Petite chronique d'un cyclone annoncé du 7 mars 2017

Petite chronique d’un cyclone annoncé



Vendredi 3 mars 19h30 locale 

Aux infos de Réunion Première de 19h30 le bulletin météo signale la formation d'une tempête tropicale au nord est de Maurice. Elle se dirige nord est/sud est en direction de la Réunion.

Bien calé dans mon super fauteuil Ikéa j’ai une pensée émue pour les réunionnais qui viennent juste de subir le cyclone Carlos, et se voient à nouveau menacé par le suivant.

Samedi 4 mars 19h30 locales

Nouvelle météo, la tempête tropicale devient tempête tropicale intense et se nomme EN­AWO, sa trajectoire la fait passer largement au nord est de la Réunion (ouf !pour eux). Elle met maintenant un peu de Sud dans sa trajectoire en se renforçant .Cette nouvelle route la fait se diriger sur Madagascar Je commence à en parler autour de moi, cela fait sourire tout le monde… Je reste malgré tout vigilant.

Dimanche 5 mars Météo de 12h.locales

ENAWO devient cyclone tropical intense. Il devient de plus en plus évident que cette fois c’est vraiment pour nous. Pour le moment il est à 825 kms de la côte est de Madagascar et progresse à 8 kmh , vents à 200kmh se renforçant .Le point probable d’impact est en plein sur Antalaha.

A la maison aussi bien qu’en ville personne n’y croit, il fait trop beau, pas un nuage, pas de vent. Maintenant la mode est à la plage le dimanche contrairement à il y a quelques années où seuls les wasas profitaient de la mer pour se baigner. Beaucoup de paillotes se sont ins­tallées au bord de la plage, boissons, samossas, beignets coulent à flot dans la joie d’une belle journée au bord de l’eau Malgré les réticences je décide de faire un tour d’inspection sur le chantier de notre future maison et à Belle Rose, à la gargote et la maison de Sahondra .Pour le chantier de la future maison il ni a pas grand-chose à faire. Je reste malgré tout vigilant, quelques sacs de sable sur les tôles de l’abri de chantier c’est tout ce que l’on peut faire. A Belle Rose c’est autre chose, le grand cocotier à l’entrée menace de s’abattre sur les maisons, cela fait plusieurs fois qu’il doit être abattu, maintenant il y a urgence, promesse est faite de trouver un bûcheron, l’arbre fait près de 20m..Il faut mettre des sacs de sable et des cordages pour maintenir les toits. Le lendemain nous devons conduire Nazario à Sambave pour une contre visite, je pense qu’il serait plus prudent de reporter, mais personne ne croit à cette histoire de cyclone qui est si loin en mer et qui avance à petite vitesse.

Lundi 6 mars 5h30 locales

ENAWO progresse et se renforce, il devient cyclone tropical intense, la dépression en son centre se creuse de plus en plus. L’alerte jaune est déclenchée mais personne n’y croit (il y a parait il beaucoup de fausses alertes,) sauf le maire qui fait démonter tous les panneaux pu­blicitaires le long des routes. Météo France Réunion prévoit l’impact du cyclone à hauteur d’Antalaha pour demain 10heures locales.

Nous prenons la route pour Sambave à l’aube. Effectivement il fait beau, pas de vent, le ciel est clair sauf une bande de nuages noirs à l’horizon ,à l’Est sur l’océan, c’est souvent ainsi dans la région. Le long de la route rien de particulier ne se passe, L’Hôpital où nous arri­vons juste à l’heure pour la contre visite, tout est comme à l’habitude, pas l’effervescence que l’on pourrait imaginer dans un hôpital à quelques heures d’une catastrophe annoncée. Midi ,la visite est terminée, il faudra revenir pour d’autres examens. Je voudrais prendre la route tout de suite, le ciel se couvre de nuages le vent commence à se lever, seulement pa­rait il les prix au bazar ici sont plus intéressants qu’à Antalaha, heureusement à cette heure les boutiques sont fermées… Dés la sortie de la ville, nous commençons à voir a la plupart des hameaux et villages de grandes perches avec des chiffons jaunes, c’est le signal de l’alerte jaune (danger imminent) décrétée par les autorités. Les nuages sont bizarres, tantôt ce sont de longues trainées de cirrus, tantôt ils se regroupent en alto cumulus (si mes souve­nirs météos sont bons..) A chaque accès à la mer des groupes de personnes remplissent des sacs de sable destinés à bloquer(en principe) les tôles des toits. Arrivé a Belle Rose, le coco­tier est toujours debout, les jeunes veulent prendre l’échelle et monter le couper, je réussis à les convaincre de trouver un spécialiste qui puisse monter dans l’arbre. L’oiseau rare est enfin trouvé pour quelques ariarys et 2 heures l’arbre est parterre, la benne du 4x4 pleine de noix de coco .Maintenant il faut faire vite pour remplir les sacs de sable la nuit est presque là et le courant est déjà coupé. Trop tard pour prendre la sable à la plage, on fait un trou dans la cour, heureusement Belle Rose est construite sur du sable .Belle Rose étant sécurisé nous rentrons chez nous pour préparer la maison.

