L’évangélisation, des défis à relever

L’évangélisation, c’est un mot chargé d’histoire, avec lequel on n’est pas toujours à l’aise ! Et pourtant, il contient en son cœur
le beau mot « Évangile », cette Bonne Nouvelle qui nous fait vivre. Évangéliser, c’est donc annoncer une Bonne Nouvelle !
Mais quelle est notre manière luthéro-réformée de le faire ? Comment témoignons-nous individuellement et en Église
de la Bonne Nouvelle autour de nous ? Comment la transmettons-nous ?

Parce que nous sommes sortis du régime de chrétienté, la transmission dans nos Églises ne se fait plus de façon linéaire. De même que la transmission des métiers de père en fils ou de mère en fille ne s’opère plus dans les familles qu’exceptionnellement, la proposition confessionnelle faite par des parents dessine la possibilité d’une trajectoire protestante, mais elle ne garantit en rien une adhésion à la foi chrétienne du futur adulte. Nous revenons, de plus en plus, à une Église de convertis au sens où ce sont maintenant des adultes qui adhèrent à un contenu de foi et s’insèrent dans un vécu communautaire, paroissial et local, grâce ou malgré leur origine familiale.

C’est toute la physionomie de nos paroisses qui s’en trouve changée. Mais bien plus encore que leur composition sociologique, c’est surtout leur kérygme, c’est-à-dire le contenu de ce qu’elles annoncent qui est bouleversé. En effet, plus rien ne va « de soi » dans les contenus de la foi. La prédication de la conversion à Christ, du changement de vie, retrouve sa pertinence dans des communautés bariolées où passants et nouveaux ont la part belle, les anciens ou les habitués devenant les serviteurs de ces petits dans la foi. En somme c’est l’annonce première de l’Évangile qui retrouve ses lettres de noblesse ; et elle vient compléter cette ré-évangélisation hebdomadaire, cette édification qu’est traditionnellement le culte communautaire. Le vocabulaire évolue, de fait, car l’assemblée n’est plus homogène comme elle l’était. Le catéchisme pour adultes commence à prendre autant d’importance que l’instruction religieuse des enfants, au cœur du déploiement d’activité de la paroisse locale.

Bref, la paroisse a changé. Christ est toujours le même. Christ ne vient pas abolir la prédication de ses prédécesseurs. Mais « jamais homme n’a parlé comme cet homme » (Jean 7,47), car ce même message est annoncé avec une pertinence nouvelle et totale pour un public qui, lui, évolue.

Ce bouleversement de la déchristianisation implique que l’Église locale révise l’ensemble de ses propositions ecclésiales avec cette trame de questions, transversale et sous-jacente : En quoi nos activités répondent à l’impératif de cette évangélisation de nouveaux publics ? En quoi notre type d’annonce d’une Bonne Nouvelle structure la foi de nos contemporains et s’adapte à eux et à leurs langages ? Dans quelle mesure sommes-nous capables d’accompagner d’une part la vieille dame qui est dans la paroisse depuis 80 ans mais aussi ce jeune homme d’origine musulmane qui s’est laissé convaincre que le Christ était aussi Fils de Dieu ? Sans négliger qui que ce soit.

 

Parce que la foi des nouveaux membres est souvent enthousiaste, elle vient déranger la quiétude
d’un protestantisme très installé dans son histoire. Elle oblige les frères aînés à changer de comportement
et à se réjouir, de gré ou de force, du retour des « prodigues » au bercail.

 

Mais la fête n’est pas du goût de tout le monde, car le délicieux ennui de la routine est troublé par le surgissement d’un Dieu qui n’est plus seulement prêché comme étant celui qui dérange, mais qui se met à nous déranger franchement et directement !

Le conseil presbytéral est là pour garantir cette unité de la paroisse dans l’extrême diversité de ces expressions de la foi. Donner une place au témoignage fait partie de cette réjouissance et de cette reconnaissance du parcours de changement qu’ont vécu les nouveaux membres, les jeunes chrétiens d’adhésion. Mais en tant que protestants historiques nous sommes, au sein du corps du Christ, plus connus pour faire durer des gens dans la foi que pour les amener à la foi, nous ne sommes plus seulement, comme en d’autres époques, les gestionnaires de ces brebis dégoûtées des autres troupeaux d’où elles sont issues, et qui viennent grossir nos troupes. Et le conseil doit gérer une diversité qui est en soi une bonne nouvelle, celle d’une vraie famille dont les contours se redessinent de façon inattendue. Il faudra rassurer les anciens et conforter les nouveaux. S’imposeront des nouvelles formes de célébration, mettant l’accent sur cette diversité pour s’en réjouir plutôt que de la déplorer. La foi de chacun pourra s’y exprimer comme un enrichissement et plus comme une menace. Même les membres affirmés en sortiront grandis.

Joie au ciel et sur la terre : la paroisse a changé !

Gilles Boucomont 

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