L'Eglise : évènement communautaire

Conférence par Corinne Lanoir, professeur d'Ancien Testament à l'Institut Protestant de Théologie de Paris

Ceci est davantage un document de travail destiné à donner des pistes de réflexion qu'une conférence personnelle. J'ai en effet repris en le résumant dans la première partie un chapitre d'une série de conférences données par André Gounelle lors de week-ends à Pomerol en 2005/6 et visitable sur le site de la communauté de Pomeyrol ; j'utilise aussi les réflexions de Raphaël Picon et des travaux  de Ricœur sur penser l'église et le langage de la communauté ecclésiale qu'on peut retrouver dans l'ouvrage : Plaidoyer pour l'utopie ecclésiale, P. Ricœur , Labor et Fides 2O16) ; cf. aussi Paul Ricœur et le langage de la communauté ecclésiale, par Olivier Abel  https://www.leforumderegardsprotestants.fr/paul-ricoeur-et-le-langage-de-la-communaute-ecclesiale/

 

I) De quoi parlons-nous ?

 

1) Une église c'est quoi ?

 

je reprends ici un enseignement d'André Gounelle (session à Pomeyrol 2006 voir le lien : www.pomeyrol.com/l-esprit-du-protestantisme-gounelle.htm ) où il indique qu'on peut définir l'église

- soit par ses ministères et ses structures (les évêques sont dépositaires et garants de l'ecclésialité) (les autres communautés de croyants, qui ont rompu la succession apostolique, ne sont pas des Eglises) la question est : où sont les ministres légitimes ?

- soit par ses membres, la communauté, la fidélité, sincérité et consécration de ses membres; soucieuse de la sainteté des membres de la communauté (réforme radicale, anabaptistes, mennonites) la question est: où rencontre-t-on les authentiques croyants? Eglise = communauté des fidèles.

- soit par l'annonce de la Parole, à travers la prédication et les sacrements. (luthero-réformée);

"l'Eglise n'est pas principalement une institution, une société ou un peuple. Elle est d'abord un évènement, chaque fois que l'évangile est annoncé et reçu. L'Eglise n'est ni un clergé ni un peuple. Elle est un évènement qui regroupe des gens, l'évènement de la prédication de la parole de Dieu., c'est un moyen, pas un but.

La communauté ecclésiale est un mélange de tout, avec du bon et du mauvais, du bon grain et de l'ivraie, elle ne se définit pas par la qualité de ses membres mais par l'action de Dieu qui vient.

"l'Eglise se définit par l'annonce de l'Evangile et non par la personne qui l'annonce".

Peu importe qui prêche et distribue les sacrements pourvu qu'il/elle le fasse fidèlement.

la question est: où annonce-t-on l'Evangile ?

 

Importance du culte de la communauté locale ; l'église surgit quand des gens se réunissent pour écouter la parole de Dieu. Les autorités répondent à des besoins pratiques, pas théologiques.

 

2) comment ça marche ?

Quelles sont les règles d'organisation communautaires ?

là encore et toujours selon A Gounelle, 3 modèles :

- revenir aux structures de l'église primitive (réforme radicale) même règles, mêmes structures, mêmes pratiques ; restituer la situation d'origine

 

- prolonger, perpétuer un modèle biblique, (idéal catholique) justifier ce qu'on est/fait comme découlant directement du modèle biblique, dans sa tradition.

dans les deux cas, être en conformité avec le christianisme primitif.

 

- les structures des premières communautés dépendent en partie au moins de leur contexte, des circonstances et du milieu où elles ont été créées. Il faudra donc les modifier quand on change de contexte ; il y a plusieurs organisations possibles en fonction des situations et on cherche ce qui peux fonctionner le mieux (politique plutôt que théologique).

 

Ces différents modèles vont par exemple donner  différentes positions sur l'égalité d'accès ou non des hommes et des femmes aux ministères d'enseignement et de direction : non envisageable dans les cas 1 et 2.

 

 

3) A quoi ça sert ?

