épreuves qu’ils doivent traverser. Et l’auteur explique comment sortir de cet état : ce n’est pas d’attendre passivement qu’un changement se produise, mais de s’appuyer sur le sermon qui précède afin de retrouver la force d’avancer sur des « chemins droits ». Ce sont les sentiers de la foi sur lesquels nous demande de nous engager l’auteur. En rendant ces sentiers droits, nous ne le faisons pas que pour nous même mais aussi pour les autres. Ainsi, même ceux qui boîtent encore peuvent s’y engager.

Mes amis, une nouvelle année démarre. Après une dernière semaine de calme, notre communauté va sortir de sa torpeur estivale pour de nouveau s’activer. Chacune, chacun avec ses racines diverses, nos expériences et les épreuves que nous avons traversés, nous formons un formidable verger. Nous sommes prêts à partager et à profiter de nos fruits de paix. Ceux là ne sont pas défendus !

Notre communauté est l’endroit idéal pour les cultiver car nous sommes accompagnés tout au long de ce lent processus :

Le lancement d’une réflexion sur une demande de spiritualité différente doit aboutir afin de permettre à celles et ceux qui sont en dehors de notre communauté de pouvoir eux aussi accéder à ce cheminement.

 

Tous les ingrédients sont donc réunis pour faire de notre communauté un lieu où nous seront capable de récolter le fruit de la paix qui est la justice, et son cousin le fruit de la justice qui est la paix.

AMEN