Message du président. Décembre 2016

Chers amis,

Elle peut faire polémique et pourtant elle est installée çà et là…

                Naturellement on la trouve dans des lieux où la communauté chrétienne se rassemble pour écouter la Parole et chanter sa joie, pour prier et prendre le temps de se ressourcer.

                Mais elle apparaît aussi dans les vitrines, sur des publicités car elle fait partie de la tradition, pas besoin de l’expliquer, croit-on, pour en décoder le message tant l’image semble évidente.

Et pourtant sait-on toujours lire le message de la crèche ?

                Ils sont multiples les regards posés sur la crèche, chacun y voit ce qu’il peut, parfois ce qu’il veut. On s’arrête au superficiel, on y projette toute sa théologie, un brin de légende, un soupçon d’image d’Epinal, au final on arrive toujours à un beau tableau à contempler à tout âge.

                On y retrouve des personnages, des animaux et des objets plus ou moins nombreux certes mais il y a un minimum nécessaire pour définir au temps de Noël, une crèche.

 

Un nouveau-né, Marie, Joseph, un berger et trois mages d’Orient !

                Là se concentre toute l’Humanité, la fragilité de la vie, la responsabilité d’accompagner la vie, la nécessité de prendre soin et de guider la vie, la richesse d’élargir l’espace de la vie. Des personnages qui disent l’ici et le là-bas. Des personnages qui sont là en présence les uns des autres parce qu’un Autre les a rassemblé en ce lieu. Des personnages qui vivent non pour eux et par eux mais parce qu’appelés et interpellés à vivre cet instant de grâce. Des vies en mode « pause » après et vers un mouvement de vie !

                A Noël nous sommes invités à faire la pause, rassemblés par celui qui est Parole faite chair.

 

Un bœuf, un âne et des moutons !

                Là se dit comme en parabole le monde du travail. Le bœuf tirant la charrue et traçant les sillons aux champs. L’âne chargé des produits récoltés destinés à la vente au marché. Les moutons symboles du pastoralisme. Bien sûr cela n’est pas limitatif comme regard posé sur les animaux de la crèche mais ils disent en partie l’activité de l’homme au sein même des projets de société et de travail au cœur de la création.

                A Noël nous sommes invités à redécouvrir la complémentarité de tous et de tout, au service des projets qui élèvent l’Homme en lui gardant les pieds sur Terre !

 

De la paille, une mangeoire, la houlette d’un berger, un coffret d’or, un bâton d’encens et

une fiole de myrrhe !

                Là se retrouvent la richesse et la pauvreté de l’existence, là se manifestent le provisoire de l’instant et les prémices de l’éternité, là se découvrent le disponible du quotidien de l’étable et celui de l’offrande des mains en adoration. Présence de précarité, la paille dans une étable pour poser la vie ! Présence de l’opulence des palais au creux des mains des mages venus d’ailleurs offrant leurs présents à la vie !

                A Noël nous sommes interrogés sur ce que nous apportons sachant que tout a un prix, que tout trouve sa place.

 

Mais ces personnages, ces animaux, ces objets sont-ils l’essentiel ?

Pour la tradition peut-être, pour le message partagé sûrement pas.

                A Noël, la crèche est dressée chaque fois que se côtoient en harmonie les hommes et les choses dans leur diversité, la création dans son intégralité, alors que tout est paisible, apaisé par le regard bienveillant du Père sur ce tableau d’Humanité réconciliée. La crèche est dressée  chaque fois que tout est Bonne Nouvelle incarnée grâce au souffle de l’Esprit, que tout est promesse du Royaume fécondée par la Bénédiction de Dieu.

                A Noël, la crèche est vivante chaque fois que le lien de communion que Dieu donne est accueilli, chaque fois qu’il donne à vivre l’impossible rencontre entre ici et là-bas, l’impossible abandon de l’offrande joyeuse, l’impossible adoration dans le brouhaha du monde.

                A Noël, nous aurons la joie de nous découvrir au cœur de la crèche chaque fois que nous réaliserons que Dieu nous a conduit là et y fait halte avec nous, chaque fois que Dieu nous parlera là par la voix de celles et de ceux avec qui nous feront halte, chaque fois que nous regardons l’autre en y découvrant les traits du visage d’un frère, chaque fois que nous écouterons ensemble la Parole laissant l’Esprit la féconder pour nous et pour le monde.

A Noël alors la crèche prendra place dans le silence de notre cœur, dans l’intimité de nos foyers, dans le rassemblement de nos communautés, dans le quotidien de nos sociétés car elle est tout à la fois, notre cœur où Dieu fait demeure, notre vie que Dieu accompagne, la vie de la création que Dieu promet au Royaume.

Là l’Emmanuel nous gardera en sa présence et comblera notre attente de Paix, d’Amour et d’Espérance. Nous serons alors témoins de cette Bonne nouvelle chantée par les anges au cœur de la nuit de Judée, proclamée et confessée par l’Eglise de génération en génération, de lieu en lieu.

                                                                                                                    

Pasteur Olivier Filhol