Ravinala par Jean-Michel SAUTTER du 19 août 2018

Nouvelles de Ravinala

Août 2018

 

Alain et Sahondra

 

La maison d'Alain et Sahondra SARREY, les fondateurs de l'association et ses acteurs principaux à Antalaha, est enfin terminée. C'est une belle maison, spacieuse et confortable, construite sur un vaste terrain à l'écart de la ville où le génie horticole de Sahondra et le climat tropical ont produit une profusion de fleurs. Mais cela a été une rude et longue bataille, marquée par d'innombrables re­tards, imprévus et malfaçons. Alain lui-même, avec son âge (nous fêterons ses 83 ans le 15 août prochains) et de sérieux problèmes de santé en début d'année, a dû lui-même se transformer en plâ­trier, carreleur, électricien ou peintre.

 

 

 

La photo ci-contre, prise au mois de juin, nous montre un président fort amaigri, qui nous dit n'avoir que quelques heures d'énergie chaque jour, qui sont vite absorbées par les problèmes de la maison (à ce jour l'installation électrique à base de panneaux so­laires, ne fonctionne toujours pas de façon correcte) et par les services que la possession d'un robuste pick-up tous terrains permet de rendre à la famille et aux voisins qui, comme 99% de la population malgache, se déplacent à pied.

 

La situation à Antalaha

 

La ville est elle-même à l'image du pays, submergé par la pauvreté, le sous-développement, la destruction des infrastructures et des richesses, et l'incurie d'une classe politique corrompue et profiteuse. Les communications avec Alain et Sahondra souffrent de problèmes récurrents affectant téléphone, ordinateur et réseaux. Située dans une zone marquée par les cyclones, tempêtes tropicales et inondations Antalaha a été à l' épicentre du cyclone Enawo qui en mars dernier a battu tous les records d'intensité et de durée. Elle profite en revanche d'un boom de la vanille dont les cours mondiaux ont été multipliés par 8 entre 2014 et 2017. Quand la vente d'un kilo de vanille (facturé 500€ en France) peut faire vivre une famille pendant plusieurs semaines, on comprend que cet or vert tourne les têtes. Chacun n'a qu'une idée : en produire ou s'en procurer par tous les moyens. D'où une déstabilisation supplémentaire du tissu productif agricole et du tissu social, sur fond de criminalité et d'insécurité croissantes. De peur d'être volés de leur récolte, les producteurs dorment armés dans leurs champs, et faute de police et de justice officielles, c'est la justice populaire qui a tôt fait de lyncher les coupables ou présumés coupables.

 

La reconstruction de la chapelle de Belle-Rose

 

Le soutien à la communauté protestante du quartier de Belle-Rose - l'ancien quartier de Sahondra et de sa famille – a été la principale action qu'Alain a pu organiser. La souscription levée auprès des adhérents de Ravinala a permis à cette petite communauté d'acheter les matériaux nécessaires pour reconstruire en dur sa chapelle, qui est l'unique lieu à usage social et collectif du quartier. Votre solidarité a ranimé le courage de ses membres, qui se sont mobilisés pour apporter leurs bras, dimanche après dimanche. La photo ci-contre montre l'état du chantier à fin mai dernier.

 

 

Honoré à la Ciotat

 

Le soutien mensuel de nos étudiants, parrainés par des membres de l'association, a été et reste le poste régulier des dépenses de Ravinala. Après le succès d’Éveline RASON, qui a trouvé du travail, c'est Honoré JAONARIVELO qui a enfin pu soutenir son mémoire de fin d'études d'économie après plus de deux ans d'attente et de péripéties. Jean de Dieu RAZAFINANTENAINA et Lina NOMENJANAHARY poursuivent leurs études à un rythme ralenti par la désorganisation des universités, où une année sur deux est blanche.

 

Au début du mois de juin, mon épouse et moi avons eu l'énorme surprise de la visite d'Honoré. Une tante installée à Lyon lui avait offert le billet d'avion pour marquer la fin de ses études. Nous avions rencontré Honoré à Antalaha en juin 2008 à l'occasion du mariage d'Alain et Sahondra, et nous avions été charmés par ce grand gaillard dégingandé qui passait son bac et enregistrait des CD de musique avec Mario, le fils de Sahondra. Nous avions été séduits par son énergie, sa joie de vivre, sa générosité. Deux ans plus tard, nous avons appris qu'il mourrait littéralement de faim, la tante qui l'avait recueilli à sa naissance et qui était son seul soutien étant malade. Nous n'avions pas hésité et nous nous sommes engagés à verser régulièrement les 60 euros mensuels qui à Madagascar permettent à un étudiant de se loger, se nourrir de riz et payer sa scolarité. S'en est suivi un long compagnonnage, ponctué par une communication réduite à quelques SMS, mais qui témoignaient du sérieux et de l'affection de celui qui nous appelait Papa et Maman à la mode africaine.

 

Le jeune homme de 31 ans qui a passé une semaine à la maison, et qui est encore revenu pour dire au-revoir avant de prendre l'avion du retour, nous a éblouis et bouleversés. Un homme animé d'une foi joyeuse et sûre, très réfléchi et mûr, mais qui chantait et dansait dans le jardin son bonheur d'être avec nous. Un travailleur infatigable, sachant tout faire, animé d'une énergie inépuisable, créatif et entreprenant. Pour nous qui avons vécu ou voyagé dans de nombreux pays du tiers ou quart monde, jamais le contraste ahurissant des niveaux de vie ne nous avait frappés en pleine figure aussi fort que pendant cette semaine où notre Honoré s'est trouvé parachuté dans nos maisons, nos voitures, nos centres commerciaux. Mais il n'a pas eu un commentaire, encore moins un mot d'envie ou de frustration, et le 11 juillet il a repris l'avion avec la petite valise qui contient la totalité de son patrimoine.

 

Pour Chouca (Christiane) et moi, la rencontre a été de celles qui marquent pour la vie, et on n'imagine pas que le lien qui s'est créé, filial pour de bon, puisse se défaire.

 

Jean-Michel SAUTTER