Pour ce soir, tous les enfants de Belle Rose doivent loger chez nous avec Angelette, Anita et son mari qui n’ont pas de problème de maison leur propriétaire s’occupe de tout. Nous ac­cueillions également 4 petits des nouvelles maisons construites dernièrement dans la rizière qui nous sépare de Belle Rose.

A 20h le vent commence à souffler modérément, rien de vraiment inquiétant, tout le monde s’endort sans problème, dés le levé du jour la tempête monte d’un cran, les arbres com­mencent à bouger un peu. Tout le monde est calme, les infos nous donnent le Cyclone à quelques miles d’Antalaha le ciel se couvre et la lumière du jour baisse progressivement. Le ciel est couvert de nuages noirs tourbillonnants, le vent devient de plus en plus violent les arbres commencent à se mètre à l’horizontale, la pluie commence ,une vraie pluie tropicale à grosses gouttes serrées qui font un bruit d’enfer sur les tôles du voisinage.

10h le 7 mars .

L’œil du cyclone touche Antalaha .Ce qui se passe alors est difficile à décrire. Les arbres tournent comme des toupies, dans la cour il y a un énorme manguier, un evis-sakoa­gna qui est couvert de fruits gros comme des avocats et dur comme des citrons verts, et un arbre à pain qui s’amusent à bombarder la maison comme avec des pierres, Nous avions pris la précaution de mettre les voitures hors de portée de ces arbres. Au début les enfants comptent les impacts sur les volets, ils y en trop ils se lassent vite. On suit ce qui se passe à l’extérieur depuis la cuisine et les toilettes qui n’ont pas de volets. Le vent atteint une violence inouïe,(il atteindra 280 kmh ,avec des pointes à 300 à la station météo de l’aé­roport) la pluie ne tombe plus elle file à l’horizontale. La nature est prise dans le jet d’un gi­gantesque Karcher .En quelques minutes il n’y a plus une feuilles sur la végétation, du bou­gainvillier de la haie il ne reste que les épines …Dans la maison l’ambiance est bonne per­sonne n’a peur ,personne ne pleure, on prend seulement les paris de savoir qui tombera le premier des arbres ,des 2 poteaux électriques dans nos champs de vision ou la tôle du toit de la maison voisine qui dépasse le mur de clôture ,les enfants qui misent sur cette tôle ne se rendent pas compte que c’est celle du toit de leur propre maison. C’est un des poteaux qui tombe en premier et évidement c’est le notre…La journée se passe ainsi sans impatience des enfants qui restent parfaitement calme, lés adultes restent stoïques et discutent compa­rant les différents cyclones qu’ils ont connus, font manger et coucher tout le monde.

Le 7 mars à 20.00h.

Le vent et la pluie sont toujours là toujours aussi violents(en fait l’œil du cy­clone est resté 14 h sur la ville en faisant des zigzags comme s’il voulait effacer Antalaha de la carte avec la gomme électronique d’un ordinateur géant)

Un bruit énorme nous fait bondir, comme un coup de canon, cela provient de la direction de notre voisin, la scierie industrielle, nous n’avons pas de vue directe de ce coté ,il faut ouvrir la pote du bureau. Nous ne sommes pas trop de trois pour repousser le volet, juste un peu pour voir que le grand portail métallique de la scierie a disparu et que de l’eau arrive comme une vague dans notre direction..Nous ne nous affolons pas, la maison est réputée pour n’avoir jamais été inondée. Nous regardons quand même par la fenêtre de la cuisine, bien nous en prend les voitures ont de l’au jusqu'à mi--roue. Ce coté de la maison étant sous le vent on peu sortir sur la véranda, pour constater que l’eau est maintenant au niveau de la dernière marche et que ça continue à monter. Le temps de faire le point de la situation et l’eau commence à envahir doucement la maison. Nous devons évacuer les enfants, en quelques minutes l’eau est entrée dans toute la maison, nous avons de l’eau jusqu’aux che­villes.

Les plus petits sont enveloppés par deux dans des ponchos « décathlon » les autres dans des bouts de plastique. Sahondra Bar, Anita, Angelette, sortent coté cuisine suivent la véranda à l’abri du mur de clôture, sortent dans la rue, suivent le mur de la scierie courbés en deux de l’eau aux genoux portant les plus petits jusqu’en face du voisin dont la maison a un étage re­cueille tout le monde. A la maison j’essaie de surélever tout ce que je peux, .enlever les coussins des fauteuils et canapés en bois massif du salon .Au retour des autres (sauf anita qui est restée avec les enfants), nous prenons les lits juste au moment ou les matelas en­traient dans l’eau et les posons sur 4 chaises chacun. après avoir mis le frigo congélateur sur la table, l’eau ne montant plus on peut essayer de dormir un peu, attention en se levant on est en hauteur et il y a de l’eau jusqu’aux genoux , ça surprend….Angelette qui à peur de l’eau préfère rester éveillée et surveiller le niveau…. Et les chiennes dans tout ça ? Seules les Malgaches sont surprises que l’on les laisse entrer dans la maison .l’eau complique les choses, elles pataugent et nagent pendant un moment et se décident à s’installer sur les carcasses des fauteuils. Sauf Vanina qui ne veut pas monter sur le bois du canapé il a fallu beaucoup de persuasion et sa couverture pour qu’elle se mette à l’abri.

