Méditation du jour


Culte du 3-5-2020 -  Ensemble Entre Gardon et Vidourle, pasteure Ingrid Prat (3-5-2020)


Culte du 26-4-2020 -  Ensemble Entre Gardon et Vidourle, pasteure Ingrid Prat (26-4-2020)


Culte de Pâques -  Ensemble Entre Gardon et Vidourle, pasteure Ingrid Prat (12-4-2020)


Culte de Pâques - pasteur Michel Gras, Consistoire Montagne des Cévennes - Lozère, "Cévennes et Causses" (12-4-2020)

Consultez le déroulement du culte et les textes des chants ici.
Ecoutez la prédication ici

Lisez la prédication ci-dessous

 

Jean 20/1-10 Dimanche de Pâques, confinement : 12 avril 2020 Pr Michel Gras
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Après le confinement du sabbat, alors que la campagne est encore obscure, Marie-Madeleine se rend au tombeau de Jésus et le trouve profané : ouvert et vide. Elle court prévenir Pierre et Jean, qui à leur tour courent vers la tombe ; finiront par y entrer, sans croire dans l'instant que Jésus est ressuscité, sans y penser même, sans avoir comme le dit l'évangile « compris l'Ecriture, selon laquelle Jésus devait ressusciter d'entre les morts ».

La résurrection de Jésus, sans laquelle aucun de nous ne pourrait « comprendre » l'évangile, donc le laisser toucher et transformer nos pensées, notre coeur, notre vie, la résurrection de Jésus n'a pour l'instant rien de l'éclat du ressuscité que verra tout à l'heure Marie-Madeleine que rencontre le Christ. Tout se joue dans l'aube pâle d'une lumière qui a du mal à se libérer de l'étreinte de la nuit, tant l'émotion est vive, tant l'on est blessé de découvrir cette tombe ouverte et vide qui déroute et laisse atterré.

Comme si cette mise au tombeau précipitamment la veille de sabbat, juste après la
mort de Jésus sur la croix, réclamait encore sa part d'horreur et de douleur à laquelle on n'aurait pas satisfait, parce que les choses avaient été faites trop vite, parce que l'on avait pas pu préparer lecorps et l'embaumer dans un dernier hommage, parce que l'on avait pas pu se recueillir en priant les mots qu'il faut, alors qu'on aurait essayé dignement de dire ensemble un dernier adieu.

Après ce sabbat, tous courent vers une tombe... dont le mort a disparu. Pierre héros / héraut des douze et de l'Eglise, terrassé ; Jean, le bien aimé, touché plus à vif au coeur, courent vers la tombe vide de la mort, sans le savoir.

Quelques temps auparavant, Jésus avait pris les douze auprès de lui et avait dit : « Voici : nous montons à Jérusalem ; et tout ce qui a été écrit par les prophètes au sujet du Fils de l'homme s'accomplira. Car il sera livré aux païens ; on se moquera de lui, on le maltraitera, on crachera sur lui et, après l'avoir flagellé on le fera mourir ; et le troisième jour il ressuscitera. - L’évangile ajoutait déjà ce commentaire que nous avons trouvé dans notre récit - : Mais ils n'y comprirent rien ; ces paroles leur restaient cachées ; ils ne savaient pas ce que cela voulait dire. » (Luc 18)
C’est bien ainsi que nous trouvons Pierre et Jean arrivés au tombeau. Avant d’y entrer avec eux, je relève quelque chose d’essentiel de l'expérience des disciples, dont ils sont les témoins à leur corps défendant. Avant la lumière de Pâques, il y a les ténèbres de la Passion. Avant la résurrection, il y a la croix. La mort, avant la vie ! Comme encore le désir de vivre naît souvent après que l'épreuve est passée, ou s'est installée.

Rien du récit en demi-teinte n'obscurcit cependant la belle lumière de notre dimanche de Pâques. Loin de nous l'idée de laisser planer des ténèbres en plein midi. Non, Jésus est ressuscité, il est vivant ! Je dirai même que la résurrection n’est pas qu’une simple affaire de foi, comme si elle n’existait que dans la pensée ou le coeur de ceux qui font confiance à l’évangile. Non, Jésus est ressuscité corporellement, d'un corps c'est vrai nouveau. Mais il a mangé avec les disciples ; vous avez déjà vu manger un mort ? La résurrection de Jésus n’est pas seulement effective pour ceux qui en feraient l’expérience religieuse ou mystique ; non, l’histoire des hommes est marquée par le fait de la résurrection, quand bien même elle n’est attestée que par le témoignage de l’évangile, fragile comme les hommes confrontés à la mort confessent qu'ils le sont eux-mêmes.

