Message du président du conseil régional au synode 2016

Chers Frères et Sœurs, chers Membres du synode, chers Invités

 

            C’est toujours un moment délicat après un culte où l’on a ouvert la Parole, après un temps de mise en place d’un bureau de synode, d’apporter un message. Ce n’est pas une prédication, ce n’est pas un pré-commentaire des débats synodaux, c’est une parole libre, une parole pour prendre le rythme. Et cette année, cette parole est peut-être initiatique, puisqu’un tiers à peu près du synode est constitué de membres « novices ».

            Alors, comment apprendre à cheminer en synode, comment arriver à trouver le rythme ? Je vous invite tout simplement à les rejoindre, eux qui comme nous se rassemblent sans vraiment totalement se connaître. Ils ont plutôt l’habitude de se retrouver le matin, nous c’est le soir. Mais ils sauront nous guider, j’en suis sûr. Car dans leur groupe, il y a des personnes qui ont vraiment l’habitude de ce qu’ils vont faire. Il y a des novices, il y a des chevronnés, il y a des courageux, il y a des inquiets. Ils se rassemblent comme nous, et ils prennent le temps de la rencontre pour mettre en commun ce qui est leur expérience et nous mettons aussi en commun nos expériences, celle de la vie de nos églises locales, de nos projets, de nos axes de mission, de nos joies, de nos peines.

            Alors, nous pouvons réellement les rejoindre, car ils seront nos guides pour ce temps de synode. Mais nous ne pouvons pas les rejoindre, hélas, en Nord-Normandie, car s’ils étaient là, en Nord-Normandie, tout le monde les prendrait pour des fous, voire des illuminés. En effet, il paraîtrait bien étrange de les voir sur les coteaux de Champagne, dans les Ardennes, ou même sur les terrils du Bassin Minier, ou même encore au Mont-Saint-Michel. On dirait : « Mais ils se sont trompés de planète ! ». Alors, pour les rejoindre, il nous faut partir plus loin. Il nous faut aller sur des lieux que j’ai fréquentés autrefois.

 

            Connaissez-vous le pré de Madame Carle, au pied du dôme des Ecrins, les bords de la Mer de Glace, face aux Grandes Jorasses, ou encore le Glacier des Bossons, sous l’Aiguille du Midi ? Car c’est là, qu’au petit matin, ils se sont rassemblés sans totalement se connaître, novices ou chevronnés, les alpinistes. Nous sommes peut-être un peu, dans le monde d’aujourd’hui, semblables aux alpinistes, face à des défis, ayant besoin de nous rencontrer, de nous regrouper, sans totalement tout savoir de l’autre, mais en étant sûr que l’autre a son expérience, ses richesses à partager, et qu’il a surtout au fond du cœur cette envie, cet élan de vivre une expérience humaine et  spirituelle. L’expérience dans laquelle vont nous guider les alpinistes est bien humaine et spirituelle, car elle est celle d’un groupe d’hommes et de femmes, et elle se passe en montagne, ce lieu qui dans la Bible est la résidence de Dieu.

            Alors, prenons comme eux le temps de la rencontre. Lorsqu’ils se retrouvent, les alpinistes sont peu bavards. Ils essaient dans leur tête de savoir s’ils n’ont rien oublié d’essentiel, si leur sac à dos est bien fait, bien équilibré, car l’ascension pourrait être périlleuse si l’équilibre n’était pas là, si l’on avait oublié l’essentiel. Ils sont là aussi pour s’assurer qu’ils ont bien pensé un itinéraire, une voie dans la montagne. Alors ils ouvrent leurs cartes, reparlent du projet. Déjà peut-être, à la lueur de leurs lampes frontales, ils changent quelques étapes, quelques passages. Car la montagne on le sait, ça bouge, ça change, il faut toujours s’adapter. Ils sont là aussi avec ce qu’ils ne se disent pas. Pourquoi cette nouvelle marche, pourquoi cette nouvelle expérience, pourquoi cette nouvelle ascension, pourquoi aussi la refaire une énième fois ? Mais ils sont là convaincus, les uns et les autres, sans avoir à se le dire, qu’ils veulent bien aller là haut.