 

là aussi trois grands courants, qui traversent les confessions:

 

- gérer le sacré, nous rendre présent le divin (rites, lieux de prières, sacrements); église médiatrice, elle met en relation avec Dieu; cette conception implique une séparation entre monde profane et monde sacré; son domaine n'est pas le monde profane

 

- église comme lieu de vie communautaire; lieu de partage entre frères et sœurs dont on attend qu'ils s'engagent dans ses activités internes (totalisantes); église confessante; problème dans une situation de dissémination.

 

-église instrument d'action pour transformer le monde

soit pour convertir le monde par l'évangélisation

soit ferment  pour transformer la société (lutte contre l'injustice, les situations intolérables...

 

Une autre réponse (luthéro-réformée)

Si l'Eglise est d'abord un évènement et pas une institution, elle cherche à créer les conditions pour que cet évènement se produise (temps et lieu d'écoute de la Parole);

mais elle n'est pas le seul lieu où cette Parole peut se faire entendre; et sa prédication n'est pas toujours porteuse de la Parole de Dieu.

Elle ne représente qu'un des temps de la vie chrétienne : "il faut se garder de cet impérialisme ecclésiastique qui voudrait absorber et régenter toute la vie chrétienne" (Gounelle) ; nos existences relèvent entièrement de Dieu mais pas de l'Eglise...

Tommy Fallot, un des pionniers du christianisme social écrit :

"Des chrétiens peuvent s'unir pour hâter de diverses manières le triomphe de la solidarité, sans que leur association puisse prétendre au titre d'Eglise. C'est le fait d'avoir recours à certains moyens de préférence à tous les autres qui constituent l'Eglise : ces moyens sont la prédication de la parole et les sacrements."

 

 

II D'autres figures (vétérotestamentaires) de la communauté

 

Je passerai maintenant à quelques textes bibliques, non pas pour aller y chercher un modèle à appliquer mais plutôt comme des miroirs qui nous renvoient des réalités tout aussi compliquées que les nôtres ; ces textes peuvent alors être un héritage précieux de mémoires, d'expériences qui viennent nourrir, éclairer, interroger nos pratiques.

. La grande interrogation qui traverse l'Ancien Testament est comment reconstruire la communauté après la catastrophe et le choc identitaire de l'Exil à Babylone quand Israël conquis y voit partir roi, richesses et élites. Cette interrogation se lit dans les récits réécrits à cette époque.

c'est l'exil qui remodèle tout et implique de tout repenser et reconstruire avec des options différentes.  

 

1) Babel, premier évènement communautaire

 

Un texte sans cesse à reprendre sur cette question est celui de la tour de Babel, une tour construite pour accéder à Dieu finalement abandonnée pour laisser place à une porte. les constructions les édifices, les bâtiments, ça ça fait couler beaucoup de salive et d'encre dans nos communautés ! Vous connaissez le jeu du portrait chinois : si j’étais (moi communauté) un élément architectural, je serais…Quels sont les rêves de construction des communautés d’aujourd’hui ? On a eu dans les années 60-70 une floraison de centres de recherche et de rencontres pleins de vitalité et de toute l’histoire de leur amour et désamour avec les paroisses (CPO, centre 8, Villemétrie, centre de Glay, mais on peut aussi parler du projet d’Agape et de Riesi en Italie avec Tulio Vinaï, pasteur et sénateur communiste, le centre Valdivieso à Managua, à d’autres lieux liés aux communautés de base etc.). Aujourd’hui la situation a changé. A Managua les communautés de base n’ont plus de lieux très visibles et on voit plutôt éclore les immenses églises des mormons, toutes exactement bâties sur le même modèle, avec un inévitable terrain de basket au même endroit dans la cour, complètement vides encore mais prêtes pour le jour où les nations afflueront en nombre, (ecclésiologie-fiction !) les cinémas racheté par les églises néo-pentecôtistes pour en faire des « salons du royaume », les hangars loués dans les périphéries des villes industrielles du nord-est de l’Italie ou de Naples qui sont les seuls lieux assez grands pour contenir les assemblées nombreuses d’églises ethniques pentecôtistes qui prêchent la théologie de la prospérité, mais qui parfois s’écroulent sur leurs occupants à cause de l’inadéquation du local avec son usage.