L'impréparation de Marie-Madeleine, de Pierre et de Jean, leur incapacité d'accéder au message de Pâques nous alerte sur l'écoute indispensable des prophètes et de Jésus qui avaient annoncé la Passion et la Résurrection. C'est à cette Parole du Livre et de son Seigneur que nous nous mettons à l'écoute. C'est la Parole que nous recevons comme un témoignage intérieur qui se grave en nous, que rien du dehors et de ses menaces n'ébranle, comme si un Souffle en nous était plus puissant à
refouler les tempêtes qui voudraient gagner et agiter nos coeurs. Et même dirions-nous dans un élan de foi qu'aujourd'hui comme au temps de la naissance du monde, l'Esprit de Dieu plane au dessus du tohu-bohu des sociétés des hommes.

C'est donc paisible, et dans la confiance que nous disons que la mort précède la vie. Et en « comprenant » l'évangile selon ce que veut nous dire Jésus, nous restons d'abord interdits par la particularité de son message. Pour que Jésus soit rendu vainqueur de la mort par la résurrection, il fallait d'abord qu'il affronte la vie jusqu'au bout de ses limites, de sa souffrance, jusqu'à son dernier cri, jusqu'à son dernier souffle... qu'il affronte les heures de sa mort, prisonnière du linceul qu'on pensait être son dernier vêtement à jamais.

Et c'est là, pendant la nuit de la tombe, dans un indicible langage de son amour, que le Père des cieux rendait secrètement la vie à son Fils, pour que se lève la lumière de sa résurrection qui nous environne, et nous enveloppe, et nous éclaire, et nous réchauffe de son message fou de joie et d'espérance : Jésus a vaincu la mort ! Ce message unique dans toute l'histoire des hommes est aussi pour nous. Par lui, par sa mort et par sa résurrection, Jésus nous donne la vie ! Nous aussi le Père nous a tant aimé.

Il suffisait pour cela que notre vie soit d'abord au pied de sa croix, puisque sans elle, il n'y a pas de résurrection. C’est un message difficile pour notre temps, non pas à comprendre, mais à accepter.

Même quand l'expérience de ce qui restreint porte aussi son message de liberté. Quand contraints, limités, confinés, faisant la dure expérience de nos renoncements, nous referons demain l'expérience de la liberté de vivre. Mais ces petites morts nous redonneront-elles le vrai goût de la vie ? Peut-être même n'attendrons-nous pas les prochaines épreuves pour recevoir le message du vieux Livre, qui depuis tant de temps nous dit et redit que Dieu nous porte et nous bénit, qu'il a préparé depuis si
longtemps pour chacun une aube nouvelle après la nuit.

Le crois-tu mon ami, mon frère, ma soeur, que Dieu te porte et te bénit ? Toi qui t'es perdu dans des plaisirs aujourd'hui interdits, qui avaient si peu tenu leur promesse de bonheur ? Toi peut-être qui souffres déjà au-delà de ce qui te semble possible. Le crois-tu, toi qui es malade, à bout de respiration ; et toi à bout de ne pouvoir accompagner les tiens. Le crois-tu, toi qui doit renoncer aux pouvoirs de tes soins quand la vie glisse entre tes mains. Le crois-tu, que Dieu refermerait les paupières de tes yeux en plongeant lui-même son regard dans le tien ?

- Laisse la lumière du Seigneur éclairer et réchauffer ta vie, son bon Esprit te donner du souffle.
- Laisses-toi naître entre les mains de Dieu.

L’apôtre Paul l'avait compris, qui écrivait aux Colossiens :
« Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ – vous êtes mort avec le Christ – recherchez les choses d’en haut – tendez vers les choses d’en haut et non pas vers celles de la terre ! (Col. 3/1-4)

Ce n'est pas jouer au anges, ou renoncer à toute la vie d'ici, que de rechercher ce qui nous vient d'en haut. Le Seigneur donne son amitié dans nos heures ordinaires. Parce qu'il a lui-même eu faim, soif, parce qu'il a été fatigué, il sait combien comptent les gestes fraternels. Parce qu'il a eu besoin de se reposer, et parfois de se mettre à l'écart, il sait combien a compté la présence de son Père à ses côtés.

C'est cela, la douce amitié qui vient d'en haut pour nous être donnée.

- Il est temps, ami, que nous sortions maintenant de la tombe. Il ne reste ici que les linges funéraires du Christ ressuscité.
- Tu clignes des yeux ? Il faut un peu de temps pour s'habituer à la lumière !
- Allons d'un pas tranquille, il est inutile de courir, marcher avec le Christ suffit à la vie.

