En parole(s) et en acte(s) - 1

Depuis le week-end des journées du patrimoine et notre culte de rentrée, une exposition sur Martin Luther King, 50 ans après sa mort, est visible au temple du Havre. Elle retrace la vie et les engagements de cet homme qui, par la foi, a choisi non seulement ses combats (lutte pour les droits civiques des afro-américains, contre les inégalités sociales, contre la guerre au Vietnam...) mais aussi la manière de les mener, choisissant l'action non violente comme seule arme face aux oppresseurs.

MLK et tant d'autres avec lui se sont engagés dans le monde au nom de leur foi, y trouvant les raisons de cet engagement ainsi que la force pour le mener jusqu'au bout. Nombreux sont les hommes et les femmes qui ont ainsi pris des décisions courageuses. Certains se sont opposés aux lois de la nature (ainsi Abraham qui espérait l'enfant que Dieu lui a promis alors qu'il n'y avait plus de raisons d'espérer) ; d’autres se sont opposés aux lois des humains (ainsi ceux qui se sont engagés contre le nazisme en Allemagne, le régime de l'apartheid en Afrique du Sud ou la discrimination raciale aux Etats-Unis). Ils ont choisi de ne placer leur confiance qu'en Dieu et en ce qui leur semblait devoir être fait pour ne pas trahir sa Parole. Ils ont ainsi été convaincus que la foi nous engage, en paroles et en actes, dans le monde dans lequel nous vivons et dont nous sommes responsables. Non pas en baissant les bras et en fermant les yeux, pas non plus en imposant notre vision des choses à tous, mais en façonnant le monde à la dimension de l'Evangile.

Dans son sermon sur la montagne, Jésus dit « heureux les artisans de paix, car ils seront appelés enfants de Dieu ». Un artisan sait qu'il doit faire œuvre de patience, que son
travail est un travail du détail et de longue haleine, qu'il doit d'abord apprendre à connaître le matériel qu'il veut façonner et qu'il ne se laisse pas toujours modeler comme il le voudrait, que son œuvre se construit petit à petit et qu'il faut parfois la laisser reposer et y revenir, qu'il faut parfois aussi défaire ce qu'on a fait pour le refaire autrement et que le résultat n'est jamais parfait. C'est d'ailleurs ce qui lui donne toute sa valeur. Un artisan de paix façonne le monde de cette manière, à travers ses engagements du quotidien, conscient que la paix se construit et ne s'impose pas, que le monde dans lequel nous vivons n'est pas parfait mais que nous pouvons le rendre plus fraternel, plus juste, plus aimant.

Toutefois, ne nous y trompons pas : au nom de la foi, toutes sortes de choses ont été faites et le sont encore. Beaucoup d’Églises ont soutenu aussi bien le nazisme que le régime de l'apartheid, là où d'autres, au nom de la même foi, s'y sont opposés. Alors comment discerner l'engagement dans le monde auquel la foi nous appelle ? C'est une question que nous nous sommes posée avec les jeunes de la paroisse qui ont participé au voyage à Rome à la fin du mois d'août, autour d'un passage de la lettre de Paul aux Romains : « Ne vous conformez pas aux habitudes de ce monde, mais laissez Dieu vous transformer et vous donner une intelligence nouvelle. Vous pourrez alors discerner ce que Dieu veut : ce qui est bien, ce qui lui est agréable et ce qui est parfait » (Ro 12,2).

Marion Heyl, pasteur