prédication Henri Persoz 2015 06

 

Tout est permis, mais tout n’est pas utile

 

I Cor 6,12 : Tout m’est permis, mais tout n’est pas utile

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I Cor 8,1-11 : Pour ce qui est des viandes sacrifiées aux idoles, tous nous possédons la connaissance. La connaissance gonfle, mais l’amour édifie. Si quelqu’un s’imagine connaitre quelque chose, il ne connait pas encore comme il faudrait connaitre. Mais si quelqu’un aime Dieu, Il est connu de lui.

Donc, peut-on manger des viandes sacrifiées aux idoles ? Nous savons qu’il n’y a aucune idole dans le monde et qu’il n’y a d’autre dieu que le Dieu unique……. 

Mais tous n’ont pas la connaissance. Quelques-uns, marqués par leur fréquentation encore récente des idoles, mangent la viande sacrifiée comme si elle était réellement offerte aux idoles et leur conscience qui est faible en est souillée. Ce n’est pas un aliment qui nous rapprochera de Dieu : si nous n’en mangeons pas, nous ne prendrons pas de retard, si nous en mangeons, nous ne serons pas plus avancés. Mais prenez garde que cette liberté-même qui est la vôtre, ne devienne une occasion de chute pour les faibles…….

Et grâce à ta connaissance, le faible périt, ce frère pour lequel Christ est mort.

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Rom 14,1-4  Accueillez celui qui est faible dans la foi, sans critiquer ses scrupules. La foi de l’un lui permet de manger de tout, tandis que la foi de l’autre, par faiblesse ne mange que des légumes. Que celui qui mange ne méprise pas celui qui ne mange  pas et que celui qui ne mange pas ne juge pas celui qui mange car Dieu l’a accueilli. Qui es-tu pour juger un serviteur qui ne t’appartient pas ?

 

Une originalité du christianisme par rapport aux autres religions monothéistes, est qu’il n’oblige à aucune pratique, à aucun rituel. Rien n’est interdit, tout est permis, mais tout n’est pas utile, comme le dit justement l’apôtre Paul.

Cette révolution suivant laquelle la religion ne consiste pas d’abord à suivre un certain nombre de règle de vie, vient évidemment de Jésus lui-même qui s’est battu contre une application trop stricte de la loi, contre des observances trop rigoureuses qui n’avaient pas vraiment de raisons d’être et au contraire empêchaient l’exercice de la compassion. « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat », dit-il d’après l’évangile de Marc. De sorte qu’il est plus important de guérir un aveugle le jour du sabbat que de respecter le sabbat en laissant le pauvre homme avec sa cécité. Il est plus important de secourir un malheureux attaqué par des bandits sur la route de Jérusalem à Jéricho que de s’en  éloigner pour rester pur.

L’apôtre Paul a fait de cette libération  un des points central de sa doctrine.  Les commandements et interdictions de la loi ne sont pas des absolus, mais il faut les considérer avec l’intelligence qui nous permet de voir où est la justice de Dieu. « La lettre tue, mais l’esprit donne la vie »  dit-il dans sa deuxième lettre aux Corinthiens  (3,6). Si bien que vous êtes libres, rien n’est interdit en soi.  C’est l’esprit qui doit vous guider.

(Gal 5,13-14) : Vous frères, c’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement que cette liberté ne donne aucune prise à la chair ! Mais par l’amour mettez-vous au service les une des autres. Car la loi toute entière trouve son accomplissement dans cette unique parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Bien sûr, St Paul, comme plus tard, Luther et Calvin, a eu du mal à  faire comprendre cette liberté nouvelle et à ne pas laisser la porte s’ouvrir à tous les excès. Et par exemple les Corinthiens avaient eu tendance à transformer cette liberté en libertinage : tout serait permis, y compris les pires choses. A plusieurs reprises, dans ses lettres, l’apôtre resserre  les boulons et tente d’expliquer les limites de la liberté du chrétien. Tout est permis, mais tout n’est pas utile. Il prend souvent comme exemple la question de la viande sacrifiée aux idoles.

Dans le judaïsme, comme dans les autres religions du moyen Orient ancien, la viande issue des sacrifices n’était heureusement pas jetée à la poubelle, car elle était trop rare et trop précieuse. Après que la famille et les prêtres se soient servis, elle était en partie distribuée aux pauvres, et le reste vendue à la population.  Les boucheries n’existaient pratiquement pas et la plus grande partie de la viande consommée provenait des sacrifices. Si bien que les rares repas qui  comportaient de la viande revêtaient un aspect religieux. On voyait, à proximité des lieux du sacrifice ou dans les enceintes des temples même, des restaurants offrant cette viande  aux familles ou aux amis qui venaient pour une fête ou pour s’offrir un bon repas. Les juifs qui habitaient Jérusalem ou à proximité pouvaient facilement aller manger cette viande réputée pure car elle provenait du Temple de cette ville qui seul pouvait procéder à des sacrifices. Au contraire les juifs de la Diaspora, et ensuite les chrétiens, précisément ceux auxquels s’adressait Paul, isolés en pays païen, étaient devant un dilemme. Ou bien ils acceptaient de manger de la viande sacrifiée aux idoles païennes, ou bien ils se débrouillaient par eux-mêmes et n’en mangeaient que très rarement et en la payant très cher.