Amen

Crédit images: AAvdL, Vienne, 11-4-2020


Christ est vraiment ressuscité  Réflexion à l’approche de Pâques (André Bonnery)

Une vraie question.
Aux origines du christianisme on trouve une énigme historique sans précédent dans l’histoire des religions : l’expansion explosive du message du Christ après un échec total. Quelques mois de prédication semblent avoir lamentablement échoué, même auprès de ceux qui avaient été séduits par l’enseignement prodigué par leur maître. Sitôt arrêté, condamné par les autorités civiles et religieuses, mis à mort dans des conditions ignominieuses, ses amis se débandent et se font oublier. Pourtant, du gibet du Golgotha est sortie une religion universaliste qui a eu des répercussions immenses dans le monde. Les conditions sociales ou psychologiques du moment n’expliquent pas tout, c’est pourquoi Il convient de s’interroger sur le témoignage de ceux qui, un moment désemparés par le départ de leur Maître, sont à l’origine de ce formidable mouvement spirituel. Le récit de la Passion avec son issue catastrophique a été transmis parce qu’il a été suivi du récit de la Résurrection qui a éclairé le précédent d’une lumière nouvelle.
Ces récits, car il y en a plusieurs, ne sont pas des rapports circonstanciés de événements, au sens moderne du mot, mais des témoignages de gens engagés qui ont eu foi en Jésus ressuscité trois jours après qu’il fut mis au tombeau ; « Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vaine, vaine aussi votre foi. »(I Co 1, 14) Ainsi Pâques apparait comme la base constitutive de la foi chrétienne.
Pourtant, de prime abord, la résurrection peut apparaître comme un obstacle pour l’homme moderne, dans la mesure où elle contredit aussi bien la pensée scientifique que l’expérience humaine. La vraie question est de savoir si on peut placer la Résurrection de Jésus sur le même plan que les autres éléments « miraculeux » de la tradition chrétienne primitive, à forte connotation mythique : la Nativité, l’Adoration des mages, la Fuite en Egypte, les Évangiles de l’enfance en générale, puis la descente aux enfers et l’Ascension qui sont mentionnés dans les Écritures et dans le Symbole des apôtres.

