Message du Président du CR NN SYNODE 2018

MESSAGE DU PRESIDENT DU CONSEIL REGIONAL.

 

« Le bout du bout du monde… »

 

Chers Frères et Sœurs, chers Amis, membres du synode,

 

   A travers vous, c’est l’ensemble des églises locales de notre région qui est rassemblé pour ce temps, ce temps fraternel, ce temps d’Eglise, qui, même si cela n’est pas inscrit dans le règlement des synodes, s’ouvre généralement par le message, ou un message du président du conseil régional. Et donc, durant les jours qui précèdent le synode, dans la tête du président du conseil régional, les idées se bousculent, et comme maintenant vous me connaissez bien, les images se télescopent et il faut en choisir une.

Au lendemain des commémorations de l’armistice, j’ai eu l’idée de vous parler de l’Eglise- clairon de la paix. Mais il y a eu tant et tant de commémorations que tout a été dit, donc zut, ce sera pour une autre fois. En venant à Reims, je me suis dit : « Et si on parlait de l’Eglise pétillante d’espérance ». Et puis, j’ai pensé : « Ce serait un peu nombriliste, peut-être que nos chevilles enfleraient, qu’on se prendrait le melon. On n’est pas à Cavaillon, donc ce n’est pas une bonne image ». J’avais envie aussi de vous parler des risques des amalgames ou des  récupérations. A la veille de la manifestation des gilets jaunes, je me suis dit : « Attention, danger ! ».  Toutes les images que j’avais dans la tête se sont petit à petit évaporées. Mais le temps est bien fait, les rencontres c’est génial, surtout lorsqu’elles ne sont pas prévues. Il y a une dizaine de jours, alors que j’avais une après-midi de battement entre deux rencontres de conseils presbytéraux, j’ai fait la rencontre. Une rencontre que j’aurais pu garder pour moi-même mais que j’ai envie de partager avec vous.

 

   J’étais dans la campagne normande. Je traversais dans la matinée un village. Sur la place, il y avait le marché, les produits locaux, bio. Et puis sur la place, comme cela est traditionnellement très fréquent chez nous, il y avait une église. Une église avec une façade extraordinaire, éclairée par un soleil de novembre, la porte était ouverte. Alors j’ai décidé d’entrer dans l’église. Quelques marches et je fus saisi par le contraste. La façade était fabuleuse et l’intérieur sombre, humide, avec quelque odeur de salpêtre et de vieil encens refroidi. C’était saisissant ! Mais en même temps, au bout de la nef, il y avait ce petit lumignon rouge qui disait une présence, réelle pour nos sœurs et frères catholiques, réelle aussi pour nous, celle du Christ présent en tous lieux, présent dans les lieux sombres comme dans les lieux éclairés, présent au-delà des façades rénovées, dans chacun des lieux de ce monde où l’homme pénètre, vit un instant, fait une visite. Il n’y avait pas grand-chose à voir, alors ma visite fut courte. Et j’ai retrouvé le parvis et son soleil, et le bruit du marché.

 

   Alors que je descendais les quatre marches, une femme passant sur le trottoir se tourne vers moi et me lance : « Vous revenez du bout du bout du monde. » Elle a dû voir que j’étais surpris,- je ne sais pas quelle tête j’ai fait -. Ce n’est déjà pas courant que l’on s’adresse comme cela, spontanément, à quelqu’un que l’on ne connaît pas. Cela n’est pas courant que l’on ne dise pas bonjour. Mais cette femme m’a interpellé avec cette simple phrase : « Vous revenez du bout du bout du monde. »  Alors je lui ai simplement dit : « Mais que voulez-vous dire ? » Et voilà qu’elle est partie dans un monologue, me disant que pour elle cette église était le bout du bout du monde, qu’elle y avait autrefois vécu de très belles choses, que c’était chouette d’y venir et d’y chanter à tue tête avec les copains et les copines, qu’on ne comprenait pas toujours ce qui était dit, mais que c’était bien parce que c’était vivant, qu’on s’y retrouvait. Et puis qu’au fil du temps, on y est moins venu, que ça s’est quelque peu vidé, qu’aujourd’hui de sa fenêtre, puisqu’elle habite sur cette place, elle voit le samedi soir une poignée, deux poignées de personnes rejoindre le lieu et qu’elle les imagine dans cette humidité, dans ce noir, disséminés sur quelques chaises au milieu d’une multitude de chaises vides. Et qu’elle, elle n’a plus le goût, la force, la joie de rejoindre ce lieu, alors elle l’a appelé le bout du bout du monde. En me disant tout cela, elle termine par ces mots : « Au moins, vous n’êtes pas le nouveau curé ? » Je la rassure en lui disant : « Non, je ne suis pas le nouveau curé. » Notre discussion n’est pas allée plus loin. Je lui ai simplement fait remarquer que cette église abritait encore la présence d’une communauté, puisque le lumignon rouge brillait au bout de la nef, qu’elle était bien là au centre du village, que l’on devait y venir parfois plus nombreux pour une joie ou une peine. Donc qu’elle était encore repère et que peut-être un jour elle serait peut-être à nouveau pleine. Et là, est-ce que je l’ai dérangée, elle m’a simplement dit : « Vous y croyez vraiment qu’un jour elle sera pleine ? » Et elle est partie.