            En Eglise, il en est souvent de même lorsque l’on se retrouve. On se retrouve sans tout savoir de l’autre, sans avoir besoin de tout savoir de l’autre.  On se retrouve parce qu’il y a un projet, un projet auquel on s’est intéressé, qui nous a intéressé, auquel on pense pouvoir apporter sa pierre à un projet, une aventure que l’on ne voudrait rater pour rien au monde, parce que quelqu’un nous a conviés pour la vivre et nous a fait confiance pour relever le défi. Nous arrivons comme les alpinistes avec nos bagages préparés. On a pensé dire telle parole, apporter tel élément, enrichir de telle façon la mission. Et il y a ce temps où, à la lueur d’une lampe qui est Parole de Dieu, lampe sur nos chemins, il y a ce temps où l’on reparle du projet ensemble, pour être sûrs que l’on s’est bien compris, que l’on y va dans la confiance.

            Une fois ce  temps vécu pour les alpinistes, encore le soleil couché, il y a les premiers pas. Les premiers pas, ils sont très intéressants. Parce que ce sont les premiers pas où l’on a encore toute son énergie, où l’on veut y aller. On foncerait presque pour gagner du temps, pour grignoter la montagne, pour être le plus vite possible en haut. Et pourtant, les alpinistes vous le diront, les premiers pas sont les plus risqués. On n’est pas encore chaud. On n’a pas encore pris le rythme de son souffle, on n’a peut-être pas encore totalement brisé le derrière de la chaussure, on ne s’est pas encore totalement habitué à la lanière du sac à dos sur les épaules. Les premiers pas pour l’alpiniste, ce sont les pas de la vigilance. Vigilance, car on marche encore seul mais dans le groupe, on marche sur un sol qui change à chaque pas, la mousse de la prairie, puis quelques aiguilles de mélèze qui risquent de faire glisser lorsque l’on traverse la dernière forêt, et puis l’instabilité du premier pierrier où l’on peut se fouler la cheville ou voir une pierre dévaler la pente et prendre le risque alors de blesser celui qui suit. Les premiers pas, ce sont les premiers pas de la vigilance, de la mise en route, de la  cohésion du groupe, de ce groupe qui déjà s’élève, qui déjà est en marche, qui est déjà pleinement dans le projet et dans l’aventure, mais qui en même temps doit trouver son rythme.

 

            En Eglise, nous le savons, ce sont aussi les premiers pas, les premiers dans l’engagement, les premiers pas dans la foi, les premiers pas dans un projet qui sont peut-être les plus risqués, car plein de fougue, croyant encore que l’on déplace peut-être les montagnes, on part. Mais réalise-t-on, quand on part dans les premiers pas en Eglise, le risque de s’épuiser, de brûler trop d’énergie et de se retrouver peut-être bien seul lorsque le temps aura passé et qu’on ne sera pas encore au terme du projet ?

            Les premiers pas, ce sont des pas que généralement les alpinistes font en silence. Ils découvrent leur rythme, mais ils se découvrent eux-mêmes, dans leur capacité à marcher, à marcher en suivant celui qui précède et en veillant à toujours entendre celui qui suit. En Eglise, il en est de même, de génération en génération, prendre ce temps durant les premiers pas, prendre ce temps de réaliser qu’un nous précède et qu’un nous suit, et que nous n’arriverons au sommet, si sommet il y a, nous n’arriverons au sommet qu’ensemble. En effet durant les premiers pas, chacun dans le groupe  réalise que tout seul il ne se serait pas lancé dans l’aventure, que tout seul il n’aurait pas pris le risque de viser les Grandes Jorasses, le Dôme des Ecrins ou un autre sommet. Il en est de même en Eglise. Lorsque nous avons pris l’engagement d’entrer dans un projet ensemble,  nous réalisons durant les premiers pas, les premiers jours de vie de ce projet, que seul nous n’aurions pas pu le relever et que pourtant, seul, nous nous sommes engagés à le relever avec d’autres.

            Il y a sur la pente de la montagne ce moment où il faut faire halte. Il y en a plusieurs haltes durant l’ascension, et elles sont indispensables. Ce sont les haltes de repos, celles où l’on reprend force, celles où l’on s’ajuste, celles où l’on soigne le début d’une ampoule. Les haltes, elles sont en effet salutaires car sans elles on ne pourrait pas aller plus haut. Certains ne voient pas en montagne la nécessité de manger ou de boire. Certains ne sentent pas la fatigue, tant parfois le projet les porte, et ils voudraient remettre à plus tard la halte. Pourtant l’alpiniste est là pour nous l’apprendre : il y a le temps de la halte et en montagne comme dans la vie d’Eglise, il est parfois risqué de vouloir le remettre. Il faut prendre aussi en Eglise, dans nos vies d’Eglise, ces temps de halte, ces temps où nous ne sommes pas dans le faire mais où nous redéfinissons notre être, ces temps où nous ne sommes pas dans l’action mais où nous sommes autour de la Parole de Dieu qui vient nourrir notre action. Ces temps de pause où nous soignons les petites blessures de la vie fraternelle, de la vie communautaire, oui ces temps qui sont au service de la marche à venir, de la progression, de l’ascension. En Eglise, il est bon de faire halte, halte communautaire, halte personnelle, halte pour soi et halte devant Dieu, halte pour l’autre et pour écouter monde.