On pourrait donc aussi prendre la question par le lieu : où faire communauté ? en remarquant que le problème premier à Babel a justement été celui de s’arrêter pour construire le projet de la ville et de la tour, un projet vertical, et que le récit se termine par une remise en route, un redescendre sur terre et une diffusion à ses quatre coins, un projet horizontal.

Le récit de Babel nous renvoie sans cesse et dans toute situation à la question du comment se comprendre à tous les sens de cette expression, pas seulement la question du langage mais celle du comment être ensemble, quoi faire ensemble ? L’interprétation de Babel oscille toujours entre deux pôles : celui du regret de la perte d’un âge d’or (perdu par orgueil) et avec lui d’une Rationalité englobante qui donnerait à la fois un sens individuel et collectif (un sens commun...)  et celui du rejet d’une unicité totalisante et totalitaire qui n’amène qu’à revivre l’esclavage quand l’utopie devient monomaniaque. L'humanité de Babel se donne pour tâche de construire des briques, ce qui est le travail des esclaves hébreux en Egypte...

Les auteurs probables de ce texte, sans doute fascinés par ce qu’ils ont vu de l’empire babylonien alors qu’ils y sont emmenés en exil entre 587 et 539 avant notre ère, utilisent les images de qui les entourent (les zigourat) ou leur souvenir plus tard pour dire ce qu’ils comprennent de leur présence au monde et ce qu’il faut avoir à l’esprit au moment de la refondation de la communauté après le choc de l’exil.

Ils nous laissent donc, en l’état cette construction inachevée et abandonnée pour revenir au monde autrement et reprendre cette question de où et comment vivre la tension entre une humanité disloquée et la singularisation des destins personnels.

 

On pourrait aussi reprendre dans cette réflexion la première mention du peuple en Ex 3 (MoÏse au buisson ardent) ; ce peuple naît d'un évènement, de l'irruption d'un dieu au nom inidentifiable (c'est plutôt un verbe à un temps hébreu qui dit que les choses ne sont pas faites, accomplies ) avec un jeune gars à la double culture, un peu bégayant dans sa double culture, pas très convaincu du rôle qu'il a à jouer. Tout marche ensemble : un dieu se révèle, un prophète reçoit une vocation et un peuple naît. Et tout reste à construire, rien n'est établi une fois pour toutes.

 

2) Esaie : 3 projets de communautés

 

Il y a un gros livre dans la série des prophètes, c’est le livre d’Isaïe ; on sait depuis longtemps qu’en fait ce n’est pas un livre mais trois livres différents écrits à des moments différents par des auteurs différents (Premier livre 1-39 sous les derniers rois de Juda/ deuxième livre au temps de l'exil après 587 : 40-54 / troisième livre au moment du retour d'exil, vers 537-520 : 55-66). Mais on n’a jamais les différents morceaux séparément, on a toujours pris tout ensemble, édité les trois en un seul livre. C’est un livre qui est en lui-même une communauté, où il y a échange de points de vue (cf. l’étymologie du mot communauté avec le vieux mot latin munus : Dans le système romain, munus, c’est une charge de représentation qui fonctionne avec des échanges de cadeaux entre ceux qui confient une charge à quelqu’un et ce que ce quelqu’un leur « doit » en retour , en particulier des jeux de gladiateurs) .

Donc les livres d'Esaïe se commentent entre eux, on voit comment l’auteur du deuxième discute ou fait des propositions différentes de celui du premier livre et pareil pour le troisième qui fait ses propositions distinctes de celles des deux premiers mais en les relisant, ce ne sont pas des simples juxtapositions.

Et une des grosses discussions, qui nous intéresse justement beaucoup, c’est quel type de communauté on projette pour le peuple d’Israël.

Dans le premier Esaïe, qui s’élabore au moment de la fin de la monarchie, et qui se continue au début de l’exil, au moment où le peuple est emmené en déportation par les Babyloniens, on espère qu’on va perpétuer la communauté sur la tradition de David, le roi mythique. On reprend la tradition en disant que ce qu’on avait avant, au début, c’était mieux et que c’est ça qu’il faut retrouver ; il ne faut pas oublier qu’on est dans un monde où on ne pense que monarchie, c’est le seul modèle politique pratiqué à cette époque dans la région.