 

   Je suis allé acheter quelques produits bio pour casser la croûte sur la plage. J’ai repris ma voiture et dans la voiture cette expression revenait de manière lancinante : « L’Eglise, le bout du bout monde ». Alors que l’Eglise se pense au coeur du monde, au centre du monde parfois, au centre des attentions - pas toujours -, au centre des débats ! Elle essaie de s’y mettre, de s’y positionner, d’y participer, mais elle n’y arrive pas toujours. L’Eglise-bout-du-bout-du-monde. Et voilà que durant mon après-midi, trois images se sont imposées à moi, et j’aimerai simplement au cours de ce message partager ces trois images du bout du bout du monde, qui nous disent quelque chose de l’Eglise et qui nous disent que cette femme, sans le savoir, a peut-être bien perçu ce qu’est l’Eglise aujourd’hui : un lieu du bout du bout du monde.

 

 

 

  

La première image du bout du bout du monde, quand on remonte sur les côtes normandes, ce sont les rochers inhospitaliers qui avancent dans la Manche, ces rochers où rien ne pousse, - peut-être un peu d’herbe rase -, ces rochers battus par les vents, battus par les flots, ces rochers dangereux, périlleux, traîtres parfois, car on ne les voit pas toujours. Mais ces rochers sont là comme des avancées, des avancées vers l’inconnu. Ces rochers parfois que l’homme a gravi, non pas pour les habiter, mais pour les surmonter d’un phare, les surmonter d’une lumière. Et ces rochers inhabités, ces rochers stériles sont devenus alors des rochers repères, permettant aux marins de passer, de naviguer, d’aller plus loin pour arriver à destination. En effet, le bout du bout du monde, « le Finistère », c’est ce rocher après quoi il n’y a rien, et pourtant après quoi il y a tout. C’est ce rocher que l’on peut regarder comme un danger, ce rocher où l’on ne peut peut-être même pas s’installer, même pas se risquer, et qui pourtant peut porter une lumière-vigie, permettant d’éviter les dangers du présent, de l’instant, du temps.

 

   Alors oui, l’Eglise est peut-être un bout du bout du monde, si elle assume sa mission d’être lumière, d’être phare, non pas pour elle-même, car le phare ne se sert à rien, il sert à l’autre. Aujourd’hui, comble du comble, les phares sont vides de présence humaine, et pourtant ils sont toujours des phares. Même vides de la présence humaine, ils sont lumière éclairant le chemin de celui ou de celle qui passe par là. Alors chers Amis, en effet, même vide, l’Eglise-bout-du-bout-du-monde peut être phare. Comment vivons-nous l’Eglise, nos églises locales, lorsque nous sommes confrontés, inquiétés par nos vides, par le noir, par notre humidité matérielle, par nos absences de présence, comment vivons-nous l’Eglise et la communauté de telle sorte que ce bout du bout du monde rayonne toujours de l’Evangile et témoigne toujours d’une espérance.