Certains judéo-chrétiens de la diaspora, restés puristes et observants, refusaient cette viande qu’ils considéraient comme idolâtre et pouvaient se choquer que d’autres chrétiens la mangent. Au contraire, les pagano-chrétiens, ceux que Paul appelle les Grecs, la mangeaient avec moins de scrupules, puisqu’ils venaient eux-mêmes du paganisme, et se moquaient des judéo-chrétiens qui n’en mangeaient pas,  l’apôtre, ayant dit que l’on pouvait manger de tout, que rien n’était impur en soi. C’est l’amour disait-il qui est le plein accomplissement de la loi.

Ro 14,3 : Que celui qui mange ne méprise pas celui qui ne mange pas. Et que celui qui ne mange pas ne juge pas celui qui mange, car Dieu l’a accueilli.

Ne jugez pas ceux qui pensent différemment de vous. Ceux qui, en raison de leur conviction, n’ont pas le même comportement. Ceux qui n’usent pas de la liberté de la même façon que vous. Paul emploie deux verbes, juger et mépriser et sous-tend que, dans le jugement que nous portons sur l’autre, il y une teinte de mépris.

L’apôtre emploie souvent les qualificatifs de forts et faibles. Ceux qui ont une foi solide et ceux qui viennent à peine d’entrer dans le christianisme. Mais aussi ceux qui sont sûrs d’eux, qui savent ce qu’il faut faire, qui se portent bien et ceux qui hésitent ou qui ont du mal à vivre.

(I Co 8,9) « Prenez garde que cette liberté même qui est la vôtre ne devienne pas une occasion de chute pour les  faibles….. En blessant leur conscience, c’est contre Christ que vous péchez. »

(Ro 14,14-15) « Rien n’est impur en soi, mais une chose est impure pour celui qui la considère comme telle. Si, en prenant telle nourriture, tu attristes ton frère, tu ne marches plus selon l’amour. »

(Ro 15, 1-2) « C’est un devoir pour nous les forts de porter l’infirmité des faibles et de ne pas rechercher ce qui nous plait. Que chacun de nous cherche à plaire à son prochain, en vue du bien, pour édifier.

Certes il n’y a plus de loi. Certes nous sommes libres d’entreprendre, libres de manger, libres de nous exprimer. Mais  l’amour que nous devons à notre prochain doit passer par un discernement : comment mon comportement sera reçu par l’autre ? Celui qui ne voit pas les choses comme moi, celui qui est choqué par la façon dont j’use de ma liberté. Celle-ci s’arrête lorsque je choque celui qui n’a pas encore ma foi. Le fondement du christianisme consiste à accorder plus d’importance à l’autre qu’à soi-même.

(Ro 14,13 ) Cessons donc de nous juger les uns les autres. Jugez plutôt qu’il ne faut pas être pour un frère cause de chute ou de scandale.

Plutôt que de juger les autres, parce qu’ils ne font pas comme nous, parce qu’ils ne comprennent pas notre façon de vivre, cherchons  à ne pas les scandaliser. Marcher selon l’amour, c’est limiter volontairement sa liberté, dit l’apôtre aux Romains, pour ne pas choquer. Il s’agit bien évidemment de limiter sa propre liberté, et en aucun cas celle de l’autre.

(I Co 8,1-3) Pour ce qui est des viandes sacrifiées aux idoles, tous, c’est entendu, nous possédons la connaissance. La connaissance gonfle, mais l’amour édifie. Si quelqu’un s’imagine connaître quelque chose, il ne connaît pas encore comme il faudrait connaître. Mais si quelqu’un aime Dieu, il est connu de lui…… . Et à cause de ta connaissance, le faible périt, ce frère pour lequel Christ est mort.

Curieusement St Paul fait une tirade contre la connaissance (gnosis), lui qui est plutôt un intellectuel, lui qui est influencé dans sa culture grecque par la gnose naissante. Il me semble que l’apôtre s’oppose ici à la prétention de ceux qui savent et qui croient que parce qu’ils savent ils ont raison ; raison d’utiliser leur liberté en scandalisant ceux qui savent moins. Il ne faut pas que notre connaissance nous amène à des comportements qui ne peuvent pas être compris de ceux qui connaissent d’une autre manière. Celui qui se gonfle de sa connaissance ne peut pas aimer. Seul Dieu connait vraiment et te connait, toi.

Saint Paul, suivant les positions prises déjà par Jésus, a pris ses distances par rapport à la loi. Que reste-t-il de la religion si la loi n’est plus notre manière de comprendre ce que Dieu nous demande ?

La loi est remplacée  par la considération de l’autre. Si, en ayant tel comportement, tu attristes ton frère, tu ne marches plus selon l’amour.

Il est vrai que tel comportement peut attrister certains qui y voient de l’impureté et au contraire satisfaire d’autres qui voient la question sous un autre angle.  Jésus lui-même avait ses adeptes et ses ennemis ; il choquait les pharisiens et autres docteurs de la loi et enthousiasmait les gens ordinaires rencontrés sur sa route. Il était toujours du côté de celui qui souffre, qui est malade, qui est mis à l’écart, du côté du faible comme dirait Paul. Parce que ceux- là sont déjà tristes, et il ne faut pas rajouter de la tristesse à la tristesse.

                                                    Henri Persoz  15/2/2015