Eglise protestante unie de France

Besançon et Environs

Le cimetière des Champ Bruley

Il était une fois... un cimetière protestant
Les vieux bisontins le connaissent bien, il se trouve au bas de la rue de Chalezeule à deux cents mètres du cimetière des Chaprais.
Toutefois, la plaque apposée à l'entrée indique seulement cimetière des Champs Bruley*. Alors ?

La naissance du plus ancien cimetière communal de Besançon
On est en 1792, en pleine Révolution et la municipalité décide de régler une question en suspens de puis 16 ans : une déclaration royale du 14 mars 1776 avait interdit les inhumations en ville,dans et autour des églises, pour des raisons d'hygiène et d'urbanisme. Mais la population bisontine catholique et traditionaliste  tenait à cette vieille pratique : être inhumé « en terre chrétienne ». Donc l'affaire traînait. Le citoyen Euvrard fut chargé de trouver le terrain adéquat et il proposa d'acheter les Champs Bruley, une  vaste propriété de plus d' un hectare, ce qui fut accepté. Le premier cimetière communal de la ville était né et aujourd’hui encore les cimetières sont sous la responsabilité des maires. Un mauvais choix aux yeux des contemporains. Ce cimetière fut rejeté par la population bisontine d'alors, pour trois raisons :
    • le terrain marneux gorgé d'eau ne convenait guère (des travaux d'assainissement ont depuis asséché le terrain) ;
    • Il était installé dans un banlieue rurale pratiquement déserte et de nombreuses tombes furent pillées en toute impunité ;
    • enfin, ce cimetière des temps révolutionnaires dépourvu de la chapelle que l'on avait projeté d'y édifier heurtait les convictions des bisontins qui préféraient faire inhumer les leurs dans les petits cimetières entourant les églises des villages périphériques, même si c'était “sous l’égout du toit de l'église”.

Le cimetière des rejetés
Cet espace un peu maudit des Champs Bruley reçut donc les indigents décédés à l'hôpital ou à l'hospice de saint Jean l'aumônier ( Bellevaux actuel), les victimes de la Terreur et les premiers protestants venus de Suisse. De leur sépulture plus aucune trace aujourd’hui. À partir de 1824 la situation va changer. Le temps des cimetières communaux et des carrés confessionnels. En 1823, la ville ouvre le cimetière des Chaprais. Il est réservé aux catholiques. Par voie de conséquence le conseil municipal arrête le 14 Août : « Qu'on ne transportera désormais dans l'ancien cimetière dit le Champ Brulé que les corps provenant des hospices, ceux des personnes qu'on demandera expressément à y faire inhumer.... et ceux des défunts non catholiques ». L'année suivante, le règlement des cimetières précise que « Le cimetière particulièrement consacré aux défunts de l'Église réformée  continuera à être en usage tel qu'il existe dans la partie supérieure de l'ancien cimetière de la ville ». Notons au passage que les  israélites bisontins avaient obtenu le droit de créer un cimetière communautaire, donc privé, dès 1796, au lieu-dit “les Vernois”,actuellement rue Anne Frank.

Le carré protestant
Il occupe tout le fond du cimetière, on y trouve les plus anciennes sépultures souvent difficilement identifiables. Beaucoup ne sont plus entretenues, envahies par les lichens, la mousse et le lierre. Les versets bibliques, assez fréquents sur ces tombes, sont rarement lisibles. Parmi les monuments, celui du général Voirol attire d'emblée les regards. Les inscriptions nous apprennent que ce jeune suisse né en 1784 s'engagea dans les armées du Consulat à l'âge de 15ans, fut promu général à 30 ans, participa à 23 batailles et  devint gouverneur de l'Algérie en 1834. Un peu à l'écart, se trouve la tombe très modeste de Mathieu Miroglio un des premiers pasteurs de la paroisse. Il était d'origine genevoise et a été  en charge de la paroisse entre 1814 et 1865. Ne sont gravées que ses années de naissance et de décès, ses initiales, puis deux phrases “Mortels ce que je suis vous le serez bientôt ; Veillez et priez”. La tombe plus récente du pasteur Abt se trouve à proximité. On reconnaît aussi des caveaux de familles horlogères, souvent d'origine suisse qui comptèrent dans l'histoire de la paroisse et de la ville, comme les Sandoz. Dans cette famille on compte entre autres : un pasteur,un des fondateurs de l'Hospice Protestant, un conseiller municipal  actif et généreux : un bel exemple d'intégration, de réussite sociale et de dévouement. Autres familles horlogères inhumées ici : les Girod, les Maillard-Salin…

