Des nouvelles du village de Kiliba

C’est un bonheur pour moi de vous retrouver après quelques semaines estivales. J’ai eu l’honneur d’être invitée à partager la vie des habitants du village de Kiliba pendant 3 semaines, de la mi juin à la mi juillet 2015. Vous qui lisez ce texte avez peut-être participé déjà à ces voyages qui sont effectués chaque année depuis 2002.  Ceci nous permet de contribuer à des projets ponctuels ET/OU dans la durée. Nous pouvons ainsi effectuer un suivi, participer au « service après vente », et même analyser la pertinence de ces projets car nous connaissons personnellement les personnes avec qui nous travaillons. Travail très enrichissant qui nous impose  beaucoup d’humilité.

Merci à mes hôtes de m’avoir accueillie chaleureusement. D’abord le Président de l’Eglise et ses pasteurs, le docteur J.Paul Buseni médecin de l’hôpital qui a bien voulu me recevoir chez lui, à tous les paroissiens et villageois. Une mention particulière pour le pasteur Philémon Lubungo Mudeba, secrétaire de la paroisse qui s’est rendu disponible pour que nous puissions ensemble collaborer aux actions présentes et à venir. Merci pour sa compétence et sa disponibilité. Ma mission consistait à faire un point sur les projets entrepris  par l’association « les amis de Kiliba » pour 2015, connaître ceux initiés par l’Eglise et partager notre foi commune.

Pour comprendre la situation actuelle du village, il faut donner quelques informations sur le contexte politique et climatique actuel :

Depuis quelques semaines, plusieurs dizaines de milliers de Burundais ont fui leur pays à cause de problèmes politiques. Ils se sont retrouvés à Uvira (10 km de Kiliba) et dans la plaine de la Ruzizi. La région ne pouvant les recevoir, un camp de réfugiés a été ouvert à plusieurs dizaines de kilomètres de là. Cela a réveillé le climat d’instabilité de la guerre encore tout proche dans les têtes.

En janvier de cette année, un ouragan s’est abattu sur le village et la région. Des ponts ont été emportés. Les communications sont devenues encore plus difficiles que d’habitude. Beaucoup de maisons se sont écroulées avec des centaines de gens à reloger. La plupart des écoles ont été endommagées ou inutilisables. Les rues du village se sont transformées en  grandes ornières. Les canalisations étant cassées, il a fallu aller chercher l’eau à la rivière qui,  devenue impropre à la consommation, a entraîné des cas mortels de choléra ainsi que beaucoup de typhoïdes. Il y a eu un grand élan de solidarité. Par exemple, les classes endommagées ont retrouvé leurs toits, fabriqués par les élèves et leurs parents à partir de bois coupé dans la forêt. Il reste une dizaine de classes à moitié construites qu’il faut mettre hors d’eau avant la grande saison des pluies. Il manque par exemple 300 tôles à 10 $ pièce sans compter les huisseries.

Pourtant, grâce à la dignité, le courage, la persévérance et la foi des villageois, la vie à Kiliba réserve aussi de grands bonheurs.

Les trois  projets phare 2015 de notre association ont été exécutés :

            Le docteur François ophtalmologiste dont certains d’entre vous ont participé à la bourse d’étude est devenu opérationnel et travaille à Bukavu et 2 jours par semaine se rend à l’hôpital de Kiliba.

Les élèves du Minerval (les boursières) ont grandi. Certaines se sont même mariées. Vous verrez sur la photo qu’elles ont l’air heureuses. Trois d’entre elles ont été classées premières de leur classe au lycée. Les résultats sont particulièrement bons. Elles deviennent autonomes. Elles apprennent à confectionner des beignets pour les vendre et payer ainsi une partie des frais scolaires. D’autres nouvelles jeunes filles remplaceront celles qui auront terminé leurs études secondaires.

            J’ai eu la joie de participer à l’achat d’un champ pour les veuves de Kiliba. Ce champ d’un demi- hectare,  placé près de la route, est irrigué. Il permettra d’effectuer trois récoltes de maraîchage par an.

Nous avons partagé des temps forts :

Autour de l’étude biblique des premiers chapitres de la Genèse à partir du livre du pasteur A. Nouis « L’aujourd’hui de la création. » En particulier réflexion sur le temps, sur le couple…)

Autour de la journée des femmes où après une prédication sur la Samaritaine (Jean 4) nous avons ensemble commenté les versets 28 et 29 (La femme laissa sa cruche et retourna à la ville…).  Puis les 400 femmes présentes ont établi par groupe de 20, quels étaient les 5 projets les plus urgents à entreprendre pour que leurs vies soient améliorées. (Je vous en parlerai une autre fois).

Autour de l’hôpital dont la qualité ne cesse de s’améliorer. De la mutuelle de santé qui se met en place.

Autour de la fin du travail de traduction de l’Ancien Testament en kifuliiru (langue maternelle)  pour la fin de cette année. Ainsi les personnes qui ne parlent que cette langue pourront accéder à l’ensemble de la Bible et pourront transmettre son enseignement à tout leur entourage.

Pour toutes les familles où j’ai été invitée et avec qui j’ai pu partager la joie ou la peine.

Pour ce partage du « feuilleton Kiliba ». Les habitants ont été émus par ce récit qui relate leur vie et leur permet de se faire connaître par delà les frontières.

Pour cette information qui vient de me parvenir : reconstruction de la route principale Bukavu – Uvira qui permettra le transport aisé des hommes et des marchandises en reliant le Nord et le Sud de la région du Sud Kivu.

Bonne rentrée à tous.

 

Martine Durand, Association « Les amis de Kiliba »