Pentecôte 2020. Au souffle de l'Esprit, l'Eglise qui vient.

 

Nous vivons cette année une fête de Pentecôte particulière.
Au moment où nous écrivons ces lignes, le gouvernement vient d'annoncer la possibilité de la reprise des cultes après plus de deux mois d'interdiction. Le conseil presbytéral a constitué des équipes pour travailler à la mise en place concrête des mesures sanitaires qui s'imposent pour les lieux de culte de notre paroisse. La date visée pour la reprise des célébrations est fixée au dimanche 14 juin, mais cette échéance ne sera possible que si tout est bien prêt à ce moment là pour garantir le respect des consignes alors en vigueur.

Les mesures de confinement ont eu un impact important sur la vie de l'Eglise. Comme en de nombreux lieux à travers la planète, nombre d'activités de notre paroisse ont été suspendues. Ainsi les cultes, les rencontres bibliques, les différentes activités de catéchèse, ou encore les visites. Beaucoup, mais pas toutes.
En effet, certaines ont évolué. L'Entraide protestante du Havre s'est très vite organisée pour assurer une continuité de sa distribution alimentaire, et même doubler la fréquence des livraisons face aux besoins accrus des bénéficiaires dont la précarité a été accentuée par cette crise. Un numéro de Cap de Caux a été réalisé à distance par l'équipe de rédaction et a pu être diffusé début avril à de nombreuses personnes par mail et via des paroissiens imprimeurs et distributeurs de proximité, alors que les services de La Poste étaient encore en grande partie suspendus.
Par ailleurs, des initiatives nouvelles ont vu le jour. Une chaine téléphonique a été mise en place au sein de la paroisse permettant de prolonger ou d'établir des liens les uns avec les autres. L'utilisation du site internet et des réseaux sociaux s'est développée pour proposer des méditations écrites ou vidéos, ainsi que des parcours spirituels ou catéchétiques à vivre à la maison.

Finalement, ici comme ailleurs, si les célébrations ou autres réunions n'ont pas pu avoir lieu, l'Eglise ne s'est pas pour autant arrêtée. La communauté de celles et ceux qui, au souffle de l'Esprit, témoignent et célèbrent en ce monde l'amour de Dieu ne s'est pas disloquée, ni n'a été suspendue. Malgré les contraintes, elle a su s'adapter, se déployer autrement, en cherchant les formes et les moyens les plus adéquats à la situation pour exercer sa mission de témoignage.
Constater cela n'empèche pas, bien sûr, d'avoir tout à fait conscience qu'il y a aussi des failles et des échecs, là où l'Eglise n'a pas su rejoindre toutes celles et tous ceux qui auraient eu besoin de sa présence à leurs côtés en des temps troublés.

En cette période des manques se sont faits sentir, telle la possibilité de se réunir pour prier, chanter, méditer ou simplement converser, par exemple lors des cultes dominicaux ou autres rencontres bibliques. Manque des autres, manque de rencontre et de tout ce qui se peut se passer dans le fait de se retrouver en un même lieu pour vivre un temps ensemble. Manque de la possibilité d'avoir une activité au service des autres. Manque de travail avec les conséquences économiques et sociales qui peuvent être liées.
Manques qui, de plus, côtoient la peur, notamment celle de la contamination. Peur d'être soi-même contaminé, peur de contaminer les autres au risque de mettre leurs vies en danger.
Paradoxalement, cette période a aussi pu être source de joies. Ainsi, certains ont pu approfondir une relation autrement à l'occasion d'échanges téléphoniques ou cultiver leur « champ intérieur ». Certains ont trouvé dans ce temps la possibilité de goûter à un rythme de vie plus calme et ainsi de se reposer. D'autres ont pu apprécier les bienfaits de la solidarité, en trouvant de l'aide dans cette période difficile ou en s'engageant au service des autres.
Des manques et des joies, ressentis différemment selon les personnes parce que nous avons des vécus très divers de cette période.

Que restera-t-il de cette expérience demain dans nos vies ? Allez savoir !
Il paraît en tout cas clair qu'il y a là une bonne occasion de penser et de se repenser, de se repositionner. Cela passera par s'en parler, échanger sur nos vécus divers, prendre le temps de l'écoute de l'autre. Faire le bilan, ensemble, sereinement, véritablement.