 

 

Quelques kilomètres plus loin, j’ai réalisé que Vanessa était au secrétariat et que j’avais promis de l’appeler avant 16 heures. Alors, j’ai sorti mon téléphone et zut ! pas de réseau : zone blanche ! Une nouvelle qui m’a agacé, énervé, mais qui est venu me dire qu’il y a aussi ce bout du bout du monde-là. La zone blanche, elle peut être au fond d’une vallée, dans un lieu reculé. La zone blanche, c’est un lieu où une certaine forme de communication ne passe plus. C’est un lieu qui nous énerve parce qu’on a l’impression tout d’un coup d’être coupé de tout, de ne plus savoir que faire, de ne plus être rien du tout. Vous vous rendez compte, si un mail devait arriver là et que mon téléphone ne bipe pas pour m’en avertir ! La zone blanche, dans le cadre de nos sociétés modernes, c’est un lieu que l’on n’aime pas habiter. Mais, finalement, la zone blanche, c’est ce lieu qui nous propose une autre connexion, une connexion à la nature qui nous environne, une connexion à nous-même, et peut-être une connexion à Dieu. Il y a toujours des communications pour polluer les silences par des ondes, une communication incessante qui raconte quelle nouvelle, qui ressasse quelle actualité, qui vient alimenter quelle peur, quelle crainte, quelle angoisse, quelle impression de ne plus savoir que dire, ni que penser, que faire… La zone blanche, un bout du bout du monde où nous sommes invités à retrouver peut-être une forme de communication qui ouvre à la communion et non une communication qui ouvre au virtuel.

 

   Alors l’Eglise zone blanche, ce n’est pas l’Eglise sans parole, mais ce serait l’Eglise du silence habité, ce lieu où, l’espace d’un temps, la communauté rassemblée, riche de tout ce qu’est le monde, prend le temps de se déconnecter pour laisser Dieu nous reconnecter à Lui. L’Eglise-bout-du-bout-du-monde qui ne doit pas se tromper de communication, de parole ou de silence. Redécouvrir, alors que le téléphone ne sonne plus, alors que le téléphone ne peut plus nous donner une musique qui vient peut-être du bout du monde, redécouvrir qu’alors il y a la musique de la nature, qu’il y a le chant des oiseaux, qu’il y a le bruit de vagues, qui nous disent quelque chose de notre identité de créature de Dieu, d’enfant de Dieu, mais aussi qui nous remettent devant notre responsabilité, afin de garder ce que Dieu a créé et nous a donné. Comment nos communautés rassemblées prennent-elles soin d’offrir à celui ou à celle qui est saturé de bruit, une zone blanche, un espace de silence qui lui permet de se ressourcer, de se renouveler. Et là encore, il n’y a pas besoin qu’il y ait foule, il n’y a pas besoin qu’il y ait brouhaha communautaire. Il suffit qu’il y ait communauté rassemblée en communion pour que Dieu habite la zone blanche et la colore à la couleur de son amour, de sa paix, de son pardon, de la réconciliation, de tout ce dont nous avons besoin pour risquer un pas de plus dans la vie et dans les tempêtes de ce monde.

 

   Un rocher inhospitalier où l’homme a dressé un phare-lumière. Une zone blanche où l’homme moderne n’arrive peut-être pas encore à imposer son incessant dialogue virtuel, mais où l’homme est invité à retrouver la simplicité du dialogue avec lui-même et du dialogue avec Dieu.

 

 

Et puis, lorsqu’on avance un peu plus dans le Cotentin, eh bien on est confronté à cet infini, cet infini qui fait penser à d’autres bouts du bout du monde. Quelques kilomètres carrés d’une forêt équatoriale où les pas de l’homme n’ont pas encore résonné, ça doit exister. Quelques mètres carrés de banquise non souillés par les mains de l’homme, ça doit encore exister. Une dune de sable au milieu du Sahara non encore exploité par les quêtes de l’homme, ça doit encore exister. Et tout cela nous dit quoi : qu’il y a ces bouts du bout du monde que l’homme aimerait peut-être rejoindre conquérir, s’approprier, et qui restent signes de l’origine des origines, signes d’un paradis perdu, mais signes bien réel. Alors, l’Eglise est peut-être elle aussi, ou peut choisir d’être elle aussi un de ces bouts du monde-là, signe non pas d’un paradis perdu, mais d’un royaume à trouver ou à retrouver, un petit bout de ce Royaume déjà là, mais toujours à attendre, toujours à espérer, toujours à recevoir, un petit bout d’origine, d’alpha  mais aussi d’oméga et de fin, un petit bout de promesse dont le monde a tellement besoin. C’est aussi cela, je crois, la responsabilité de nos communautés : être disponible à ce que Dieu dépose au cœur de ce monde et qui ne dépend pas de l’œuvre de nos mains, mais qui dépend de l’œuvre de l’Esprit au creux de nos mains, qui ne dépend pas de nos discours, de nos réflexions, de nos théologies, de nos ecclésiologies, mais qui dépend de l’œuvre de l’Esprit à travers nos mots et nos bouches fragiles.