Une certitude pour ceux qui ont vu le Ressuscité.
L’affirmation de la résurrection appartient aux couches les plus anciennes de la tradition néotestamentaire et on la retrouve proclamée par tous les écrits, sans exception, sur un demi-siècle, c'est-à-dire pratiquement deux générations. On a parfois objecté qu’il n’y a pas de témoignage direct de la résurrection en ce sens que personne n’y a assisté. De fait, elle n’est jamais décrite, sinon dans un texte non canonique du second siècle, l’Évangile de Pierre. Autre difficulté : on relève dans les récits de Pâques des divergences et des contradictions parfois insolubles. Visiblement, les rédacteurs ne se soucient ni de l’intégralité des faits, ni de leur succession chronologique, même pas d’une vérification historique. Tout cela montre que, pour eux, l’important est ailleurs. Le temps, le lieu, les modalités, toutes choses qui pour un chroniqueur pointilleux seraient importantes, est secondaire par rapport au fait même de la résurrection qui n’est jamais mise en cause par les différentes sources.
On ne peut nier la résurrection parce que les textes en parlent de manière métaphorique. En effet, il n’est possible de l’évoquer que par des métaphores : « surgir » « se lever », « se réveiller », car elle n’est pas un retour à la vie d’avant (la vie terrestre et mortelle). Elle est le passage à un état tout à fait différent, à une vie autre, totalement autre, totaliter aliter. L’imprécision des termes pourrait même être signe de l’authenticité d’un témoignage que l’on ne parvient pas à formuler parce qu’il n’existe pas de mots pour le traduire vraiment.
Comment se représenter l’existence de ressuscité ? Il n’y a pas de réponse. Rien à figurer ou à décrire. Seuls les symboles et les métaphores peuvent tenter de dire ce qui échappe à toute évocation. Comme de Dieu lui-même nous n’avons de la résurrection aucune connaissance directe. Voilà pourquoi les évangélistes qui en parlent le font avec des métaphores paradoxales. Le Ressuscité n’est pas un fantôme, pourtant il parle et il mange. On ne peut le toucher, comme Marie-Madeleine aurait voulu le faire, sauf si on y est invité, comme Thomas. On le reconnait et on ne le reconnait pas ; il est visible et invisible ; tangible et intelligible ; matériel et immatériel. Il est ici et au-delà de l’espace et du temps. (Lire les récits évangéliques des apparitions).
La foi en la Résurrection doit s’interpréter comme une radicalisation de la foi au Dieu créateur. Par résurrection, il faut entendre victoire sur la mort par le fait du Dieu créateur pour qui rien n’est impossible, parce qu’elle est une action de Dieu. « Dieu l’a ressuscité » déclare Pierre dans son discours le jour de la Pentecôte (Actes 2, 24). Il ne s’agit pas d’un fait imaginaire mais réel, au sens le plus profond du terme. Il n’est pas exact de dire que rien ne s’est passé au matin de Pâques, mais ce qui est arrivé transcende les limites de la science. La résurrection de Jésus renvoie à une forme d’existence nouvelle, exprimée par ceux qui en ont fait l’expérience. Elle n’est pas objet de connaissance rationnelle, elle n’est pas irrationnelle non plus.
Par voie de conséquence, même s’il est exact que la résurrection de Jésus est un événement qui ne peut être saisi par l’investigation historique, on ne peut pas dire qu’il vit uniquement dans le message qu’il a laissé et qui reste attaché à son nom, un peu comme Victor Hugo vivrait dans Les Misérables ou Gustave Eiffel dans sa fameuse tour. Pour Jésus il s’agit de bien autre chose : sa résurrection est une réalité factuelle expérimentée par ses disciples qui en témoignent. Jésus ne vit pas parce qu’ils croient qu’il est vivant, mais il vit par l’action de Dieu, et ils en ont l’intime conviction. Si l’on se réfère à la formulation de Bultmann qui, selon lui-même, prête à malentendu (Das Verhältnis der urchristlichen Christusbotschaft zum historischen Jesus, Heidelberg, 1960, p. 27) « Jésus est ressuscité en entrant dans le kerygme ». En réalité, Jésus ne vit pas parce qu’il est prêché, mais il est prêché parce qu’il vit. Voici donc le message et la foi de Pâques, difficiles à accepter par les auditeurs de Paul à Athènes : « nous t’entendrons une autre fois sur ce sujet » (Actes. 17, 32). Pourtant ces résistances n’ont pas empêché sa propagation.
Le plus ancien témoignage pascal qui nous soit parvenu, se trouve dans la lettre de Paul (I Co 15, 1-9) qui fut écrit vers l’an 54. Il est d’une extrême concision et donne un minimum d’informations : aucune description, aucune donnée de temps en dehors des trois jours, ni de lieu. Même sobriété dans le plus ancien récit pascal des Évangiles, celui de Marc 16, 1-8, écrit entre 65 et 70, qu’il faut distinguer de la finale de Marc (16, 9-20) que tous les exégètes reconnaissent comme plus tardive et recopiée de Luc. Tout le monde s’accorde aussi pour estimer que la finale primitive de Marc 16, 8 est tronquée. Il est probable que le document disparu devait relater, comme Matthieu ou Luc les apparitions du Ressuscité en Galilée. En effet, Matthieu et Luc contiennent des ampliations du récit de la résurrection considérables, dues notamment à des considérations apologétiques. L’Evangile de Jean, le plus tardif, mis en forme à la fin du Ier siècle, contient d’autres éléments et d’autres thèmes qui ne sont pas dans les synoptiques.
De cette évolution de la tradition pascale sur près d’un demi-siècle, on peut déduire que l’état des sources ne permet pas de se prononcer sur l’exactitude strictement historique, au sens moderne du mot, des nombreux développements, infléchissements et arrangements subis par le message pascal. Ce qui n’exclue pas la réalité fondamentale des faits rapportés. Ce qui est capital et qui est attesté par tous les témoins, c’est leur profonde conviction que le Jésus qu’ils ont vu, arraché à la mort par la puissance de Dieu, vit désormais d’une vie nouvelle.