            Les haltes en montagne ne doivent jamais être très longues. Il faut faire attention de ne pas se  refroidir pour risquer la tendinite au second pas. Il faut savoir reprendre la marche. Et pour la reprendre quand on est en montagne, à une certaine altitude, cela ne peut se faire sans un lien de vie qui s’appelle une corde. Car, à partir d’un certain moment en montagne, nous ne pouvons plus marcher seul, mais nous devons marcher en cordée. Lien de vie. Oui c’est au cours d’une halte que l’alpiniste sort de son sac la corde qu’il avait préparée et qui va lui permettre d’aller plus haut, d’aller plus loin.

 

 

            En Eglise, c’est aussi durant les temps de pause que nous sommes invités à accueillir, à accueillir de nouveau, à saisir le lien de vie que Dieu nous propose : la communion. Non pas la communion fraternelle, celle qui dépend de nos accords, mais la communion don de Dieu. Cette communion qui est le signe de son regard posé sur nous et sur tous, un regard qui nous unit les uns aux autres. La communion qui est le signe de sa bienveillance envers chacun de nous et envers le monde, et qui nous unit. La communion qui est le signe de son amour, de son pardon et de sa grâce pour nous et pour tous, et qui nous unit. La corde lien de vie pour l’alpiniste, la communion lien de la vie pour les alpinistes de la foi, pour les témoins de l’Evangile, parce qu’elle est don de Dieu.

            Alors, riches de ce lien de vie, riches de cette corde qui les lie l’un à l’autre, les alpinistes peuvent reprendre leur marche, leur ascension. Mais voilà, plus on monte, plus la montagne peut faire peur, plus il y a de danger. En montagne, la brume monte de la vallée et en un instant elle engloutit la montagne et aveugle l’alpiniste. L’orage éclate en un instant et son bruit résonne et assourdit l’alpiniste. Oui, en montagne, en un instant, l’alpiniste peut devenir aveugle et sourd. Et en Eglise, n’y a-t-il pas des moments semblables dans la vie de nos communautés ? Il y a ces moments parce qu’elles sont dans le monde, où le risque est le même, le risque de devenir sourd, parce que assourdi par les bruits du monde, et aveugle, parce qu’enveloppé par les brumes du monde. Et la liste serait longue de ce qui constitue, pour nos communautés, pour nos vies individuelles, les brumes et les orages, les risques d’aveuglement et les risques de surdité. Tous ces événements qui viennent ranimer, nourrir nos peurs, comme la brume et l’orage qui font peur à l’alpiniste. Rien ne sert à l’alpiniste de nier sa peur. Mais l’alpiniste, grâce au lien de vie, grâce à la corde qui est là et qui l’unit à l’autre, dépasse alors sa peur, résiste à sa peur. La communion, lien de vie qui nous unit, nous permet-elle de résister à nos peurs ? Lorsque l’actualité surgit, comme au lendemain de Nice, comme au jour de Saint-Etienne-du-Rouvray, la communion que Dieu nous donne, par laquelle il nous lie, nous permet-elle de résister à nos peurs et d’être là témoins de paix, d’espérance et de pardon ? Nous permet-elle, là, en plein aveuglement, en plein assourdissement, nous permet-elle de garder les yeux ouverts vers ce qui était la promesse de la marche, la promesse de l’aventure ? Et en Eglise, c’est le Royaume, ce lieu où il n’y aura plus ni brumes, ni orages qui est promesse. Ce lieu qui sera rendu à la paix, ce lieu qui est le signe de ce regard, de cette bienveillance de Dieu pour nous et pour le monde.

 

 

            En montagne, il y a ces dangers-là, mais il y en a d’autres. Lorsqu’il faut traverser le glacier et ses crevasses, ou lorsqu’avant le sommet, il faut passer l’ultime lieu au bord du précipice où seul un pied peut se poser. Et là encore le lien de vie, la corde permet de passer la crevasse, permet de résister à la glissade sur le glacier, permet d’oser ce pas solitaire sur la corniche au-dessus du vide, parce que la corde est là, lien de vie qui  passe dans un mousqueton ancré, enraciné dans la roche. En montagne, il y a ces risques de l’écartèlement, ces risques du vide.