La sépulture de Charles Duvernoy (1774-1850) se cache sous un if, symbole d'immortalité. Cet érudit originaire du pays de Montbéliard se plaignait de sa mauvaises vue, mais il a consacré 25 ans de sa  vie à classer les archives de la bibliothèque municipale, en particulier le fonds Granvelle. Son épitaphe précise que le terrain de la concession a été donné par la ville et que le monument a été érigé par l'académie de Besançon “en mémoire de ses travaux importants pour l'histoire de la province”. À partir de 1881 l'organisation de ce cimetière a changé. Achevons notre visite.

Le carré de l'Hospice protestant
À droite de l'entrée s'alignent plus de soixante-dix croix de ciment gris. Il s'agit d'un carré mis à la disposition de l'Hospice protestant par la ville à la fin du XIX siècle. Il accueille principalement les défunts sans ressources ou sans famille de cet établissement et il est entretenu à l'heure actuelle par le CAOP (Comité d'Action des Œuvres Protestantes).

Le monument aux morts de la guerre 1870
Cette construction imposante se trouve sur l'allée centrale du cimetière, à quelques dizaines de mètres de l'entrée. Elle a été inaugurée en 1893 là où reposent 2 179 soldats morts à Besançon lors de la retraite de l'armée de l'Est. Cette armée forte de 120 000 hommes commandée par le général Bourbaki avait été battue par les Prussiens devant Héricourt le 18 Janvier 1871. Elle avait alors fait retraite dans une immense cohue, par un froid sibérien sur Besançon, puis la Suisse. Fin janvier 50 soldats mouraient chaque jour dans notre ville. La troisième République voulut donc honorer ces défenseurs malheureux.

Les tombes de bienfaiteurs
Elles sont en vis-à-vis de part et d'autre de l'allée centrale et ont été érigées par la municipalité reconnaissante. Celle de gauche honore le protestant Bersot qui légua, à sa mort en 1887, un million de francs-or à la ville pour diverses œuvres sociales. En face se dresse le monument dédié au peintre Jean Gigoux, décédé en 1894, qui donna une importante collection de tableaux au musée municipal.

L'espace central du cimetière
Derrière le monument  aux morts s'étend la partie centrale du cimetière aux tombes mêlées car depuis 1881 la création de carrés religieux est interdite au nom de la laïcité de l'espace public. Par contre il est loisible d'afficher ses croyances sur les tombes, espace privé, et quelques sépultures protestantes se reconnaissent à un verset biblique gravé sur la stèle. Il s'agit souvent de la phrase que le pasteur avait écrite sur la page de garde de la bible qu'il avait donnée au défunt le jour de sa confirmation. Une pratique plus récente consiste à orner la tombe d'une croix huguenote ou de la rose de Luther. Cela est bien à l'image de notre protestantisme minoritaire, noyé dans la société mais capable de s'affirmer discrètement.

Aujourd'hui, demain...
Les rites funéraires évoluent et l'incinération progresse.A droite du monument de la guerre 1870 un espace ovale est réservé aux petites tombes sous lesquelles se trouvent les urnes funéraires. Un peu plus loin il y a le jardin du souvenir où sont dispersées les cendres des défunts. Faut-il s'offusquer de ces évolutions ? Le chagrin après un décès est toujours le même, mais l'essentiel est de pouvoir bercer sa peine, de faire son travail de deuil et pour nous d'affirmer notre foi et notre espérance.

Jean-Claude Meux
un paroissien historien

(*) Madame Michèle Bargeon qui m'a fourni de la documentation pour cet article, ce dont je la remercie beaucoup, m'a également appris que les documents anciens parlent “du” champ Bruley, donc du champ appartenant à un certain monsieur Bruley. Mais j'ai préféré conserver l'orthographe erronée qu'on utilise couramment, pour ne pas semer une quelconque confusion dans l'esprit des internautes.

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