Sorties de crises !

Je ne sais pas vous ? Mais moi, depuis que je suis né j’entends que le monde est en crise, que telle ou telle institution est en crise, que tel ou tel individu a fait une crise. Bref, nous vivons en permanence entre deux crises, qu’elles soient économiques, politiques, sociétales, médicales ou même climatiques.

 Crise d’urticaire, grande dépression économique des années 30, crise des vocations, crise des Sudètes, blocus de Berlin, crise d’Indochine, crise cardiaque, crise du canal de Suez, crise d’asthme, crise d’Algérie, crise de la baie des cochons et crise des missiles de Cuba, crise d’adolescence, crise de mai 68, crise de la vache folle, chocs pétroliers, crise du chômage, crise du célibat des prêtres, crise des subprimes, crise d’épilepsie, crise d’identité, crises des Balkans et du Moyen Orient, réchauffement climatique… Voilà un inventaire à la Prévert que l’on pourrait poursuivre à l’infini. On entre dans la vie, on entre dans la crise et la mort serait la sortie de crise ? Perspective peu attrayante.

 Et si la vie n’était que crise ? Si la vie était crise ? Si la vie nous apprenait que rien n’est jamais acquis, que tout est instable, que tout est équilibre, incertitude, que rien n’est fini, que la création est en route, que l’ouvrage est à reprendre sans cesse, que le cosmos des anciens, à l’horlogerie immuable, bien réglé et bien huilé n’est qu’ illusion et qu’en réalité nous nageons dans un flou quantique. La crise serait alors la normalité et le calme entre deux tempêtes, un temps de félicité et de richesse, l’oasis où s’arrête pour s’abreuver la caravane éprouvée ? N’est-ce pas ce que nous raconte l’ancien testament à travers cette interminable et extravagante errance du peuple de Dieu, toujours entre deux conflits, entre deux exodes, entre deux persécutions, entre deux crises ? Mais aussi avec ses temps de dialogue et d’alliance avec son Dieu, ses temps d’armistice, ses temps de reconstruction, ses temps de paix, de beauté et de création. Ainsi avance le monde, entre deux précipices, sur le fil du funambule.

 Qui connaît la fin du scénario ? A quand la sortie de crise ? Evitons de prêter l’oreille aux prévisionnistes de tout poil et tâchons de reconstruire le Temple, ici et maintenant, en faisant confiance à la vie, car nous sommes chacun d’entre nous une pierre dans la construction du Temple. Alors, la crise est morte ? Vive la crise !

C’est ainsi que la compagnie « Sketch up » nous a présenté, le samedi 14 février dernier, en plusieurs tableaux plus fantasques les uns que les autres, sa vision de la sortie de crise ; c’est du moins ainsi que j’ai entendu le message.

Daniel Leclerc