            Et en Eglise, ne sont-ils pas là ? Ils sont là aussi en Eglise ces risques de fracture, ces risques d’écartèlement, ces distances qui voudraient parfois nous séparer. Ces distances théologiques, ces distances kilométriques – et nous sommes bien placés pour le savoir en région Nord-Normandie -, ces distances démographiques, comment y résister et comment persévérer dans la marche ensemble, dans l’ascension ensemble, en nous arrimant comme l’alpiniste au lien de vie que Dieu nous donne, non pas celui que nous rédigeons dans des accords théologiques, non pas celui qui serait dans les moyens que nous nous donnons pour dépasser les distances géographiques, ni dans ceux que nous imaginons pour pallier les difficultés et les distances démographiques, mais dans le lien de vie que Dieu nous donne, sa communion qui  résiste à tous nos écartèlements, à toutes nos peurs, à toutes nos distances.

 

            Chers Frères et Sœurs, ce lien de vie nous permet de persévérer dans la vie communautaire parce que c’est le Christ qui rassemble sa communauté. Ce lien de vie nous permet de résister au communautarisme parce que ce sont les hommes qui suscitent les communautarismes. Ces mots sont très proches l’un de l’autre, et pourtant je crois que dans la foi, devant le Christ, nous pouvons dire qu’ils nous disent l’inverse, l’opposé. La vie communautaire est au service les uns des autres et du monde, la vie communautaire est là pour grandir, pour accueillir, mais aussi pour oser l’aventure, pour dépasser ses peurs, alors que le communautarisme, c’est croire en un petit lieu où les peurs mourront d’elles-mêmes parce qu’on se sentira bien ensemble. Le communautarisme, c’est le lieu duquel part le lobbying, pensant imposer à tous ce qui est confortable pour soi. Alors oui, la communion que Dieu nous donne nous permet de grandir dans notre vivre ensemble communautaire, pour être témoin au coeur du monde d’un vivre ensemble possible. Et cette communion nous permet de résister au communautarisme qui viendrait nourrir les discours qui cherchent à développer les peurs et à faire passer l’autre pour quelqu’un qui n’est pas digne d’être de la cordée humaine.

 

            Mais au-delà de tous les dangers de la montagne, l’alpiniste n’oublie jamais qu’il y a le sommet à atteindre. Que la brume se lève comme elle est montée, que l’orage se taise et alors on entre dans l’ultime, l’ultime instant, celui de l’arrivée au sommet, où comme par miracle on oublie les difficultés, car on entre dans le silence du silence. L’arrivée au sommet, c’est une expérience extraordinaire. Tout est silence et l’alpiniste lui-même se fige dans le silence de l’émerveillement, de la contemplation, de l’émotion. En Eglise, prenons-nous le temps ou réalisons-nous que nous avons aussi à vivre ces moments d’émerveillement, d’émotion, de contemplation, qui sont des silences dans le silence de Dieu, qui sont des mots dans les mots de Dieu, qui sont des gestes dans les gestes de Dieu. Ces moments qui sont communion, incarnation de communion ? Les alpinistes sur le sommet sont encore liés par la corde, mais ils se tiennent généralement tout proches les uns des autres et la corde ne sert plus à rien, elle pend. Mais elle est là, comme elle a été présente au fil de l’ascension, et ce que la cordée a vécu, ce que les alpinistes ont vécu ensemble et individuellement leur donne d’entrer dans cette contemplation et cet émerveillement.  Alors ne nous privons pas en Eglise, tant dans nos Eglises locales qu’en synode,  mais comme Eglise dans le monde, de vivre et d’appeler à vivre ces moments d’émerveillement, de contemplation, d’émotion simple, sans chichi, sans tambour ni trompette.


