Protestant de l'Ouest.

Juin Juillet Août 2016 N°406

 

                

   

      

Edito

Élisabeth Renaud

Les protestants et l’humour 

Plus qu’un mois avant les grandes vacances. Même si tout le monde ne part pas, même si pour certains elles seront petites, force est de constater que nos activités, qu’elles soient professionnelles, associatives ou sportives, prennent aussi des vacances. La France tourne au ralenti. Cette mise en sommeil de notre routine est l’occasion de faire autre chose, de voir sa ville sous un autre angle, de découvrir ses voisins ou de pousser la porte d’un temple nouveau. C’est l’occasion de prendre son temps, de prendre le temps de se distraire et de s’amuser. Les protestants ont la réputation d’être austères et peu joyeux. C’est un fait difficile à contrer comme me l’a prouvé une discussion lors d’un repas autour de la table familiale. Lorsque j’ai annoncé que le dossier du numéro de l’été est sur l’humour, ma petite famille a bien ri. « Depuis que je suis au Protestant de l’Ouest, j’ai des réunions avec des pasteurs et je peux vous dire qu’ils ne sont pas tristes, ai-je argumenté. Ils ne manquent pas d’humour et nous rions bien ». « Peut-être les pasteurs, m’a rétorqué mon fils, mais pas les protestants qui vont au culte ». Une amie catholique me disait également qu’elle avait travaillé avec des protestants. Rigoureux, fiables, francs étaient les qualificatifs qu’elle leur attribuait. « On pouvait compter sur eux. Mais, a-t-elle ajouté, ils n’étaient pas drôles ». Je me refuse à croire que les protestants sont tous ainsi mais les idées toutes faites ont la vie dure. J’espère que ce dossier consacré à l’humour vous fera sinon rire, au moins sourire...Bel été à tous.

 

L’évangélisation en Bretagne : c’est parti !

 -  Jean-Pierre Le Guillou, vice-président du Conseil régional ouest

 

En 2007 le synode régional ouest, réuni à Châteauroux, posait la question de l‘évangélisation en zone de dissémination. Commence alors un véritable « parcours initiatique ». Au fil des années, le projet s’affine. Neuf années se sont écoulées. Aujourd’hui tout est prêt. Le lancement est prévu cet été.

La décision du synode appelait le conseil régional de la région ouest à « réfléchir à la promotion du ministère d’évangéliste… en vue de l’évangélisation de zones de dissémination urbaine ou rurale, en collaboration avec les Églises locales qui y seraient dressées ». Le consistoire de Bretagne est sollicité.

Une longue gestation

Débute alors un travail de réflexion de longue haleine. Le concept d’ « évangélisation » souffre de représentations négatives. Pour beaucoup il est synonyme de « prosélytisme », de non-respect de la liberté d’autrui. Mais au fil des rencontres, le projet se précise. Il s’agit « d’annoncer explicitement l’Évangile au service d’une rencontre avec le Seigneur, à celles et ceux qui ne connaissent pas ou plus l’Évangile, de privilégier l’accueil et l’écoute de l’autre, sans jugement, en favorisant une rencontre personnelle, tout en respectant le cheminement de chacun, son intelligence et sa liberté1 ».

Une vision missionnaire consistoriale

Le consistoire de Bretagne, dans son ensemble, adhère au projet intitulé « Évangélisation Centre Bretagne ». Très rapidement, les délégués des sept communautés représentées manifestent le désir que cette dynamique profite aux Églises locales. Le projet change de nom et devient « Évangélisation en Bretagne ». Un cahier des charges et une feuille de route en précisent les objectifs. En 2013 le Conseil national décide la création à titre temporaire d’un poste pour mettre en œuvre ce projet. Le financement en sera assuré par la Fondation pour les institutions protestantes européennes pour le salaire, par le consistoire pour le fonctionnement. Le pourvoi de ce poste, faute de candidatures se fait attendre.

Des réponses inespérées

En octobre 2015 le projet est « remis à plat » avec trois perspectives possibles : abandon, modification, ou maintien en l’état. Le consistoire renouvelle sa confiance. Un pasteur à mi-temps se présente ainsi qu’un couple membre des « Équipes pastorales missionnaires » de l’Est de la France, soutenu par la mission Alongside Ministry1».

L’été 2016 verra la mise en œuvre de ce projet dans des conditions inespérées. Pour notre Église c’est à la fois un sujet de reconnaissance et un défi qu’il nous faut porter dans la prière.

