Se prendre pour Dieu ?

Les 27 et 28 février, la Conférence des Eglises européennes (KEK) a organisé à l’Institut protestant de Théologie à Paris un colloque de bioéthique sur le thème « Se prendre pour Dieu ?" Questions scientifiques, théologiques et sociétales concernant les modifications génétiques.

 Ce colloque anglophone avec pour titre original : Playing God ? – The Science, theology and societal issues on Gene-editing a réuni une quarantaine de personnes venues de toute l’Europe. Les débats se sont focalisés sur la perspective des modifications génétiques concernant l’être humain. 

Le colloque s’ouvrait le mardi 27 février sur un rappel des données scientifiques et des avancées en matière de modifications génétiques, en particulier avec de CRISPR-Cas9, surnommé le « ciseau génétique ». Suivait une présentation de quelques questions déontologiques et anthropologiques que les chercheurs se posent, sur lesquelles un débat de société serait souhaitable, en particulier sur le but de ces recherches.

Ces deux interventions étaient faites par le Professeur Robin Lovell-Badge, de l’institut Francis Crick de Londres. Pr Ulrik Nissen et Dr Murdo Macdonald soulignaient en introduction qu’aujourd’hui deux grandes questions se posent en terme de recherche génétique :

Qu’est-ce qu’il est/sera possible de faire ? (question technique) et Qu’est-ce qu’il est/sera sage de faire ? (question éthique).

Ils distinguaient les modifications génétiques sur cellules somatiques de celles sur cellules souches, ces dernières posant des questions spécifiques (transmission à la descendance, etc.).

L’après-midi, les perspectives protestante, orthodoxe et catholique sur la bioéthique étaient présentées respectivement par les Professeurs Peter Dabrock, Miltiadis Vantsos et Bruno Saintôt, suivies d’un temps d’échanges en petits groupes pour approfondir les débats de la journée. Les trois intervenants soulignaient l’importance de l’inscription de la bioéthique concernant les manipulations génétiques dans le champ de l’éthique médicale (pour soigner des patients et non pour « améliorer les performances humaines » comme le souhaitent les transhumanistes) et dans l’attention au plus vulnérable, au plus faible.

Dr Peter Dabrock soulignait le paradoxe actuel : la nécessité profonde d’un débat public sur les sujets bioéthiques, et en même temps le sentiment d’incompétence des citoyens face à la complexité de ces sujets et le besoin d’informations fiables et non biaisées. Il présentait à cette occasion le texte sur l’éthique en matière de médecine de la reproduction de la Communion des Eglises protestantes en Europe (CEPE, en anglais)

Le mercredi, le Dr Laurence Lwoff présentait le travail du Comité de bioéthique de Conseil de l’Europe, et en particulier la Convention d’Oviedo, ainsi que les protocoles mis en place sur différents sujets et ceux en préparation. Elle soulignait le défi que représente la nécessité d’élaborer un cadre légal fort pour un domaine de travail qui évolue si rapidement que celui de la recherche génétique actuellement.

Le Professeur Mark Hundyadi amenait les participants à rechercher une perspective plus large, soulignant que la bioéthique telle que conçue actuellement s’inscrit dans une vision libérale de la société, sur le plan de la « petite éthique », celle qui se centre sur l’individu et se base sur les droits de l’Homme. Cette conception de la bioéthique pose des interdictions fortes mais à partir d’arguments fragiles, en particulier la notion de « Dignité humaine » qui n’est jamais définie et, restant vague, fragilise la justification de l’interdit. Selon lui, la bioéthique ne devrait pas être détachée d’une vision éthique à l’échelle du monde et de toute la création, « holistique », une « grande éthique » qui prendrait en compte la qualité éthique de notre relation à autrui et permettrait de sortir d’une vision technicienne de la bioéthique. Reste la question de comment élaborer une grande éthique en contexte mondialisé et multiculturel…

Le colloque s’est fini sur un temps d’échanges et de discussion autour du texte proposé par le groupe de travail thématique sur la bioéthique mis en place par la Conférence des Eglises européennes, texte qui devrait être présenté lors de l’assemblée générale du 31 mai au 6 juin 2018 à Novi Sad (Serbie).

 

Claire Sixt Gateuille

 

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Publié le 14 mars 2018

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