 

 

Du bout du bout du monde. Qu’est-ce qu’elle était riche cette réflexion lancée sur le trottoir d’un village. Vous me direz : « Mais c’est toi qui … ? ».  Peut-être mais alors pas tout seul, peut-être parce que disponible à quelqu’un qui m’interpelle et que je ne connais pas, disponible à une parole lancée qui me fait réfléchir et qui quelque part m’invite à changer de regard, à changer de regard parce que tout cela rencontre ce que nous connaissons toutes et tous, au fil des jours, au fil des mois, au fil de nos rencontres. Nous nous plaignons d’être parfois ces lieux désertés, parlant beaucoup plus de nos chaises vides que de nos places occupées par l’un ou  par l’autre de nos sœurs ou de nos frères, parlant beaucoup plus des absents plutôt que des présents qui sont là, de ce que nous ne faisons pas plutôt que de ce que nous faisons, de ce que Dieu ne nous donne pas plutôt que de ce que Dieu nous donne. Comme cette femme sur le trottoir du village qui, sachant qu’il y avait tant de places vides dans l’église, avait peur d’y aller de peur d’y être perdue. Et puis, comme peut-être ceux de l’intérieur de la communauté qui, entre eux, toujours se plaignent.

 

   Alors chers frères et sœurs, puisque c’est notre réalité aujourd’hui, soyons des communautés du bout du bout du monde. On ne nous rejoint pas, lançons la lumière et rejoignons par elle celles et ceux qui l’espèrent. On ne nous écoute pas, alors faisons silence et écoutons Dieu. Il ne parlera pas qu’à nous, Il parlera aussi aux autres. Nous nous sentons pollués par tant de choses qu’il nous est difficile de penser par nous-mêmes, alors assumons, assumons d’être ce signe du Royaume parce que Dieu nous invite à l’être. Au bout du bout, il y a toi ; au bout du bout, il y a ton voisin ; au bout du bout, il y a Dieu. L’Eglise, la communauté est là pour que nous ayons ce temps offert qui s’ouvre à l’éternité, cet espace offert qui s’ouvre à l’universel, ce temps et cet espace où nous pouvons nous retrouver nous-même pour mieux retrouver l’autre et nous tenir devant le Tout Autre. Eglise du bout du monde, non pas lointaine, mais bien proche, disponible à l’autre, non pas inatteignable mais simplement ouverte, prête à accueillir, non pas silencieuse mais brillante et confiante

 

   Un rocher, une lumière ; une zone blanche, un silence ; un espace vierge des saccages de l’humanité, le Royaume. L’Eglise est cela, et dans chacune des réalités des communautés locales que nous représentons, il y a cette identité, il y a cette richesse. A nous de ne pas nous laisser aveugler par nos craintes, par nos constats, à nous de les assumer en confiance, parce que le Christ est là et qu’Il est La Lumière du monde, qu’Il est La Parole de Vie dans nos silences, qu’Il est Celui qui nous rejoint jusqu’au bout du bout de nos mondes.

 

 

   Alors chers Amis, nous ne saurons peut être pas après ce message quoi faire ou quoi dire. Heureusement, heureusement ! S’offrir simplement ce temps qui pour moi est un peu un monologue, mais, croisant vos regards, devient une multitude de dialogues. S’offrir ce temps, c’est aller au cœur du cœur, du bout du bout de ce qu’est un synode. Faire la pause pour pouvoir se reposer, faire la pause pour pouvoir découvrir de quoi nous sommes riches, pour pouvoir retourner vers nos vides, vers nos pauvretés, vers tout ce qui jusque-là polluait nos esprits. Alors oui, ce synode pour nos esprits, c’est peut-être une zone blanche. Durant ce temps de synode, partagez, partagez ce qui au cœur de vos communautés, de vos vies est signe de la présence de Dieu, accompagnant votre quotidien. Partager les occasions qui vous sont données de prendre conscience du témoignage offert aux places des villages ou aux campagnes ou aux rues des villes dans lesquelles sont érigés vos lieux de  vie communautaire. Pensez à partager cela, car c’est cela qui nourrit l’Eglise, c’est cela qui nourrit le témoignage de l’Eglise, c’est cela qui renouvelle notre joie d’être Eglise ensemble.

