2 ème dimanche de l'Avent

La couronne de la vieille Léonie

 

J'avais l'habitude, en me rendant à mon travail, de passer devant la fenêtre de Léonie, la vieille dame qui habitait au rez-de-chaussée de notre immeuble. Bien avant Noël, elle mettait derrière la fenêtre une très belle couronne qu'elle avait elle-même tressée avec de très belles branches de sapin. Elle m'avait expliqué que les rubans rouges lui venaient de Marie, sa grand-mère. Ce matin, je m'attendais à voir deux bougies blanches allumées. Je connaissais le truc, chaque lundi quand je passais, il y avait une bougie de plus ! Elle devait en consommer des bougies la vieille Léonie ! Ce matin, la couronne était là, sans lumière, triste. Je me suis alors promis, en revenant du travail, de passer chez le concierge car ce n'était pas normal. La vieille Léonie n'avait jamais dérogé à sa règle : elle allumait, dimanche après dimanche, les quatre bougies de l'Avent. Elle disait que ce n'était pas grand chose mais que la lumière de ses bougies pouvait « allumer la joie dans les cœurs ». C'était bizarre de dire ça. Il me fallait bien plus que la lumière d'une bougie pour venir chasser mes ombres et mes chagrins !

 

 

Le soir-même, je suis allée voir le gardien. Il m'apprit que la vieille Léonie avait été transportée à l'hôpital car elle avait fait un malaise la veille, dimanche. Et aujourd'hui lundi, son fils Nathan avait pris sa mère chez lui. La vieille Léonie ne reviendrait plus.
La deuxième semaine de l'Avent avait commencé, et les bougies de Léonie restaient éteintes dans son ancien appartement.C'était triste. Elle avait raison la vieille Léonie : ses bougies allumaient la joie dans les cœurs. La lumière de ses bougies me manquait, je comprenais alors que la vielle Léonie n'allumait pas les bougies pour elle-seule ; mais elle les allumait pour, qu'autour d'elle, leur lumière touche les autres, « allume la joie dans les cœurs ». Elle m'avait un jour expliqué que ce temps de l'Avent, où l'on allume les bougies les unes après les autres, était ce temps où l'on attend quelqu'un qui vient comme la lumière, et que celui qu'on attendait était un enfant-roi qui s'appelait Jésus.

 

Le lendemain mardi, à mon retour du travail, devant ma porte au premier étage, un carton était posé. Je l'ouvris et la couronne de l'Avent de la vieille Léonie était à l'intérieur avec une seule bougie, celle qu'elle avait allumé la semaine dernière. Je fus émue et ne me posai pas trop de questions, du style : pourquoi moi ? Sur un bout de papier, un petit mot était griffonné au crayon : « De la part de Léonie ». Au fond de mon cœur, je savais déjà quoi faire. Je me précipitai pour disposer la couronne de Léonie derrière ma fenêtre de salon qui donne sur la rue, et mettre une deuxième bougie. Avec joie, j'allumai les deux bougies pour que leur lumière vienne allumer la joie dans les cœurs.

 

Corinne Charriau.

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Publié le 04 décembre 2018

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