prédication Luc 4 l'Oecuménisme c'est se laisser déplacer ensemble par la Parole

l'Oecuménisme c'est se laisser déplacer ensemble par la Parole

Évangile (Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21. 22-28)

Beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole. C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, d’écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus.

 

En ce temps-là, lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues, et tout le monde faisait son éloge. Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. »

 

 22Tous lui rendaient témoignage ; ils s’étonnaient du message de la grâce qui sortait de sa bouche, et ils disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » 

(…)

28Tous furent remplis de colère, dans la synagogue, en entendant ces paroles. 29Ils se levèrent, le jetèrent hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline sur laquelle était bâtie leur ville, pour le précipiter en bas. 30Mais lui, passant au milieu d’eux, alla son chemin.

 

Frères et soeurs en Christ, chers amis de Dieu,

 

Car c’est ainsi que commence l’Evangile de Luc. Il s’adresse à « Théophile », « cher Théophile », un nom qui se traduit par « Ami de Dieu ».

 

Le fait que nous soyons rassemblés ce matin dans un lieu de culte, c’est probablement que nous sommes tous "amis de Dieu ». Et Luc a raison: nous avons besoin de ces récits et de ces témoignages pour nous construire nous-même, « afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus ».  dit il.

Oui, l’enseignement solide, c’est bien.

Mais l’enseignement peut rester creux et vide si cela ne me touche pas.

 

Heureusement que Luc choisit de ne pas trop enseigner non plus, au moins il n’écrit pas ce que j’ai à croire ou ce que je dois penser. Mais il me raconte ce qui s’est passé et grâce au récit il me laisse voyager dans le temps et me fait prendre place, par exemple aujourd’hui, à la synagogue de Nazareth.

Déjà, ce matin, mon voyage a commencé. Je n’ai pas choisi le chemin habituel vers le temple, mais je suis allée hors de mes murs bien connus, pour être accueillie avec quelques autres membres de la paroisse, ici à St Thibaut. Mais que représentent ces quelques mètres de déplacement par rapport à ce qui nous attend en écoutant ensemble la parole biblique? Trois fois rien. Le vrai déplacement commence ici.

La parole biblique me déplace, nous déplace tous encore ailleurs, vers la rencontre avec Jésus et vers la rencontre avec la parole biblique.

 

Il n’y a pas pour nous, chrétiens, un « chez soi ».  Le message biblique nous déplace sans cesse, nous fait voyager toujours loin de nous et nous invite toujours de nouveau à la rencontre vivante avec le Christ, avec les prophètes, avec la parole biblique : cette même parole, que nous découvrons les dimanches matins, mais aussi à d’autres moments, dans tous lieux de culte divers. Protestants ou catholiques, orthodoxes ou évangéliques, selon diverses adresses dans nos villes, nous sommes placés devant la même parole, touchés par elle et déplacés ensuite.

 

Comme ces gens à la synagogue.

Ils étaient installés tranquillement pour écouter la lecture du jour.

Car à l’époque comme aujourd’hui, on suivait déjà des listes de lecture des écritures saintes.

(Rien n’empêche d’ouvrir et étudier la bible là où on veut, mais l’avantage des listes de lecture, est double : On me pousse vers un texte que je n’aurais probablement pas choisi et on peut en discuter avec d’autres qui ont lu, le même texte. Comme catholiques et protestants qui suivent les mêmes listes de lecture en France.)

 

Alors, donc, ces gens à la synagogue sont bien installés et attendent la lecture du jour.

Comme le veut la coutume, il suffit d’une personne qui se lève pour faire la lecture, éventuellement commenter ces paroles, faire un témoignage.

 

Ce qu’ils n’attendent pas c’est la conclusion de Jésus :

« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre.

 22Tous lui rendaient témoignage ; ils s’étonnaient du message de la grâce qui sortait de sa bouche, et ils disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » 

 

Et que cela se termine par les versets suivants :

28Tous furent remplis de colère, dans la synagogue, en entendant ces paroles. 29Ils se levèrent, le jetèrent hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline sur laquelle était bâtie leur ville, pour le précipiter en bas. 30Mais lui, passant au milieu d’eux, alla son chemin.

 

Voilà, venus pour passer une ou deux heures réconfortantes dans une célébration religieuse, ils passent de l’étonnement à la colère, jusqu’à vouloir passer à l’acte et pousser Jésus hors de chez eux, hors de la ville, et pourquoi pas en le poussant en bas de la falaise.

 

Quand nous osons cette rencontre avec le message biblique et avec le Christ vivant et ce qu’il a à nous dire, il faut aussi être préparé à être bouleversé, irrité, choqué, troublé, dérangé, … avec une envie de dire : oh non, pas comme ça ! Pas chez nous ! Pas ici … j’aime trop mon confort, mon « ici nous avons toujours fait ainsi et pas autrement ».

 

Protestants ou catholiques, nous subissons cette même interrogation par la parole toujours et encore, avec les réticences qui nous sont propres. Mais l’église c’est aussi cela : nous laisser toucher, et bousculer pour agir conformément à cette parole, en surmontant nos réticences.

 

Jeudi soir, lors de la célébration oecuménique, nous avons partagé ensemble, ce passage de Luc.

 

Luc 4, On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre.

 

Ce qui est sorti dans de nombreux retours, c’est cette parole : « C’est accompli ». Ce qu’il faut probablement entendre par ce mot « accompli », c’est que nous sommes invités à y participer.

Finalement le commentaire de Jésus est promesse et appel à notre responsabilité:

Avec moi, dit Jésus, c’est comme si c’était fait, mais j’ai besoin de vous, pour que vous vous bougiez vraiment, car

personne ne peut l’accomplir tout seul, même pas Jésus.

L’église est là aussi où les gens adhèrent à ce programme et se laissent embaucher pour y participer.

 

Et n’est ce pas le terrain parfait pour toute démarche oecuménique,

une mission à porter en commun ?

Je pense à l’ACAT , l’action des chrétiens pour l’abolition de la torture, qui oeuvre à côté des opprimés et des captifs, portée sur un plan oecuménique.

Je pense à Welcome, projet initié par des Jésuites, mais mis en place ici à Marly comme ailleurs sur un plan oecuménique, pour accueillir et accompagner des réfugiés. 

Je pense au Panier qui annonce une bonne nouvelle à celles et ceux qui n’ont pas assez pour remplir leur cady, fait sur un plan oecuménique.

Je pense à cet après midi: le lancement en commun du projet « Eglise verte » : prendre soin ensemble de la création.

 

Je disais tout au début que la parole cherche à me déplacer, à me faire découvrir et élargir mon horizon grâce à la rencontre.

 

Si alors c’est propre à la parole biblique de nous déplacer et nous mettre en route,

de me sortir de mes idées reçues, et de me faire embaucher pour participer à l’accomplissement de la promesse, de la bonne nouvelle dans toutes ses formes, alors

ce serait logique de le faire toujours à nouveau, en sortant de mon chez moi,

de mon lieu de culte, de ma confession, de ma façon de faire,

de surmonter mes premières réticences et de surmonter les difficultés que j’ai pour apprendre à rencontrer et à faire ensemble.

 

A chaque fois, que nous le réussissons ensemble

C’est alors vraiment un « moment favorable accordé par le Seigneur » (Luc 4, 19).

 

Amen

pasteure Christina Weinhold,

27 janvier 2019 à St Thibaut