 

Dans le deuxième Esaïe, qui arrive un peu plus tard, comme produit des exilés qui rêvent du retour, on a le même espoir de reconstitution de la communauté mais indépendamment du trône de David. Ils continuent à idéaliser Sion, le lieu mythique d’origine, la résidence du dieu ethnique, le projet idéal de monarchie centré sur Jérusalem, mais sans David auquel ceux-là ne croient plus.

 

Dans le troisième Esaïe on a un autre espoir ; il y a toujours un espoir de reconstruction de la communauté appelée « Israël/Jacob », qui prend en compte les traditions différentes au Nord et au Sud. On y parle toujours de Sion, mais c’est une autre vision de Sion : c’est une Sion éternelle, universelle, des nations, « internationale ».

Il n’y a plus de rois et plus d’ethnie ; c’est assez tentant dit comme ça mais il faut aussi toujours prendre en compte les différences de contexte car leur proposition contient aussi quelque chose à quoi on ne va pas forcément adhérer : leur projet est celui d’une théocratie, où c’est Dieu qui règne sur la communauté, où il n’y a pas de différence entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux ; c'est donc un "modèle" qui pose aussi question...

 

 

3) On pourrait encore évoquer le débat ouvert par le livre de Ruth:

 

Ce récit raconte comment une femme moabite, "extra-communautaire", originaire d'un peuple détesté devient la grand-mère du roi David... Cela permet aux contemporains de ceux qui l’écrivent dans la dure période du retour d’exil, de mettre en route un processus de transformation positive de conflit dans une société divisée et polarisée sur la question de l’intégration des femmes étrangères, refusée par certains. Faire arriver Ruth au cœur de la généalogie du grand roi David, c’est proposer une histoire qui fait changer la vision de l’identité, qui questionne les lois et remet en mouvement tous les lecteurs, sans anathèmes ni malédiction.

Parce que des malédictions il y en a : Esdras et ses amis ont décidé, sur la base de leurs traditions qu’il faillait reconstruire une communauté de "purs" sans mélange parce que le mélange porte au chaos et que donc il fallait renvoyer les femmes étrangères qui amènent avec elles toutes sortes de coutumes différentes et éduquent les enfants selon d’autres règles...

 

Donc, Il n'y a pas dans la Bible de modèle de communauté directement applicable, mais ce qu’on peut retenir, c’est le geste du débat, du besoin de reformuler sans cesse ce qu’on cherche, ce qu’on a trouvé, ce qu’il faut changer, sa lecture du présent et sa vision d’avenir.

 

 

III l'église : un évènement de la parole

 En hébreu c'est un peu redondant puisque parole et évènement c'est le même mot et c'est donc une réalité qui s'ancre dans l'histoire.

 

1) "des Eglises pour l'essentiel"

 

J'aimerais ici relire avec vous un texte de Raphaël Picon, regretté collègue trop tôt disparu, dans l'ouvrage posthume qui vient de sortir : Un Dieu insoumis, Labor et Fides, 2017; c'est un extrait du texte qui s'intitule "Des Eglises pour l'essentiel", p 117-118 : 

 

Des Eglises, il faut s'en affranchir dès qu'elles se prennent pour l'Evangile et prennent notre place! Animé par la prédication sulfureuse de Jésus, le christianisme porte en lui-même un souffle libérateur qui relativise toute religion. C'est cette prédication et la Bible qui en ouvre l'accès qui deviennent alors centrales. Cette Bible est lue, commentée et discutée dans les jeux d'ombre et de lumière de l'existence humaine, de l'actualité du monde, des sciences, des arts et des techniques.

Les Eglises sont nécessaires, mais pour enseigner ce qui les rend d'emblée relatives et secondes : l'Evangile qui les fonde et les anime. On ne veut pas des églises qu'elles pensent à notre place, car les Eglises, c'est nous ! C'est à nous de prêcher le salut de tous, de faire ainsi Eglise, pour que chacun puisse se faire confiance et penser par lui-même ! Aux Eglises, à nous, de confesser que le Christ est un appel à transfigurer le monde, pour nous apprendre à résister aux négativités de l'histoire ! Oui, nous voulons des Eglises qu'elles ne s'engagent pas à notre place, mais qu'elles nous recentrent sur l'essentiel : un Evangile qui nous convoque, nous appelle et nous donne la parole !

