Evènements

LES TEMPLES ET LA MÉMOIRE PROTESTANTE

Inauguration de pupitres explicatifs devant les temples de Moncoutant

 

plaque

Au hameau de la Cournolière, commune de Moncoutant, un vaste temple désaffecté domine la route. Les fidèles de l'Église réformée se réunissent aujourd'hui dans le temple édifié à l'entrée nord du bourg. Ces bâtiments sont les témoins d'une histoire mouvementée qui commence bien avant leur construction.

 

Installation de la réforme

Dès le XVIe siècle, les seigneurs protestants de Pugny et de Vaudoré (Saint-Jouin-de-Milly) faisaient célébrer le culte dans leurs châteaux ; c'étaient des "Églises dressées", avec leur consistoire d'anciens, même si elles doivent se partager un pasteur. Il en va de même à La Forêt-sur-Sèvre, vraisemblablement à la même époque, sûrement à partir de 1612 quand Duplessis-Mornay achète le château à un du Bellay, seigneur protestant. Son gendre, Jean de Jaucourt de Villarnoul et ses descendants, restés fidèles au protestantisme, protègent, dans la mesure du possible, leurs coreligionnaires des vexations et injustices qui persistent après l'Édit de Nantes de 1598.

Avec le règne de Louis XIV la situation s'aggrave : sous couvert d'application de l'Edit de Nantes "à la rigueur", il s'agit d'éradiquer le protestantisme. Le culte est d'abord interdit à Pugny et Vaudoré, limité aux membres de la famille à la Forêt ; le pasteur Pierre Thalas, qui continue à prêcher, est emprisonné. En 1685 Moncoutant est durement dragonné à deux reprises, les huguenots abjurent en masse.

Le protestantisme interdit

L'Édit de Nantes est révoqué cette même année ; toute forme de culte est interdite mais les "nouveaux catholiques" refusent les pratiques catholiques. Malgré l'interdiction de quitter le royaume plus de 400 personnes émigrent, confiscations et emprisonnements s'abattent sur les "opiniâtres", 12 hommes sont condamnés aux galères pour avoir tenté d'émigrer ou avoir organisé des assemblées clandestines, le pasteur Élie Coyault est emprisonné 30 ans, avant d'être expulsé. Les nobles ne sont pas épargnés : à la Forêt, parmi les Jaucourt, 4 hommes ont pu sortir du royaume, 9 femmes tentent d'émigrer ; arrêtées, elles sont traînées de prison en couvent, certaines finissent par abjurer, les autres sont expulsées.

Les protestants se concentrent dans les environs immédiats de Moncoutant où les artisans du textile encouragent la résistance. Dès que la persécution diminue l'Église réformée se reconstitue clandestinement. C'est le temps des assemblées "au désert" (loin des habitations), comme en témoigne le "champ du prêche". Elles sont présidées par des pasteurs itinérants ou des prédicants locaux, comme Jean Pérochon, fabricant. En 1747 les gendarmes l'arrêtent mais il est délivré par une "rescousse". En 1751 il est condamné à la pendaison par contumace et un de ses défenseurs est pendu. C'est, en Poitou, la dernière victime d'une exécution judiciaire.

Les protestants adhèrent à la Révolution qui proclame la liberté religieuse ; mais, pendant les guerres de Vendée, menacés à la fois par les républicains et par les insurgés, ils fuient vers le sud du département.

 

L'Église réformée reconnue

Depuis 1802 le protestantisme a une existence légale. En 1806 la communauté construit un temple à la Cournolière, un hameau presque entièrement protestant, sur un terrain offert par la famille Point. Il est saccagé en 1815 pendant les troubles du début de la Restauration. Menaçant ruine, il est remplacé en 1865 par l'édifice actuel.

Comme au temps des persécutions les protestants enterrent leurs morts sur leur propriété, souvent sans autre marque qu'une pierre, jusqu'à ce que les communes de Moncoutant et Saint-Jouin-de-Milly aménagent en 1858, à la Cournolière, près du "champ du prêche", un cimetière protestant, le plus vaste en moyen Poitou.

La communauté est d'abord desservie par le pasteur de Saint-Maixent ; le premier pasteur résident est installé en 1839. Le courant "évangélique" (attachement à la doctrine calviniste, esprit missionnaire) gagne la communauté protestante ; quand un pasteur"ultra-libéral" (rationaliste) est nommé, des familles influentes se séparent et fondent l'Église évangélique libre, c'est-à-dire indépendante de l'État. Un temple et un presbytère sont construits en 1885, à la lisière du bourg de Moncoutant, sur un terrain offert par la famille Dubé. Le foyer des Unions chrétiennes (actuellement maison pour Tous) est inauguré en 1902 et agrandi en 1955.

Les deux Églises protestantes se réunissent de fait, en 1938, au sein de l'Église réformée de France.

L'Église réformée de 1938 à nos jours

 

Les années de guerre

Extérieurement l'occupation n'a pas changé la vie d'une paroisse riche de ses mouvements de jeunesse et de ses activités variées. Cependant Roland de Pury, pasteur de 1934 à 1938, avait alerté ses paroissiens sur les horreurs du nazisme ; paroissiens et pasteurs- Théo Riébel puis Georges Casalis de 1943 à 1945 – s'impliquent dans la résistance. De nombvreux Juifs, surtout des enfants, sont cachés dans les villages, pas un requis du STO ne part en Allemagne, certains s'engagent dans la résistance armée. Les paysans envoient force ravitaillement à la Cimade et à denombreuses familles.

En octobre 1945, l'Eglise Réformée de France charge Georges Casalis d'une mission de réconciliation en Allemagne occupée; elle répond à une double demande, celle du gouvernement français et celle du conseil œcuménique, il ne reviendra pas à Moncoutant.

L'Église dans une société en rapide transformation

La paix revenue, l'Église ne retrouve pas la situation d'avant guerre.

Tandis que le nombre des pratiquants s'effondre elle se recentre peu à peu sur son rôle cultuel, concurrencée par la société laïque dans ses activités culturelles.

Le temps où le protestantisme était soutenu, voire imposé, par les nobles et les marchands- fabricants, dominant la vie économique, est bien oublié. La résistance d'une population paysanne à un siècle de persécution fait toujours la fierté des protestants, mais cela fait près de deux siècles que l'Eglise s'est reconstituée officiellement. Elle a pu se sentir, sinon conquérante, du moins solide en dépit de ses querelles internes, mais depuis cinquante ans, minoritaire dans une société qui change de plus en plus vite et se déchristianise, elle se rend compte que le protes­tantisme n'est pas un héritage qui se transmet automatiquement de génération en génération. Dans l'incertitude elle cherche comment témoigner de sa foi ici et maintenant. (°°°°)

Le temple de la Cournolière est désaffecté en 1978.

Des descendants de la famille Point souhaitaient qu'un pupitre rappelle l'histoire de ce temple. La municipalité de Moncoutant proposait alors un pupitre explicatif pour chacun des temples. Le 7 juillet 2012 ces pupitres étaient inaugurés en présence du maire, Philippe Mouiller, et du pasteur, Michel Clément. Le maire, qui a parlé d'une "inauguration de cœur", a insisté sur l'importance de connaître son passé pour mieux vivre son présent et sur la nécessaire liberté de culte, de tous les cultes.

Pourquoi- progressivement- des pupitres historiques ne seraient ils pas placés devant les temples désaffectés?

Hélène et Jean Micheneau