Sur quoi repose la foi des apôtres et notre propre foi en la Résurrection ?
Le plus ancien témoignage de la résurrection de Jésus que l’on trouve chez Paul dans I Co 15, comme on l’a dit, ne fait pas allusion au tombeau vide, mais Paul, juif orthodoxe, formé à Jérusalem par Gamaliel, avait une conception de l’unité du corps et de l’esprit telle qu’il ne pouvait imaginer une résurrection sans tombeau vide. En effet il se représente un homme total qui n’est pas « délivré », au sens platonicien, de sa corporéité, mais glorifié dans et avec elle. Les traces du tombeau vide se retrouvent plus tard chez Marc. Les récits des autres Évangiles encore plus tardifs présentent à ce sujet des divergences mais, de toute façon, ce n’est pas le tombeau vide qui est au centre de leurs narrations mais le message de la Résurrection. C’est ce dont attestent les disciples d’Emmaüs, dans Luc 24, 22-24. Les femmes venues embaumer le corps au matin de Pâques n’ont pas cru en raison du tombeau vide. L’affirmation de ce vide était le signe destiné à confirmer que celui qui apparaissait était bien ce Jésus de Nazareth que l’on avait crucifié et déposé dans le tombeau.
Selon Paul, sa conviction que Jésus est vivant s’appuie sur le témoignage des apparitions qui remontait aux origines de la chrétienté primitive. Au moment où il écrit, ces témoignages étaient vérifiables. « Il est apparu à Pierre puis aux douze ; ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois, la plupart sont encore vivants et quelques uns sont morts ; ensuite il est apparu à Jacques puis à tous les apôtres. Et en tout dernier lieu il est apparu à l’avorton que je suis. » (I Co 15, 5-8). Le fait que Paul nomme des témoins qu’il connait personnellement ainsi que d’autres qui vivent encore, qu’on peut donc rencontrer et questionner, confirme que les apparitions de Jésus ressuscité ne sont pas seulement des faits théologiques mais historiques. Il est clair, lorsqu’on lit les Évangiles et les Actes, que les disciples ne sont pas venus à la foi à partir de leur réflexion mais en raison de leurs expériences vécues avec le Ressuscité. Ce n’est donc pas leur foi qui a fait vivre Jésus à leurs yeux, mais c’est lui qui les a conduits à croire et à professer leur foi. Le message de la résurrection est un témoignage de la foi et non pas un produit de la foi. Les rencontres avec Jésus ressuscité, qui demandent toujours à être expliquées, sont une découverte du crucifié vivant dont l’initiative revient à Dieu et non aux disciples. L’expérience de Paul sur le chemin de Damas a constitué la dernière et ultime étape de cette initiative.
Et nous, pourquoi pouvons nous croire ? Pour nous, ni tombeau vide ni apparitions post pascales. Nous devons nous en remettre au témoignage fondamental de ceux qui ont vu. Or, ils nous disent : le Christ n’a pas été englouti dans la mort après avoir été mis au tombeau, il vit pour toujours avec et par Dieu.
Les récits des apparitions ont pour but de nous faire comprendre que la vie du Christ désormais ressuscité ne peut s’expliquer par des concepts, car les arguments ne suffisent pas à traduire l’expérience de ceux qui l’ont vu : on a besoin pour cela du truchement de narrations symboliques. Même les termes « réveil d’entre les morts », « résurrection » ou « surgissement » sont des expressions métaphoriques.
Après sa mort, le Christ s’éveillé à une vie nouvelle, ineffable (qui ne peut être dite, au sens littéral du mot), et il retourne à son Père, sans que l’on ait, évidemment besoin d’imaginer un déplacement spatio-temporel. Après la mort, la réalité espace-temps n’existe plus puisque l’on est dans l’éternité de Dieu. Par conséquent avec l’ascension on est dans un récit mythifié. On notera du reste que dans les Évangiles et dans les Actes des apôtres, les récits de l’Ascension ne présentent pas de concordance de lieu ni de temps. Le chiffre 40, dont la valeur est purement symbolique, ne se trouve que dans Actes 1, 3, par contre on le retrouve en de multiples occurrences dans la Bible, avec une valeur symbolique. Résurrection, Ascension, Glorification auprès du Père ne sont qu’un seul et même mouvement. S’il fallait représenter cette réalité en image, je choisirais une précieuse plaque d’ivoire sculptée, datée des environs de l’an 400, conservée au Bayerisches Nationalmuseum à Munich, sur laquelle on voit le Christ sortant du tombeau au matin de Pâques et s’élevant vers le ciel symbolisé par les nuées, attiré par la main du Père.

Crédit images: Tim Mossholder, Neal E. Johnson, James Coleman (Unsplash.com)


Méditation des Rameaux, Ensemble des Terres du Milieu, pasteure Aude Beauchamp

Matthieu 21,1 à 11

En ce jour des Rameaux, nous entrons dans la Semaine Sainte.
Mais avant de regarder de plus près notre texte, une question: comment nous sentons-nous après bientôt 20 jours de confinement et informés en continu de cette actualité angoissante?
Peut être nous situons-nous entre la joie que cette fête peut évoquer dans notre mémoire et le désarroi provoqué par cette pandémie ?
Une impression générale peut être aussi troublée ; un confinement qui semble déjà long avec cette maladie nouvelle, un confinement dont les effets ne sont pas encore véritablement visibles, et la mort qui ravage de plus en plus de vies et de familles.

