Le Psautier de Genève

Voici une présentation du Psautier de Genève, auquel Augustin Le Marlorat a participé.
Les psaumes de la Bible, dont certains remontent au roi David, sont un joyau à la fois religieux et littéraire. Ils témoignent de la foi, de la création poétique et liturgique d’Israël, ils sont étroitement associés au culte, aux fêtes et aux pèlerinages dont le centre était le Temple de Jérusalem. «Le psautier a profondément marqué la littérature, la musique et l’art du peuple juif », écrit l’exégète catholique, Jean-Luc Vesco. Jésus, ses disciples et les premiers chrétiens ont prié et chanté les psaumes ; le psautier est l’un des livres de l’Ancien Testament les plus cités dans le Nouveau. Le christianisme a relu les psaumes à partir de sa foi en Jésus Christ ; il ont été récités et cantilés dans les églises et les monastères. La Réforme du 16e siècle a apporté une contribution importante, mais trop méconnue, à la longue histoire de la transmission des psaumes bibliques : en les traduisant, en les mettant en musique, en les imprimant et en les diffusant largement, elle les a mis à la portée de tout un chacun. C’est la réalisation du Psautier de Genève, œuvre collective à la quelle Augustin Le Marlorat a participé par ses oraisons. Le Psautier de Genève a été élaboré progressivement de 1539 à 1562 à l’initiative du Réformateur Jean Calvin et sous son autorité. Il est né d’une rencontre assez inattendue entre le Réformateur et le poète Clément Marot en 1536 à Ferrare en Italie, à la cour de la duchesse Renée, où les deux hommes étaient en exil. Le poète était déjà attiré par les psaumes bibliques qu’il appelait des « marguerites de l’Écriture Sainte ». « « La rencontre de son génie poétique et de celui, théologique et institutionnel, de Calvin va faire que le calvinisme sera, jusqu’à nos jours, la religion des Psaumes », écrit l’historien Patrick Cabanel. Mort en 1544, Clément Marot n’a pu traduire –il s’agit en fait plus d’une paraphrase que d’une traduction- que 49 psaumes, c’est Théodore de Bèze qui a traduit les 101 psaumes restants. Pour les musiques d’accompagnement, qui devaient être faciles à chanter, Calvin a fait appel à plusieurs mélodistes, dont Guillaume Franc et Pierre Davantès ; ces derniers ont parfois repris des mélodies populaires, mais ils se sont aussi inspirés du chant grégorien. Des harmonisations à plusieurs voix on été réalisée, en particulier par Claude Goudimel, mort lors du massacre de la Saint-Barthélemy en 1572. Le Psautier complet parut en 1562 avec, en guise de préfaces, les épîtres aux lecteurs de Calvin et de Bèze. Au cours de cette même année 32 éditions ont été réalisées avec la diffusion de plus de 30000 exemplaires, surtout au sein des Églises réformées réparties en France. Les psaumes étaient destinés à être chantés au culte, mais aussi à la maison et au travail, à la ville et à la campagne. Calvin écrivait dans son épître : « Or entre les autres choses, qui sont propres pour recréer l’homme et lui donner volupté, la musique est, ou la première, ou l’une des principales : et il nous faut estimer que c’est un don de Dieu député à cet usage ». Le Psautier de Genève, par la suite davantage connu sous le nom de « Psautier huguenot », a traversé les siècles pour parvenir jusqu’à nous, il a profondément imprimé sa marque au culte et à la piété réformées, façonnant avec la Bible une identité et une culture protestantes. Il a été traduit dans de nombreuses langues. Lors de la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685, il a accompagné et soutenu les exilés Huguenots dans les pays du Refuge. Si notre tout nouveau recueil intitulé « Alléluia » rassemble de chants de diverses traditions, les psaumes mis en rime par Clément Marot et Théodore de Bèze, dont le texte a été révisé, en restent cependant la pièce la plus caractéristique, que nous conservons non seulement par pitié historique, mais surtout comme une expression vivante et communautaire de notre foi et comme un témoignage de fidélité à l’égard de l’héritage de la Réforme et d’Israël. Les oraisons d’Augustin Le Marlorat ont d’abord figuré dans l’édition des « Octante neuf psaumes » de 1561, puis dans l’édition complète du Psautier de Genève de 1562, chacun des 150 psaumes étant conclu par une brève oraison. Elles disparaissent à partir de 1564, le Conseil de Genève, qui supervisait les éditions du Psautier, s’y étant opposé. Nous en ignorons les raisons. Nous avons pu retrouver une édition de 1577, faite à Genève, du Psautier pourvue des oraisons de Marlorat sur Internet, sur le site de la bibliothèque de Genève, sous le titre : «Les Pseaumes de David, mis en rime françoise par Clement Marot, et Theodore de Bèze. Avec la prose en marge, et une oraison à la fin d’un chacun des Pseaumes, par M. Augustin Marlorat ».