Il n'y a pas grand-chose à rajouter ! Mais j'ajouterais ici quelques réflexions de Paul Ricoeur.

 

2) La constitution de la communauté (ecclésiale) est d’abord langagière

 

C’est la parole/les paroles qui fondent la communauté

Mais le langage, c’est compliqué, on ne se comprend pas forcément quand on se parle, et on peut faire des choses très différentes avec le langage (cf campagnes électorales)

Ricoeur distingue trois états du langage

       -    La traduction : proposer des mixtes, des traversées

 

Le langage de la communauté ecclésiale n'est pas un "instrument de com", un moyen, une technique de communication pour vendre des produits consommables

Le langage est un champ de bataille.

Il inclut aussi la dimension de la fragilité et de la prophétie.

Une église est un évènement où on raconte.

Raconter, se raconter, construire des parcours, pas « la version officielle ; Il s'agit de transformer les destins en destinations en se racontant des histoires. Des histoires qui deviennent des itinéraires et ce sont ces itinéraires qui deviennent nos identités, comme lorsqu'en Dt 26 on demande à chacun de raconter à ses enfants la sortie d'Egypte comme son histoire de vie à raconter pour que d'autres l'écoutent et se l'approprient dans leur itinéraire.

 

3)La fonction utopique de la communauté

 

Comment fonctionnent aujourd’hui les « utopies » ?

« L’utopie ici n’est pas une échappée hors du monde, mais c’est ce qui nous emmène ailleurs et nous fait revenir au monde autrement ».

l’utopie, c’est l’écart entre l’espérance et la tradition. C’est comment on raconte nos églises, ce qu’on est ; nos récits sont des récits épiques c’est une communauté en partie imaginée. L’utopie, c’est ce qui empêche notre horizon de fusionner, de se confondre avec le déroulement de notre expérience ; ça permet de résister au rétrécissement de notre espace d’expérience et peut-être aussi de ne pas céder au découragement.

Ricoeur dit aussi que la religion est une langue dans laquelle on est né. Aujourd'hui cette affirmation mériterait d'être reprise :

La religion est-elle encore une langue dans laquelle on est né ?

 

Pour conclure, je commencerai par une citation de Ricoeur:

"Pour chaque croyant, l'appartenance à une communauté d'écoute et d'interprétation reste un hasard transformé en destin à travers un choix raisonné poursuivi tout au long d'une vie".

 

Dans l'évènement, il y a l'histoire ; comment l'histoire a-t-elle une place dans nos traditions ? Que signifie être des héritiers, revisiter, dépoussiérer et non s'accrocher à nos traditions ? Une église évènement signifie penser que notre héritage n'est pas notre seul avenir

Notre présent est fait aussi de dettes et d'héritages par rapport à notre passé ; travaillons sur la complexité de ce passé pour que notre présent ne soit pas juste dans l'immédiateté et l'émotion, et pour que nous sachions d'où nous venons; pour pouvoir vivre une identité plurielle assumée et non subie, construire des vrais lieux de débats et d'expérimentations. cela permettra de ne pas tout niveler et de transformer l'anecdotique en projet, en expérience sur laquelle réfléchir. C'est cela le geste de transformer le destin en destination en se racontant des histoires.

Et dans l'évènement il y a la construction, fragile, sans cesse à reprendre, parfois à défaire. En hébreu les commentateurs font beaucoup de jeux de mots entre être fils et être bâtisseurs car ces deux mots sont presque semblables ; être des fils et des bâtisseurs: héritage et construction

C'est Hannah Arendtqui dit que  les hommes ne sont pas nés pour mourir mais pour inventer...

Pour construire, il faut retrouver le désir les uns des autres.

Une des grandes chances aujourd’hui de nos églises c’est que c’est un des rares endroits publics et collectif où l’on n’a pas besoin de papiers, de passeport, de carte de séjour pour exister et être reconnu ; c’est une chance à ne pas rater pour entendre un Evangile qui nous convoque, nous appelle et nous donne la parole !

Nous ne sommes finalement que des appelés, tout ce que nous avons reçu, c'est une vocation!

 

Corinne Lanoir