1 Critères pour une évangélisation réformée, Coordination interrégionale pour l’Evangélisation, ERF 2005.

2 Mission américaine partenaire de l’EPUdF.

Exergue

Il s’agit d’annoncer explicitement l’Évangile au service d’une rencontre avec le Seigneur à celles et ceux qui ne connaissent pas ou plus l’Évangile

 

prouver ses limites

>>> Jean-Louis Massot, pasteur aumônier à Poitiers

 

La journée de formation des visiteurs du monde de la santé s’est déroulée début avril, à l’hôpital de Niort. Une trentaine de personnes de la région (Orléans, Angoulême, Royan, Rochefort, La Rochelle, Niort, Melle, Poitiers, Mouchant) ont profité de cette réflexion « Quand j’éprouve mes limites » avec le pasteur Éric de Bonnechose, aumônier à Bordeaux.

Dans l’exposé du matin, Éric évoque le double sens d’éprouver : Je me sens limité, que cette limite soit intérieure (incapacité, frustration) ou extérieure (empêchement, contrainte) ; ou alors, je mets mes limites à l’épreuve, c’est à dire que je les travaille pour qu’elles se modifient.

S’il y a diverses limites comme celles de l’institution ou de la personne que l’on rencontre, le simple fait d’être vivant nous impose aussi d’accepter la limite de nos capacités.

« Hors de moi, vous ne pouvez rien faire »… L’accompagnement se situe dans la « suivance » du Christ. Considérez aussi le fait que Jésus, dans certains lieux, n’a rien pu faire !

Créatures de Dieu, nous sommes précédés et notre vie se place dans le cadre d’un projet et d’une promesse qui sont ceux de Dieu. L’interdit de la Genèse informe l’être humain qu’il n’est pas Dieu car il a des limites. En acceptant ces limites, il va être établi à sa juste place. Il va entrer dans la certitude qu’il est aimé tel qu’il est, à l’intérieur de son histoire, de ses fragilités et de sa vulnérabilité. Être reconnu comme fils ou fille de Dieu, c’est une grande sécurité.

Suite à cet exposé, un travail en groupes autour des questions : quelles sont les limites que j’éprouve le plus ? Comment j’y réagis ? Quelles questions ? Quels besoins ?

L’après-midi, les remontées des groupes sous forme de questions ont fait l’objet d’échanges. Puis, un travail sur le texte biblique de Marc 9.11-32 a clôturé cette réflexion sur les limites

   

Une patiente témoigne

>>> Propos recueillis par Élisabeth Renaud

Marcelle, de la paroisse de Bourges, a été hospitalisée en 2013 pour un cancer du poumon. Trois années plus tard, elle retourne à l’hôpital Percy à Clarmart (92) pour une suspicion de récidive. Ce nouveau contact avec le milieu hospitalier a changé son regard sur sa maladie, elle nous livre ici son ressenti.

Je suis entrée à Percy trois jours après les attentats du 13 novembre, raconte-t-elle. Dans les couloirs, j’ai croisé beaucoup de blessés des attentats, surtout des jeunes. Persuadée avoir un deuxième cancer, Marcelle vit ces premiers jours en dehors de la réalité. Lorsque le médecin, qui connaît ses convictions religieuses, lui propose de rencontrer l’aumônier protestant, Marcelle ne réagit pas. Mais si, vous la connaissez, insiste-t-il. Elle était venue vous voir en 2013. C’est Alain, son époux, qui la rappelle à la réalité. Françoise nous avait énormément aidés, se souvient-elle. Par son écoute, la prière, les mots justes..., elle avait su nous apaiser.

 

 

 

Grâce à Françoise, elle rencontre Timothée, un jeune militaire qui, suite à une erreur de manipulation avec une arme, se retrouve tétraplégique. La foi de ce garçon m’a touchée. Adopté par une famille d’accueil, il subit des violences. Il s’engage dans l’armée pour aider les autres mais sa compassion se retourne contre lui. Timothée affronte la réalité et l’horreur dans son fauteuil roulant. Lui qui voulait consacrer sa vie aux autres, il ne peut être qu’un témoin impuissant. Timothée se raccroche

à la vie parce que Dieu l'accompagne chaque jour. Il prie, il témoigne. Dans les services il n’apporte que gentillesse et amour. Il déambule dans les couloirs avec toujours le même sourire et la même conviction, soutenu par le psaume 22 « Mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné ! »

Depuis, je relativise ma maladie, confie Marcelle. J’ai beaucoup prié pour tous ces jeunes, pour Timothée. C’est comme une chaîne qui nous relie les uns aux autres.

 

 

 

 

   

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Publié le 12 juillet 2016

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