SRNN 2017 Méditation du vendredi soir

Textes bibliques : Ephésiens 2,4-10 et Romains 2,16-17

Support visuel : Martin Luther comme moine Augustin, Gravure de Lukas Cranach 1520

Chers frères et sœurs,

Il y une parole de Martin Luther que j’aime beaucoup : elle dit : « Le pécheur, l’être humain n’est pas aimé parce qu’il est beau, mais il est beau parce qu’il est aimé. »

Et ce n’est pas quelque chose que Luther a inventé comme ça, ce n’est pas une théorie, mais c’est quelque chose que Luther a vécu dans sa vie et dans sa chair :

Nous voyons ici une gravure de Cranach où le jeune Martin Luther est représenté, elle date de 1520. C’est la toute première représentation que nous avons de lui.

Elle est intéressante, car elle nous montre un Luther « athlète de Dieu », l’état de l’homme quand il voulait être beau devant Dieu par ses propres efforts.

Son visage et son corps sont marqués par les efforts d’une vie religieuse de l’époque : par les privatisations, les veilles, les travaux, le jeûne : pendant des jours, il ne mange pas, il ne bois pas.

Il se maltraite lui-même, pour montrer à Dieu qu’il est beau, pour montrer à Dieu qu’il est digne de son amour.

Comme un enfant qui n’est pas certain de l’amour de ses parents va faire les quatre-cents coup pour attirer leur attention sur lui, Martin, dans son désespoir d’une recherche d’un amour absolu, fait vraiment tout pour attirer l’attention de Dieu sur lui, pour être enfin connu et reconnu par son créateur. Et pour accéder à un état de paix intérieure.

Or, malgré tous ses efforts, Martin n’arrive jamais à ressentir la paix avec Dieu. Au contraire : plus il fait d’efforts pour obtenir la reconnaissance de Dieu, plus il a l’impression que Dieu s’éloigne, qu’il faut toujours faire plus.

C’est comme une drogue dont il faut toujours augmenter la dose pour qu’elle soit efficace.

Jusqu’au jour où, en lisant la lettre aux Romains de Paul, il va comprendre et expérimenter qu’il est sauvé par grâce. Il va comprendre qu’il n’a pas à faire beau devant Dieu pour attirer sur lui l’amour de Dieu, mais au contraire, que, en Jésus-Christ, il était déjà aimé, la dignité, sa beauté, lui a été déjà donnée gratuitement, par la miséricorde et la compassion de Dieu.

Et ce regard d’amour posé sur Martin, le rendait beau et juste aux yeux de Dieu.

À propos de « beauté » : aujourd’hui, que ne faisons nous pas pour être beau et pour être reconnu ? Pour être acceptables à nos yeux et aux yeux des autre, pour donner une valeur à notre vie ?

Des performances au travail, un compte en banque bien remplit, une nouvelle voiture devant la maison, par ce que nous faisons, possédons, consommons, nous cherchons à nous donner une valeur.

Chirurgie esthétique, crème, sport, nous sculptons nos corps et nos visages pour trouver la reconnaissance, un regard qui nous dit que nous sommes aimables et acceptables, oui, peut-être bien plus, que nous sommes aimés et acceptés.

Tous ces efforts seront vains, si nous ne comprenons pas que quelqu’un porte déjà un regard d’amour sur chacun de nous. Nous n’avons pas besoin de forcer Dieu de nous accepter. Même imparfait, nous sommes beaux, mais cette qualité n’est pas la nôtre, c’est la qualité du regard par lequel Dieu nous regarde. C’est un regard de joie, de pardon et d’espérance qu’il porte sur chacun, chacune parmi nous.

Amen.