Je vous invite à réfléchir sur cette période déstabilisante que nous vivons aujourd’hui et que ce texte met au fond également en scène.

Que veut dire Jésus symboliquement, en choisissant de monter un ânon ?
Qu’attend cette foule qui accueille Jésus avec ce tapis d’honneur fait de branchages et de manteaux ?

Est-ce un malentendu ?

Quelles sont nos attentes à l'égard de Dieu et aussi quelles les attentes de nos contemporains dans ce temps de pandémie à l’entrée de la Semaine Sainte ? Quels pourraient être les signes qui peuvent manifester pour nous la présence de Dieu et de son Royaume parmi nous dans ce temps bien particulier ?


1-Que veut dire Jésus par le signe de l’ânon ?

Je vous invite à nous intéresser au signe de l’ânon : Que veut dire Jésus de sa mission, de son Dieu et de son Règne à travers ce geste prophétique ?

Dans l’Evangile, Jésus est très discret sur son identité. Qu'est-il venu faire ?
Jésus ne donne pas une réponse fermée et définitive. Il utilise ici dans ce récit un geste symbolique ouvert pour y répondre.
Jésus se prépare à entrer à Jérusalem où il pressent déjà l’attente forte de la foule qui le suit. Il décide alors d'envoyer deux de ses disciples chercher une ânesse et son ânon dans le village à côté.
Jésus choisit sa monture.

C’est la prophétie de Zacharie qui se dessine ici par les mots :
« Sois transportée d’allégresse, Fille de Sion ! Lance des clameurs, fille de Jérusalem ! Voici ton roi, il vient à toi ; il est juste et victorieux, il est humble et monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse. Je retrancherai d’Ephraïm les chars et de Jérusalem les chevaux ; les arcs de guerre seront retranchés. Il parlera de paix aux nations… »

Autrement dit, comme le roi annoncé par le prophète Zacharie, Jésus incarne le Règne de Dieu par une attitude juste, humble et pacifique.

Cette démonstration identitaire de Jésus correspond-elle à l'attente de la foule ?


2-Qu’attend la foule en faisant ce tapis d’honneur fait de branchages et de manteaux, et en criant « Hosanna ! » ?

Dans notre récit, les foules criaient : « Hosanna au Fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna dans les lieux très hauts ! »
La foule est sans doute dans l'attente d’un messie nationaliste, politique et guerrier.
Tout le contraire d’un roi juste, humble et pacifique ! L'écart est donc important entre ce que Jésus propose et ce que le peuple attend.
L’attente du peuple s'explique par une occupation romaine qui dure déjà depuis trop longtemps avec son cortège d’humiliations, de peurs et d’injustices. Plusieurs tentatives de révoltes ont déjà échoué. Les prières pour la libération de Jérusalem ne semblent pas être entendues par Dieu.

Jésus de Nazareth arrive sur la scène.
Dieu a choisi Jésus pour écraser l’ennemi et libérer son peuple : le peuple y croit ce jour-là.

Comme pour l’accueil du roi dans le Premier Testament, la foule met des manteaux par terre. Les gens coupent des branchages comme ils ont l’habitude de faire pendant la fête des tentes qui célèbre la libération du peuple de l’esclavage d’Egypte.
La foule reprend la partie du Psaume 118 qui est chantée pendant la fête des tentes ; Jésus est acclamé, le Fils de David, celui qui vient au nom du Seigneur pour libérer son peuple des Romains. Le roi libérateur arrive !

Voilà le malentendu.

Le paradoxe apparaît, au-delà des cris de joie, la foule attend autre chose que ce Jésus monté sur petit âne.

3-Quelles sont nos attentes de Dieu dans ce temps de pandémie ?

Que Dieu peut-il faire pour nous pendant ce temps de confinement ? Peut-il nous protéger ?
Peut-il garder notre famille et nos proches de cette maladie ? Pourquoi cette pandémie fait-elle autant de victimes?
Ces questions s’expriment souvent dans le balbutiement de nos prières. Nous essayons de croire que Dieu nous accompagne discrètement malgré la maladie et la mort.

Parfois Dieu semble absent, dans ce temps de pandémie.
Nos attentes s'adressent alors plutôt du côté du corps médical qui soigne les malades et les scientifiques qui cherchent un traitement ou un vaccin.

