Message du président. Février 2016

Chers amis,

 

Temps de Carnaval ou temps de Carême ?

Mettre les masques ou tomber les masques ?

Telle est la question en ces jours de février !

 

            Les médias nous donnent à voir une diversité colorée de déguisements, de rythmes musicaux, chaque ville rivalise dans l’originalité, les bandes de Dunkerque, les Gilles de Binche, la samba à Rio, les costumes de Venise… et de son côté l’Eglise entre en Carême, une période souvent présentée, à tort sûrement, comme celle des privations et que le protestantisme à parfois du mal à habiter !

            Quel contraste entre ces deux actualités et pourtant en y réfléchissant bien n’ont-elles pas un point commun : la capacité de vivre en vérité la relation aux autres en tension entre réalité et rêves, entre exaltation et réflexion…

            Le masque du Carnaval cache l’identité habituelle, il révèle peut-être alors un autre aspect de l’identité de la personne qui le porte… et le désert, image classique du Carême invite celui qui s’y rend à découvrir son identité comme don de Dieu. Toutefois ne nous y trompons pas le désert est peut-être en humanité le lieu du silence mais dans son étymologie hébraïque c’est le lieu de ( la) parole, de la parole à recevoir dans la solitude pour mieux vivre les relations propres à toute existence en humanité et spiritualité.

 

            C’est entre autre pour cela que l’Eglise à l’écoute de la Parole de Dieu, a défini le temps du Carême comme étant celui où l’Homme est appelé, invité à grandir dans la dynamique de la croix et du jardin de la résurrection, autour de trois axes de réflexion et de vie principaux : l’aumône, la prière et le jeûne.

 

   L’AUMÔNE : c’est la relation à l’autre, aux autres dans la responsabilité du frère et de la sœur en humanité. C’est l’aulne à laquelle se mesure en quelque sorte la capacité humaine à abandonner de soi pour le mieux-être ou le bien être de l’autre sans rien attendre en retour ni de lui, ni des autres. C’est l’audace de la confiance dans les dimensions diverses de la vie matérielle. C’est le lieu de la solidarité, le garde-fou à l’égoïsme, la planche de salut face aux inégalités.

            L’aumône, c’est la prise de conscience que nous sommes invités à regarder une fois encore les oiseaux et les lys des champs dont Dieu prend soin au jour le jour, c’est réaliser que nous vivons parfois dans la surabondance et que notre peur du lendemain est en fait quelque part la peur du risque zéro qui lui n’existe pas.

            L’aumône, c’est le chemin qui garde réaliste celui qui a la chance d’avoir et qui oublie parfois qu’avoir ce n’est pas être, que le matériel ne suffit pas, que la propriété des biens est toute relative.

            Durant le Carême nous sommes ainsi invités à nous reposer la question de l’origine de nos biens, à nous rappeler l’invitation à vivre vis-à-vis de Dieu la dîme, l’offrande des prémices et vis-à-vis des autres la solidarité. Chemin exigent, difficile car il nous oblige à dépasser nos peurs de ne pas avoir et peut-être de ne pas être.

 

 

  LA PRIERE : c’est le dialogue intime avec Celui en qui l’on croît, que l’on reconnaît acteur dans notre vie et dans la vie du monde. C’est faire l’aumône d’un peu de temps pour retrouver Celui qui nous parle, qui parle au secret de notre cœur. C’est faire acte de confiance et d’abandon à l’abri des regards ou en communauté et faire alors l’expérience de la communion avec tous les devants Dieu, les priants au désert, en silence. C’est se mettre en capacité d’écoute et d’accueil pour soi et pour le monde. C’est donner à Dieu un peu de soi en signe d’amour et d’espérance.

            La prière, c’est la prise de conscience qu’un Autre sait mieux que nous-mêmes mais que cet Autre prend le temps d’écouter et d’accueillir par-delà nos mots, les maux que nous lui présentons et l’action de grâces que nous faisons monter vers Lui. Chemin exigent du regard posé en vérité et de la parole abandonnée en confiance qui s’unissent devant Celui qui parle autant qu’Il écoute.

            Durant le Carême nous sommes ainsi invités à retrouver la joie du dialogue avec Dieu, à nous rappeler que ce dialogue est source d’apaisement. Là nous déposons devant Dieu le quotidien de la vie et là Dieu dépose en nous le sens de la Vie.

 

LE JEÛNE : c’est non la privation mais bien plus le don d’un espace, d’un vide abandonné à Dieu afin qu’Il l’habite, qu’Il le peuple de ses richesses. C’est peut-être un petit désert en nous, autour de nous, pour nous mais aussi certainement l'oasis où Dieu manifeste la plénitude de son Amour pour nous. C’est réaliser que nous ne pouvons pas être maître de tout. C’est, bien plus que de ne pas manger, que de ne pas peupler le temps et l’espace, notre vie et la vie, des rendez-vous soi-disant indispensables, d’obligations soi-disant salutaires. C’est assurément se donner la possibilité de sortir de nos fausses justifications pour retrouver la joie de la seule justification par la Foi et dire alors en paroles et en actes le Salut que seul Dieu offre.

            Le jeûne, c’est la prise de conscience que l’auto-suffisante est un piège, que l’autogestion est une impasse, tant pour l’individu que pour un groupe. L’autarcie a ses limites, le jeûne est là pour nous le rappeler. C’est ouvrir un espace pour la prière et se donner la possibilité de pratiquer l’aumône non de notre superflu mais de ce dont nous avons décidé de nous passer.

 

            Durant le Carême nous sommes ainsi appelés à susciter en nous ce sentiment de confiance qui permet de s’autoriser la fragilité de l’existence non comme une ascèse salutaire mais comme une démarche qui dit notre assurance d’être sauvé par grâce au moyen de la foi.

 

Chers amis,

Le Carême n’est donc pas un Carnaval mais la joie du Carnaval peut habiter le temps du Carême.

Le Carême n’est pas à vivre avec un masque mais il peut voir tomber les masques de tristesse.

Le Carême, comme le Carnaval est un temps de déambulation, de mouvement festif car déjà habité du salut offert à la croix et de la vie relevée au matin de Pâques.

            Durant le Carême ne faisons pas grise mine, ne cachons pas derrière un masque le sourire de la foi que Dieu veut dessiner ou redessiner sur notre visage ! Rappelons-nous simplement que « l’Homme ne vit pas de pain seulement mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Matthieu 4/4), ne faisons pas taire cette voix, laissons cette parole nous guider vers le Christ et avec Lui vers celui ou celle qui revêt pour nous son visage.

 

 Pasteur Olivier Filhol