Le 8 mars au lever du jour

Le vent et la pluie continuent avec toujours autant de violence. L’eau qui nous accueille au saut du lit est la elle aussi, elle n’a ni baissé ni monté, elle est rouge et baigne tous les car­tons de notre déménagement, sous l'oeil d'une Sahonra désespérée. Dehors, au fur et a mesure que le jour se lève nous découvrons un spectacle de désolation, tous les grands arbres ont disparus ils sont tombés de l’autre coté du mur, du beau jardin il ne reste qu’un lac d’eau rouge avec au milieu les voitures noyées jusqu’au milieu des portières. Nous fai­sons avec Bar une sortie pour voir ce qui se passe avec les enfants leur porter à manger et des boissons. Tout va bien ils sont calmes ils ont passé une nuit tranquille. Retour à la mai­son nous constatons que tous les poteaux et les fils électriques sont dans l’eau et coupent la route, avec l’aide des voisins nous dégageons ce qui reste de poteaux électriques et ré­cupérons les câbles avant qu’ils ne disparaissent.. Ce faisant nous découvrons ce qui a fait tomber le portail de la scierie, il s’agit d’une dizaine de rondins de bois de rose (1,50m dia­mètre 50cm) Ils étaient certainement enterrés (c’est ainsi que les trafiquants les cachent), le cyclone les a roulés contre le portail et l’ont écrasé. Le bois de rose ne flotte pas, aussi maintenant les troncs reposent sous 70cm d’eau au milieu du chemin. Retour à la maison, trempés, crottés, le visage en feu malgré la serviette qui nous protège plus ou moins des rafales d’eau sous pression. Bonne nouvelle, l’eau commence à baisser deux centimètres à l’heure. Les chiens n’osent pas quitter leur perchoir .Nous essayons de voir ou en sont nos cartons, en ce moment ils fondent littéralement dans l’eau boueuse. Petit déjeuner, merci au Wasa qui lundi soir à pensé à faire provision de riz, d’eau et de gaz…A 10h l’eau a baissé suffisamment pour que l’on puisse envisager de commencer à vider la maison, les enfants reviennent, ils en ont assez d’être sur leur perchoir. Commence pour eux une grande récré, dans une maison pleine d’eau telle une grande piscine. Tout le monde s’affaire avec chif­fons ,balais ,pelles, l’eau s’en va petit à petit, on voit même Evan 3ans fils d’Anita pousser la boue avec son bulldozer jouet, quand aux chiens ils sont trempés et tout rouges de la terre Malgache…En fin d’après midi la maison est sèche,la cour est toujours inondée les voitures ont de l’eau à mi- roues. Le vent continue de souffler bien moins fort avec la pluie qui tombe verticalement maintenant.

Nous installons à nouveau le campement pour la nuit, les lits ont repris place au sol, ainsi que le frigo .Malgré la pluie l’eau ne monte plus. Nous n’avons plus de piles pour la radio, les téléphones sont déchargés, de toutes façons nous avons pu voir avant la nuit que les re­lais ont disparu. Toute la nuit nous veillons, le vent est toujours fort et il pleut en continu.

Au lever du jour nous voyons arriver Nazario et son voisin de Belle Rose, là bas tout va bien, ils ont de l’eau jusqu'au ventre ,la maison ,la gargote ont tenu. La petite case elle a été soufflée et s’appuie maintenant sur le bloc toilettes (en dur) ; la bâche de la véranda de la gargote s’est envolée. Les dégâts dans le quartier sont énormes, pratiquement toutes les maisons, même celles en dur, sont touchées, pour le moment il n'y a pas de victime dans le quartier. Nous n’avons aucune nouvelle du reste de la ville, encore moins de la région.

Le vent a cessé, une sorte de crachin continue à tomber, un silence impressionnant suc­cède aux hurlements du cyclone et au crépitement de la pluie. Aussi loin que porte le re­gard ce n’est qu’arbres décapités, maisons sans toit, l’eau est partout . Plus de végétation, toutes les feuilles ont été hachées.

Nous nous retranchons dans la maison pour une nouvelle nuit d’alerte, L’eau est toujours à moitié des portières. Comme l’intérieur est sec (belle étanchéité !) il faut attendre pour les ouvrir..On ne peut pas circuler c’est dangereux trop de débris son sous l’eau et beaucoup de puits sont à ras du sol.

Nous nous apprêtons à vivre des moments d’après cyclone difficiles mais enrichissants au plan humain. A bientôt pour l’après Cyclone

Sahondra et Alain SARREY