Au-delà de nos recherches et différents espoirs, nous prenons conscience véritablement que notre existence est bien fragile et vulnérable. L’humain n’est bien sûr pas « tout puissant », ni immortel, théoriquement nous le savons bien, inconsciemment c'est autre chose...; peut être que nous le comprenons un peu plus aujourd’hui qu’hier.


4-Quels signes pour manifester aujourd’hui la présence de Dieu au cœur de cette pandémie ?

Nous entrons dans la Semaine Sainte, cette période comporte en creux les signes par excellence de la présence de Dieu dans notre monde : la Croix du Christ et le Tombeau ouvert et vide …

Le Christ a incarné toute la fragilité de l’existence humaine en restant en relation avec Dieu « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? ».

Tous nos rêves de toute puissance s'envolent en éclats par la mort sur la croix.
La puissance de Dieu est désormais révélée dans notre vulnérabilité humaine et notre propre façon de l’assumer sans mentir, ni se trahir.

Pour terminer, je vous invite à reconsidérer pour nous aujourd'hui cette entrée de Jésus à Jérusalem.
Jésus se présente aux hommes sur un petit âne... Il nous ouvre ainsi les portes de nos enfermements, de nos représentations figées. En ce temps de confinement, la véritable libération serait d'abattre nos visions cloisonnées du monde.

Tout comme Dieu se révèle là où nous ne l'attendons pas, sur un petit âne, notre liberté de penser nous permettrait de nous exprimer pleinement dans nos confinements réels ou imaginaires.

Certains se pensent libre d'aller et de venir à l'extérieur (peut-être comme nous en rêvons tous?) mais peut-être serions nous alors seulement « enfermés dehors », enfermés en nous-mêmes, victimes d'une confusion tant que nous restons confinés dans nos représentations, tournant en rond dans nos pensées sans pouvoir en sortir ?

Tout comme la mort sur la croix n'a pas le dernier mot, l'expérience d'enfermement pourrait être l'occasion d'ouvrir et de renouveler notre intelligence pour nous laisser conduire sur des nouveaux chemins de vie...

Soyons attentifs à chaque balbutiements de vie dans notre monde, qu'ils puissent nous chuchoter à l'oreille « à voix basse de nourrice », que Dieu est discrètement présent, avec chacun de nous tous, là où ne l'attendons plus, là où ne l'attendions pas !

Que Dieu nous soit en aide !
Amen !


Culte des Rameaux - Ensemble Entre Gardon et Vidourle, pasteure Ingrid Prat (5-3-2020)


Prier d'arrache-pied - Anonyme (2-4-2020)

J'aime bien cette expression; selon le dictionnaire, elle signifie   "sans interruption,  sans désemparer, en soutenant un effort pénible".

 Quand la maladie vous écrase
             la mort d'un proche vous abat
             le virus fauche parents, amis, soignants, voisins 
                    et détruit toute vie sociale
          quand la guerre arrive, celle qui détruit tout sur son passage...

Il est temps de "prier d'arrache-pied" (pas facile!)
          temps de lutter, de tenir en tous domaines
          temps de dire à Dieu: Seigneur, je ne comprends pas
                                               pourquoi n'interviens-Tu pas?
                                              pourquoi...moi?
                         On peut même se révolter dans la prière, Si
                         on ne cesse pas de penser que ce Dieu apparemment silencieux
                          est près de nous et ne cesse pas de nous aimer, mystérieusement.

Alors, on retrouve le courage de lutter (un peu, beaucoup, par moments ou par
                          étapes), le courage de compter les bénédictions de Dieu ( il y en
                          a beaucoup si on cherche).
Alors: Courage! Courage pour aimer, pour soutenir nos proches, pour aimer nos
                                      ennemis (dur,dur!)
                                      courage pour lutter, pour attendre le moment où nous
                                      comprendrons que Dieu est là et ne cesse pas de nous aimer.

Alors, "serrons les dents", et prions "d'arrache-pied"!

              Sentinelle, que dis-tu de la nuit? - Le matin vient


Silence
C’est aux jours de grande solitude
Que le silence se fait Parole     
C’est quand cessent nos habitudes
Que nos inutiles pensées s’étiolent

 

Alors dans l’absence assourdissante
fleurit le chant des oiseaux
et au milieu de la tourmente
l’amour de Dieu semble plus beau

 

Loin des actions spectaculaires
Loin du grand tumulte des mots
Monte en nous comme une prière
Qui nous rend le monde plus beau

 

Cette prière, je la fais mienne,
Moi qui sais si mal prier,
Pour que notre monde devienne
Celui de la victoire de tous les oubliés

 

Le silence si dur dans ma ville
Quand je m’éveille chaque matin
Donne à mon cœur la foi tranquille
et ce feu que rien n’èteint.

