Ressources n°6

Sommaire

 

Ouverture

Les mots pour la dire, par Emmanuelle Seyboldt

 

Découvrir

Une fois tous les cinq cents ans, par Frédéric Chavel

Des débats polémiques au III et IVe siècle, par Anna Van den Kerchove

Confession d’Augsbourg et Confession de foi de La Rochelle,

par Pierre-Olivier Lechot

Déclarations d’Églises au XXe siècle, par Frédéric Rognon

 

Analyser

Confesser à travers les siècles, par Marcel Manoël

Confesser avec la Réforme, par Marcel Manoël

Confesser ensemble, aujourd’hui, par Marcel Manoël

Les engagements œcuméniques, par André Birmelé

De Heidelberg à Accra, via Barmen et Belhar, par Jean Claude Deroche

 

Interpréter

Rappel du processus synodal, par Didier Crouzet

Croire en je et en nous, par Christian Baccuet

Dimension hymnologique de la foi protestante, par Rodolphe Blanchard-Kowal

 

Rencontrer

Isabelle Bolgert propos recueillis par Daniel Cassou

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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 BONUS : Confesser sa foi avec tout son corps

Rendons grâce au Seigneur du cœur, des mains, des lèvres.

 

Un samedi après-midi à Paris se tient un très beau culte interconfessionnel entre deux communautés de l’Église harriste et de l’Église méthodiste de la Côte d’Ivoire. Les chorales et l’assemblée chantent et prient. A plusieurs reprise les femmes mènent cette assemblée de fête dans la joie et dans la danse, les tambours et d’autres instruments nous accompagnent.

Je ne connais point les paroles des chants, ni pour certains la langue dans laquelle on chante, ici il n’y a ni projecteur et écran, ni feuille ou recueil de cantique. On connaît par cœur ou on apprend sur place. A plusieurs reprises je me trouve debout avec tout le monde en train de reprendre les mélodies à ma façon, et de tenter quelques pas de danse. Je pense alors que l’on aurait dû ajouter la danse à cette phrase attribuée à tort à Saint-Augustin, et par la suite à Martin Luther “bien chanter, c’est prier deux fois”. Le contenu de la foi se trouve dans l’écoute attentive de la Parole et la prédication et dans l’expression musicale et corporelle des fidèles. Ici, comme dans l’Église historique où j’ai grandi et dans beaucoup de cultes protestants, on ne s’est pas levé pour dire ensemble une confession de foi.

Par contre au culte à Hillsong, on chantera une version du credo mise en musique, la traduction française de l’original en anglais suit fidèlement la mélodie. Selon les assemblées et le groupe musical qui joue, cela peut prendre jusqu’à six ou sept minutes, les paroles sont sur un écran, parfois en deux langues, mais les fidèles chantent debout, souvent par cœur les yeux fermés

Le credo devient prière et expérience spirituelle. A l’Église allemande le symbole des apôtres fait partie intégrale du culte dominicale, parfois on chante une version cantique ”Wir glauben Gott im höchsten Thron”, et dans ce cas c’est le seul chant que l’on chante debout - car dans les Églises unies et luthériennes allemandes on chante le plus souvent assis et on se lève pour prier et écouter les Écritures. Il faut s’y habituer !

 

Un paysage pluriel en mutation

Ces quelques exemples pour souligner une petite partie de ce qu’on appelle l’hyper diversité du christianisme français et mondial aujourd’hui. Le christianisme est en croissance en Afrique et en Asie, mais nous vivons le contraire dans notre contexte européen qui devient toujours plus marqué par une forte sécularisation et une baisse de la pratique religieuse. La recherche d’un lieu pour vivre sa foi authentiquement s’ancre plus dans l’expérimentation et le ressenti, un retour éventuellement à une langue d’origine aussi. On voit alors émerger des formes de pluri-appartenances, des communautés et Églises plus « fluides ». On ira à une « Église » le matin mais dans une communauté pentecôtiste ou ethnique l’après-midi ; au temple le dimanche mais au groupe de prière catholique charismatique en semaine. Il y a recherche d‘expériences fortes, peut être aussi d’une forme de « wellness - bien être », de se sentir à l’aise dans l’expression de la foi. Car ces différents chants et expressions de foi, ces appartenances mixtes et fluides font partie d’un paysage pluriel et divers qui est à la recherche véritable de Dieu. Il est vrai aussi que des pratiques plus fluides et spirituelles sont parfois plus affirmative - le credo Hillsong en français devient « Oui je crois !» et peut résonner de façon bien plus dogmatique que l’original, même si la mélodie est très entrainante.

Dans cette fluidité plurielle, ces nouvelles et anciennes expressions de la foi et de la louange, une vigilance concernant la théologie véhiculée par la musique continue d’avoir sa place, comme à chaque moment des 500 ans qui ont suivi la Réforme. Notre tradition presbytéro-synodale met beaucoup de valeur sur les mots, comme les étapes locales, régionales et nationale dans l’élaboration de la nouvelle déclaration de foi nous ont montré. Mais selon les paroles d’un cantique ancien de Johann Crüger, on est invité à rendre grâce au Seigneur « du cœur, des mains, des lèvres » : à faire vibrer le cœur spirituel de notre écriture, à vivre plus librement une expression corporelle et pratique de notre appartenance à Dieu, à mettre en musique et en cohérence nos paroles et nos actes. A devenir une Église de témoins qui tente d’exprimer sa foi de façon plus intégrale.

Nous sommes dans la phase de l’appropriation de la nouvelle déclaration de foi, on ne la dira pas très souvent, mais elle nous porte déjà. Peut-être quelqu'un sera inspiré de mettre une forme de la nouvelle déclaration de foi en musique, un air de danse, de samba sensuelle, de reggae relax ou de tango saccadé. Une invitation à trouver des notes et des pas ensemble pour avancer humblement, mais joyeusement à la découverte de Dieu dans la diversité plurielle et fluide de notre époque. Un cantique de Sidney Carter du XXè siècle parle de Jésus-Christ comme le Seigneur de la danse. C’est dans le sillon du Seigneur de la danse que nous entrons quand nous répondons à l’invitation d’apprendre de nouvelles paroles, de tenter de nouveaux pas de danse. Si chanter c’est prier deux fois, danser, même de façon timide vaudrait peut-être trois fois.

 

Jane Stranz