SRNN 2017 : Prédication du culte synodal

Prédication sur Jean 8, 1-11 

Chers frères et sœurs,

Ce que l’on retient souvent de notre récit, ce sont les derniers mots que le Christ dit à la femme : « Va, et ne pèche plus. »

Comme si on pouvait vivre sans faute.

Comme si tout ce qui précède n’avait pas d’importance.

Comme si la vie chrétienne consistait surtout à ne pas pécher, à éviter à tout prix les erreurs et les fautes, la culpabilité.

Je ne pense pas que c’est ça le message de Jésus-Christ dans cet évangile.

C’est ici qu’une petite voix se lève en moi, vous pouvez vous imaginez de qui est elle, cette petite voix, et je m’imagine ce que Martin Luther aurait dit à cette femme : « Pèche courageusement, mais crois avec plus de courage encore en Jésus-Christ et en son pardon. »

Ce sont ces mots que Luther avait écrits à l’origine à son ami Philippe Melanchthon qui était, comme à son habitude, paralysé par des scrupules sans fin. Il avait peur de bouger, peur de commettre quelques fautes, il préférait ne rien faire plutôt que risquer de tomber dans les péchés, des erreurs, des fautes, risquer de devenir coupable. Où trouver alors le pardon ? Il vaut mieux ne rien avoir à se reprocher.

Luther lui dit : ah bon, alors tu crois que, quand tu ne bouges pas, quand tu ne fais rien, quand tu ne t’engages pas, tu éviteras alors le péché ? As-tu oublié que tous les humains sont pécheurs.

Comme le Christ dans l’Évangile : quand les Pharisiens lui amènent la femme adultère, pour la condamner pour sa faute, le Christ se baisse et fait des gribouillages dans la poussière de la terre, une manière de se rappeler que nous sommes tous des créatures faites de la poussière du sol, donc fragiles et limitées.

C’est ainsi que Christ va rappeler aux Pharisiens que personne n’est sans faute et parmi les humains, on ne trouve personne qui a le droit de condamner cette femme et de lui jeter la première pierre.

Philippe doit comprendre aussi que sa stratégie d’évitement n’est pas une attitude de foi. Martin fait comprendre à son ami Philippe que ce qui est chrétien, ce n’est pas vivre dans l’illusion que nous pourrions être des honnêtes gens.

C’est dans cette illusion que nous vivons souvent : quand on est chrétien, il suffit d’éviter les problèmes, les fautes et les péchés en suivant à la lettre les dix commandements que nos parents et les pasteurs nous ont inculqués, et c’est vrai, tous ces commandements sont formulés comme une injonction à éviter à tout prix les péchés, ils sont formulés de manière négative : tu ne tueras point, tu ne commettras point d’adultère, tu n’adoreras point d’autres dieux etc.

Cette manière de nous présenter la foi peut entretenir une illusion dans nos têtes et dans nos cœurs que d’être chrétien veut dire éviter les péchés, être des honnêtes gens qui n’ont rien à se reprocher et notre bonne conscience devient ainsi notre meilleur oreiller.

Or, tout cela est une illusion, car nous ne pouvons pas, avec toute notre bonne volonté éviter des fautes. Même une stratégie d’évitement de fautes ne nous aidera en rien, car même ne rien faire , voilà, c’est déjà du péché. Nos fautes, ce ne sont pas seulement nos actions ratées, ce sont aussi tout ce que nous n’avons pas fait, mais que nous aurions dû faire. Tous les moments, par exemple, où nous n’avons pas été là à côté de nos prochains qui auraient eu besoin d’une présence.

Philippe devait comprendre que l’Eglise, les chrétiens ne sont pas à priori des honnêtes gens, mais des gens qui sont conscients qu’ils sont pécheurs, qui savent qu’ils s’éloignent souvent de Dieu, mais qui espèrent que Dieu ira à nouveau les chercher.

Un chrétien est et il restera un pécheur pardonné, gracié par Christ. Et ce n’est pas quelque chose que nous avons mérité par notre bienfaisance ou notre bienpensance, en évitant les erreurs et les fautes, en voulant être des honnêtes gens, mais ceci nous est donné gratuitement, par la foi en Christ.

Être chrétien ce n’est justement pas une médaille qui reconnaît notre intégrité morale devant tout le monde, non, au contraire, être chrétien cela veut dire reconnaître que l’on a un problème et qu’on a besoin du Christ et de son pardon pour vivre en humain sur cette terre.

Être chrétien veut dire ne plus entendre uniquement cette injonction à éviter les fautes et les péchés, mais veut dire surtout se fier à ces autres paroles que le Christ dit à la femme : « Je ne te condamne pas ». Ce sont les premières paroles et ce sont les paroles les plus importantes : « Je ne te condamne pas ! »

Ce sont des paroles de pardon, de libération et de vie. Christ, le seul qui aurait pu la condamner, car il est sans péché, il ne le fait pas, car il veut nous donner la vie et un avenir.

C’est cela que Martin Luther veut dire à Philippe et à nous aussi :

Aie confiance en Christ et en son pardon. Tous les jours nous vivons de son pardon et de sa grâce.

Croire cela, nous donne la force de nous engager, à devenir actifs, à aller vers les autres, à chercher ensemble le bien commun, pour l’Eglise et pour la cité. Pour Luther, c’était clair : rien ne sert de se cacher derrière les murs d’un monastère ou d’un Temple, en tant que pécheur pardonné et libéré, nous pouvons vivre notre foi dans ce monde, dans notre société. Nous n’avons plus rien à craindre. Nous pouvons y aller avec le courage que donne la foi. Certes, cela ne sera pas facile, mais Martin Luther était plein d’optimisme que les chrétiens vont apporter quelque chose de positif à ce monde, qu’ils peuvent, Dieu aidant, le rendre meilleur.

Alors, chers frères et sœurs, vivons, péchons, agissons, courageusement, et croyons surtout en Christ, ayons cette confiance que nous sommes pardonnés et que rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu, même pas nos fautes passées, présentes ou à venir.

Amen