 

Lorsque peut-être un autre jour
Nous retrouverons tous les nôtres
Que ce silence, que cet amour
Fasse de nous de vrais apôtres

 

Alors dans l’éclat de notre monde,
Comme aujourd’hui comme demain
S’ouvrira à chaque seconde
L’amour du Père comme un chemin

Jean-Pierre Pairou


Culte Cévennes et Causses

Pour suivre ce culte, télechargez les documents suivants:

Chant: ARC 221 - O Seigneur dans mon coeur je t'ecoute


Ne vous inquiétez pas du lendemain, car le lendemain s'inquiétera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine.

(Matthieu 6,34)

Il faut être aveugle et sourd pour ne pas s'inquiéter en ces temps, pour les autres, soi-même et les évolution présentes et à venir sur tous les plans de l'existence individuelle, sociétale et mondiale. Hors du contexte immédiat, cette parole de Jésus est du non-sens.

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Pourtant, ce verset, qui m'accompagne depuis fort longtemps dans mon existence, me parle particulièrement actuellement.
Il y a là l'appel à ne pas s'inquiéter du lendemain, mais de limiter ses soucis : une mise en garde contre le poids des soucis qui peuvent nous écraser si on rajoute à celui du présent aussi celui du lendemain.
En effet, actuellement chaque jour nous présente une situation différente, et garder confiance chaque jour, trouver chaque jour un équilibre paraît déjà un défi énorme.

Puis, ce verset est précédé par un autre : « Cherchez d'abord le Royaume de Dieu, cherchez à faire sa volonté et Dieu vous accordera aussi tout le reste. » (Matthieu 6,33)
Chaque jour, chercher le Royaume de Dieu : il est proche de nous, parmi nous, en nous, selon Jésus (Marc 1,15 ; Luc 17,21): accueillir ce règne signifie chaque jour accueillir la présence de Dieu, prendre soin de l'autre, des autres, en cherchant les solidarités à vivre.
Par les appels que nous pouvons passer les uns aux autres, par l'élan de solidarité des couturières de masques, par les efforts de maintenir un minimum de solidarité par exemple dans la distribution alimentaire. Même confinés le Royaume de Dieu s'approche de chacun.e de nous et à travers nous.

Puis, ces versets sont précédés encore par l'appel à contempler : (Matthieu 6,25) « Regardez les oiseaux du ciel, observez les fleurs de champs. »
Lever notre regard vers le ciel est à la portée de tous, à travers nos fenêtres, observez le printemps qui habille les arbres de feuilles naissantes aussi. Contempler et lever notre regard, c'est s'arrêter non pas parce que nous sommes forcés de nous arrêter dans bien des choses, c'est faire de la place à la contemplation à côté et malgré nos inquiétudes.
Faire place à la confiance, l'espérance qui réside dans le « malgré », pour le dire avec les paroles d'Abigaïl BESSAC : « L'espérance est un terme fourre-tout, qui peut recouvrir mille réalités. »

Pour moi, la meilleure manière d'expliquer ce qu'est l'espérance c'est de dire, ce qui en est synonyme : « malgré ».
Le monde peut nous paraître absurde. Il est peuplé de milliards de personnes, mais il peut nous sembler désespérément vide, et violent.
L'espérance c'est malgré cela, vouloir vivre et vouloir que la vie croisse, vers le bon.
C'est aussi avoir, chevillé au corps, au plus profond de son être, le désir d'entrer en relation avec d'autres humains et de recevoir d'eux de l'amour, du soin, le désir de leur donner cet amour et ce soin.
« C'est ainsi que l'on grandit en humanité » (Évangile et Liberté, 12/ 2019)


Je termine par une prière celtique :

« Au commencement, ô Dieu,
lorsque la terre ferme émergea des eaux vitales
tu vis que cela était bon.
Le sol fertile était humide, la semence solide
et la terre connaissait profusion de couleurs et d'odeurs
Éveille en ce jour mes sens à cette bonté qui provient encore d'Éden !
Éveille mes facultés à la bonté susceptible de germer encore en moi et en tout ce qui porte la vie.
Comblé, libère-moi pour donner !
Assuré de ta grâce, accorde-moi d'offrir ! »
Amen.

Prières Celtiques,
J.Philip Newell
(Prières Celtiques, Labor et Fides 2010)

Texte: Iris Reuter, pasteure à Nîmes