Eglise protestante unie de France

Le Havre, Etretat, Montivilliers

Les voix du silence


Une pratique liturgique voulait, au siècle dernier, que le pasteur, au moment de la Cène, prononce les paroles suivantes : « Que toute créature fasse silence ». C’était généralement le moment que choisissait le bébé du fond de la salle pour se mettre à hurler dans les bras de sa mère éperdue de confusion…


Est-ce pour cela que cette phrase a disparu de la liturgie ? Cela n’est pas certain : imposer silence n’est plus dans l’air du temps. Le silence, comme le costume trois-pièces ou le rhinocéros blanc, est en voie de disparition. Il a déjà disparu de l’espace public : trouver un restaurant sans « musique d’ambiance » et sans télévision(s) hurlante(s) devient difficile. Nos rues, de plus en plus, résonnent des hurlements des motos et des scooters, du klaxon réapparu dans nos villes, du rythme binaire des basses offertes « plein pot » par les automobilistes à qui veut (et aussi à qui ne veut pas…) les entendre. Nos contemporains n’aiment pas le silence. Ils le combattent à grands coups d’écouteurs et d’oreillettes : « Le bruit c’est la vie … » La nature elle-même suit le mouvement. Adieu les hivers blancs, les grands silences neigeux de jadis, propices à la réflexion, permettant de « rentrer en soi-même », de penser aux autres et, pourquoi pas ? … à Dieu.


Car telles étaient les vertus du silence : c’est dans le silence que l’on peut percevoir la voix de l’autre, entendre le murmure « doux et léger » (2R. 19.12) de la présence de Dieu. Pour cela il faut savoir faire silence, faire taire en soi les voix de l’envie, de l’égoïsme, de la cupidité, du mépris, de l’indifférence, du rejet…
Alors faut-il se retirer dans un désert ? Tout débrancher, se couper du monde ? Non, car nous sommes du monde mais sachons faire silence en nos cœur, chez nous, au temple ou dans les Cercles de Silence, être à l’affût des « voix du silence », les voix de nos frères, de nos sœurs, de ceux qui voudraient se faire entendre et dont le vacarme du monde couvre la voix, une voix qui est aussi la voix de Dieu , qui dit à chacun de nous, personnellement : « Je t’aime, tu n’as qu’à accepter mon amour »

Vivre c’est aussi savoir dire : « SILENCE, ON PRIE. »

Jacques Beurier, prédicateur laic

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Publié le 28 octobre 2015

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