Et, enrichis de cette expérience, construire la suite, paisiblement, sans peur de perdre ce qui n'a plus lieu d'être ni de s'aventurer sur des terrains peu connus.

Et dans la vie de l'Eglise ? Les initiatives nouvelles mises en place en temps de confinement me mériteraient-elles pas de se prolonger au-delà de la parenthèse de la suspension de l'habituel ? Sera-t-il seulement possible de reprendre nos habitudes antérieures, et, si oui, quand ? De plus, cette expérience inédite ne nous ferait-elle pas prendre conscience de pratiques à changer, de fonctionnements à repenser, de terrains à oser habiter de manières nouvelles, ou encore de terrains nouveaux sur lesquels il y a à s'aventurer pour en explorer les possibles ?
« Tu vois, aujourd'hui, je te confie une mission auprès des peuples et des royaumes. Tu vas arracher et abattre, détruire et démolir, construire et planter » (Jérémie 1, 10). Dieu s'adresse ainsi au jeune Jérémie au moment où il l'appelle à devenir son prophète. Voilà des mots qui peuvent nous guider aujourd'hui et dans les temps à venir. Déconstruire et construire. En deux temps. Prendre le temps de chaque chose, appréhender chaque chose en son temps.

A présent c'est le temps de Pentecôte, la fête du don de l'Esprit.
«  Comment se fait-il que chacun de nous les entende parler dans sa langue maternelle ? » se demandent celles et ceux qui, venant des quatre coins du monde connu, sont à l'écoute des paroles des disciples ce jour-là à Jérusalem (voir Actes 2).
A leur suite, aujourd'hui, nous avons à voir que la dynamique issue de l'Esprit permet à chaque être humain d'être rejoint par les œuvres grandioses de Dieu et que l'Eglise reçoit cette capacité de témoignage à dimension universelle, au-delà des différences et des forces de division de l'humanité.

Invitation à penser le témoignage de l'Eglise, sa manière d'être au monde et d'y assurer sa mission. Cette année, cette fête est particulière en ce sens que cette expérience inédite que nous vivons nous pousse à regarder d'un angle nouveau notre monde, et à y discerner les enjeux de la mission de l'Eglise pour aujourd'hui et pour demain.
Alors, en cette Pentecôte 2020, comment voyons-nous l'Eglise qui vient ?

Il ne s'agit pas ici de se faire prévisionnistes de moyen ou long terme, de plaider pour telle option plutôt qu'une autre. Il s'agit de constater que les sujets sur la table sont nombreux : la solidarité, la justice, la paix, l'écologie, l'économie, la santé, la question de l'autorité, la mobilité, la place de la corporéité, le rapport à l'autre à l'ère du numérique et du web 2.0, etc.
Il s'agit de prendre la mesure du vaste espace des possibles, en ayant conscience que lorsqu'une parole est osée ou un acte posé, le risque est toujours là d'être incompris. Souvenons-nous que ce jour-là à Jérusalem, parmi les personnes assistant à la scène, il y en avaient aussi qui se moquaient en disant : « Ils sont complètement ivres ! ».
Avancer avec humilité, donc.

Et si, finalement, il s'agissait surtout de laisser venir en laissant place en nous à la confiance ?

Car nous pouvons être confiants : la fidélité de Dieu est d'âge en âge.
L'Eglise sera inspirée, portée dans sa mission par l'Esprit de Dieu, recevant de ce souffle à la fois sa force et son sens.
Elle ne sera pas abandonnée à elle-même à la dérive au milieu des tempètes du monde.
Elle pourra assumer ses responsabilités, sans céder à la peur ni à la fatalité.
Oui, l'Esprit souffle.
Il nous constitue Eglise, aujourd'hui, encore.

Célébrez le Seigneur, car il est bon, et sa fidélité est pour toujours ! (Psaume 118, 1)


Pasteurs Marion Heyl et Emmanuel Rouanet
Eglise protestante unie du Havre - Etretat - Montivilliers

 

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Publié le 29 mai 2020