        Mais voilà, les alpinistes doivent redescendre, retrouver la plaine, car de la montagne il faut toujours en redescendre. A cheval ? Les alpinistes vous répondront : « non », prudemment, simplement. Quitter la montagne, c’est prendre conscience de ce que l’on vient de vivre. Quitter la montagne, c’est réaliser que parce qu’on était là, ensemble, on a dépassé sa peur, on s’est même étonné soi-même : « J’aurais jamais cru y arriver ». On se le dit au fond de soi, car si on le disait à l’autre, il dirait : « Ben pourquoi tu es venu ? Tu nous as peut-être alors mis en danger ». En montagne en effet, on se dépasse, mais la montagne il faut la quitter. Alors comme elle est une aventure spirituelle, en tant que chrétiens, témoins de l’Evangile, apprenons à quitter la montagne. Car là, Dieu nous a donné son nom et nous a envoyé pour libérer de leur peur les nations, comme Il l’a fait pour Moïse. Car là, Dieu nous a révélé qu’Il était présent là où on ne l’attendait pas et Il nous a envoyé pour être bénédiction auprès des nations, comme pour Elie. Car là, Dieu nous a enseigné et nous a donné une Parole qui est béatitude pour nous et pour le monde, comme pour les disciples et pour les foules. Car là, Dieu nous a permis d’entrevoir la réalisation de sa promesse au cœur même de notre humanité, comme trois disciples au jour de la Transfiguration. Car là, comme une petite famille tremblante, apeurée, nous avons pu découvrir tout son amour, toute sa paix, tout son pardon dans le silence du silence, comme au Golgotha. Il faut toujours quitter la montagne, il faut toujours redescendre vers la plaine, il faut toujours aller vers les nations, riches des expériences humaines et spirituelles que Dieu nous donne à vivre les uns avec les autres, les uns pour les autres.

            En quittant la montagne, les alpinistes n’oublient jamais leur corde, elle est toujours près d’eux, prête pour la prochaine course. A nous de ne jamais oublier le lien de vie que Dieu nous donne, cette communion qui ne dépend pas de nous, mais qui est cadeau de Dieu pour nous. Alors, nous pourrons être vigilants les uns pour les autres et pour le monde, l’amour de notre prochain est exigence pour cela. Oui le commandement d’amour nous rend et doit nous rendre toujours plus vigilants les uns pour les autres et pour le monde. La foi doit nous permettre de résister à toutes les tentations, à tous les vains discours, résister aussi à toutes les peurs dont nous penserions pouvoir nous protéger avec des murs, par toutes les peurs qui viennent, qui traînent. La foi est là pour nourrir notre résistance à cela, car c’est la foi en Jésus-Christ, Dieu Sauveur. L’amour, la foi et l’espérance. L’espérance elle est là pour que grandisse notre persévérance dans l’annonce de l’Evangile, dans le partage de la bonne nouvelle, dans le témoignage au monde en parole et en acte, ensemble, les uns avec les autres, les uns pour les autres, sans oublier le monde.

            Chers Frères et Sœurs, peut-être que je vous aurais donné un jour envie de faire de la haute montagne. Maintenant, cela m’est difficile. Je n’y amène plus comme autrefois des jeunes de 15 ans et je ne me propose plus pour être premier de cordée. Mais en même temps, chaque fois que je suis au pied d’une montagne, je rêve d’être téléporté à son sommet, sans avoir à souffrir du sac à dos, des chaussures, sans avoir à affronter les brumes et peut-être l’orage. Une expérience oui, celle de la montagne. J’avais envie de la partager avec vous, car je crois qu’il est aujourd’hui indispensable, après avoir parcouru les Eglises locales de notre région, après avoir vécu ce que vous avez vécu, je crois qu’il est indispensable pour aller plus loin de redécouvrir ensemble la beauté de ce lien de vie que le Christ place entre nous, la beauté de ce lien de vie que nous ne choisissons pas mais que Dieu a choisi de nous donner, cette communion que certains disent parfois fragilisée. Non, la communion, lien de vie, don de Dieu, n’est fragilisée par rien. Notre capacité à vivre la communion fraternelle est, elle fragilisée, oui, maintes fois, par nos égoïsmes, par nos non vigilances, par nos difficultés à croire que ce que Dieu nous donne à vivre est bien plus grand et bien plus haut que ce que nous vivons.

            Alors chers Frères et Sœurs, si ce temps de synode ne devait servir qu’à une chose, qu‘il soit un temps pour Dieu, afin qu’au-delà de ce que nous allons pouvoir nous donner les uns aux autres, Lui dépose une fois encore, entre nous, mais pas entre nous ici, entre nous membres de l’Eglise, des Eglises locales, de l’Eglise universelle, ce lien de vie qui nous permet et qui nous permettra demain encore et toujours d’être ces témoins de la bonne nouvelle, ces porteurs d’espérance, parce que quoiqu’il arrive le Royaume est proche, le Royaume vient, silence dans le silence de la montagne, bénédiction de Dieu pour chacune de nos vies, pour la vie de l’Eglise, et en ces jours tout particulièrement pour la vie du monde.

 

            Merci de votre attention.

 

Pasteur Olivier Filhol

Criel-sur-Mer, le 18 novembre 2016

 

 

 

 

 

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