 

   Il y a quelques jours, je pensais avoir une après-midi de libre pour penser à autre chose. Et finalement, cet autre chose, ça a été vous, ça a été l’Eglise et le monde, parce que finalement ce devrait peut-être être un loisir que de penser l’Eglise ou de penser à l’Eglise ;  ce devrait être aussi simple qu’une promenade, qu’une halte sur un rocher face à l’immensité. Et pourtant ce n’est pas si simple.

 

   Eglise du  bout du bout des Ardennes, Eglise du bout du bout de la Manche, Eglise du bout du bout de la Côte d’Opale, Eglise du bout du bout de Lille, Eglise du bout du bout de la Thiérache, Eglise du bout du bout du Havre, Eglise du bout du bout des Pays de l’Orne, du bout du bout…, du bout du bout…, du bout du bout…, du bout du bout …

 

Eglise de Jésus-Christ plantée là !

 

  Eglise plantée là, comme un phare dans les ténèbres de ce monde. Eglise de Jésus-Christ plantée là, porte ouverte au chercheur de Dieu qui veut partager un bout de sa vie, peut-être à bout de force. Eglise de Jésus-Christ plantée là pour être là, lumière,  parole, présence. Ce n’est pas toi qui a voulu être là. C’est le Seigneur qui te donne d’être là. Ce n’est pas toi qui a décidé d’être ce que tu es aujourd’hui, c’est le Seigneur qui au fil des ans t’a donné de devenir ce que tu es aujourd’hui. Et tu n’es pas au bout du bout de ta mission, tu n’es pas à la fin. Dieu a pour toi, pour nous, un projet, une espérance, celle du Royaume encore lointain, bout du bout de la vie, mais du Royaume déjà là en prémices.

 

 

 

   Alors, c’est parce qu’il est déjà là ce Royaume que nous pouvons dire et que j’ai pu peut-être dire à cette femme, elle se remplira peut-être à nouveau cette église. Mais comme elle est celle du bout du bout d’un temps, elle ne se remplira pas comme je le voudrais, comme je le pense pour rassurer ma mémoire, mes images du passé, pour venir apaiser le fait que je pense mal faire. Elle se remplira comme le Seigneur le voudra et quand Il le voudra. Puisse le Seigneur me la faire voir pleine, lorsqu’elle est pleine de sa Grâce. Puisse le Seigneur me la faire voir comble, lorsqu’elle est comblée de sa Bénédiction. Car je crois que c’est de cela dont nous avons besoin. Que le Seigneur nous aide à avoir sur nos réalités de vie d’Eglise un regard transfiguré qui nous permet alors d’être dans l’Action de Grâce pour sa bénédiction, car nos communautés sont riches de la bénédiction de Dieu. Un regard transfiguré qui nous aide à offrir nos places vides plutôt que de pleurer sur elles, à  prendre le risque que vienne s’y asseoir des gens qui nous déplaceront un peu de nos habitudes, de nos repères, de nos savoir-faire, voire de nos rites. Alors, alors nous représentons là un bout du bout de la réalité de l’Eglise, riche de la plénitude de l’Eglise universelle.

 

Prenons le temps de ne passer à côté de ce don que Dieu nous fait,

car Celui qui nous donne d’être l’Eglise n’est pas un bout du temps, Il est l’Eternité.

Il n’est pas un instant de silence, Il est la Parole.

 Il n’est pas un espace vide de présence, puisqu’Il est l’Emmanuel.

Ainsi par Lui, lumière, et nous pourrons naître à la vie.

Avec Lui, parole, et nous pourrons annoncer qu’Il est le Seigneur des vivants et des morts.

Avec Lui, espérance, et nous pourrons par grâce être Eglise du bout du bout du monde,

signe du Royaume présent.

 

Je vous remercie.

 

                                                                                              Pasteur Olivier Filhol,

                                                                                              Reims le 16 novembre 2018

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