Une nouvelle convertie à Carcassonne

À côté de tant d'autres “MARIE DURAND” dans les prisons de France, une nouvelle convertie à Carcassonne.

Fut-elle conduite à la position catholique majoritaire en France parce qu’elle était au service de la famille de Bellissen à Carcassonne ? Les Belissen avaient d’ailleurs été tentés par le protestantisme deux siècles auparavant et par le catharisme au moyen âge. Ou bien fut elle placée chez eux parce qu’ayant accepté quelque compromission.. ?

J’ai rencontré Michel Mallabiau lors d’une conférence donnée au Temple de Carcassonne sur l’histoire des cévennes et des camisards. «J'aimerais vous voir, mais pas d’un point de vue religieux» m’avait-il dit. Celui-ci, catholique de naissance et non pratiquant ne s’intéresse pas aux questions théologiques ou spirituelles : «mais plus à l’histoire du Gard protestant du point de vue sociologique, je viens de découvrir que je descends d’une huguenote qui a dû abjurer sa Religion Prétendue Réformée ici à la cité»..

Il me parle de cette Marguerite Giran, fille d’Abraham Giran et de Louise Pailler de Beauvoisin , dont il trouva la publication du mariage avec Louis Bérail, son ancêtre aussi, le 25 novembre 1704 dans l’église de Grèzes proche d’Herminis à l’ouest de Carcassonne et son mariage dans l’ancienne église de Saint Sernin de la cité. Étaient présents : «Noble de Bélissen chez qui la dite Giran était servente et le Seigneur de Murat qui était chargé de la conduite des nouvelles converties qui sont dans cette ville et du nombre desquelles étoit la dite Giran »… Je pense tout de suite aux nombreux prisonniers et prisonnières protestants enfermés à Perpignan et Carcassonne lors du brûlement des Cévennes… 611 prisonniers et prisonnières protestants arrivent en 1703 à Perpignan au Castillet et aux casernes Saint Jaume et porte d’Elne. Trois ans après, le chiffre dépasse les 1300 avec le tiers de l’effectif qui décède. Selon Antoine Court 250 prisonnières ont été acheminées, à pied et enchainées, aux prisons de la cité de Carcassonne. Parmi une liste de 48 femmes identifiées à l’occasion de leur transfert des prisons de Perpignan à Carcassonne en octobre 1705 se trouve une Isabeau Giran de Beauvoisin .. Parmi les 70 prisonnières protestantes de la cité de Carcassonne de novembre 1712 se trouve une Elizabeth Giran de Beauvoisin âgée de 26 ans faite prisonnière en avril 1702….

Michel Mallabiau a trouvé qu’une Marguerite Giran, avec deux autre femmes, se retrouve lors d’une condamnation en juin 1702 suite à une Assemblée dans la région de Nîmes « à la Combe Niguere», «battues jusqu’à effusion de sang et bannies à vie »… Ne seraient-elles pas parties tout de suite après l’exécution de la sentence ! Sans doute est-ce celle qui abjura à Saint Sernin de Carcassonne. Michel Mallabiau cherchera confirmation dans les archives judicaires du Gard. Il attend qu’elles soient à nouveau disponible aux archives départementales du Gard. Son ancêtre est-elle la même que celle du procès de 1702 ? La famille « Berail-Giran » deviendra au fil du temps, par les unions des ancêtres de Michel, famille «Guittard», puis «Dupont», et enfin «Mallabiau» en 1779. Tant l’origine huguenote de la famille que l’abjuration de future mariée furent évidement par la suite oubliées.

Je félicite le carcassonnais pour ses recherches généalogiques et lui précise qu’il est très rare de trouver des descendants directs des victimes huguenots ou huguenotes du XVIIIe siècle. Si nous pouvons retrouver nos patronymes sur les listes du musée du Désert ou de la tour de Constance (lieux plus connus pour cette histoire que Perpignan ou Carcassonne) cela concerne souvent les oncles ou tantes de nos ancêtres résistants clandestins. Marie Durand à Aigues Mortes n’a pas eu d’enfant. Marguerite Giran, à Carcassonne, si .. !

Michel Jas Le Cep octobre 2012

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