Un documentaire sur les protestants sur France 5

"Protestants de France", un film à voir sur France 5 les 24 avril et 1er mai à 22 h 25.

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Les applaudissements fusent. Le documentaire Protestants de France, diffusé en avant-première ce 12 avril, a plu, incontestablement. Il faut dire qu’il tient, en deux fois 52 minutes, une forme de prouesse : raconter l’histoire des huguenots, tout en faisant témoigner personnellement des hommes (bien peu de femmes) sur cet héritage. « J’ai voulu aborder, à travers dix personnalités, une histoire commune, faire comprendre comment des trajectoires individuelles racontent un destin collectif », commente Valérie Manns, la réalisatrice.

Son documentaire offre en effet un maillage travaillé, entre le récit historique, porté par Patrick Cabanel, Sébastien Fath et Alain Duhamel, et de longs entretiens avec des personnalités reconnues. Interviennent ainsi, entre autres, Michel Rocard, Pierre Joxe, Didier Sicard, Éric Ruf et Coline Serreau, Thierry Peugeot... L’objectif est ample : parler des guerres de Religion, de la naissance du capitalisme, du soutien à la République, du combat pour la laïcité, embrasser ces faits qui montrent à quel point les protestants sont partie prenante de l’Histoire. Une immense fresque, qui tient ses promesses et mérite d’être vue. Mais n’en est pas exempte de critiques.

Seul l’épisode de 1981

Celle de Corinne Lanoir, doyenne de la faculté de Paris, Institut protestant de théologie, est vive  : « Ce documentaire ne fait que renforcer des clichés, comme l’élitisme des protestants, qui seraient tous riches ou désireux de le devenir. On fait parler Thierry Peugeot et on ne dit rien du protestantisme du pays de Montbéliard. Où sont tous ces protestantismes qui ont fait la France, où sont les femmes dans leur lutte pour le planning familial, où sont les missions populaires ? » Stéphane Rémy, aumônier en chef aux Armées, se veut, lui, plus mesuré : « Le documentaire est intéressant mais trop parisien. Surtout, il ne répond pas à la question qu’il pose : où sont les protestants aujourd’hui ? Ils sont dans les œuvres et mouvements, dans les aumôneries de prison, l’accueil des réfugiés, l’innovation dans l’accompagnement des personnes handicapées vieillissantes, ils sont auprès des plus faibles et rien n’en est dit. »

À part une référence à la Cimade, rien ne transparaît de l’engagement social du protestantisme. Valérie Manns poursuit : « Après en avoir discuté avec de nombreux historiens, j’en suis venue à la conclusion qu’après 1945, à part l’épisode de 1981, il n’y a plus eu de mouvement collectif protestant. Tous ces engagements sont le fait de choix individuels. Et tous les combats initiés par des protestants, comme celui des féministes, se sont laïcisés. » Sur le scoutisme, pourquoi avoir choisi de faire parler Michel Rocard et non l’un des responsables  actuels ? « La dramaturgie de mon propos ne s’y prêtait pas. Je ne pouvais intercaler d’autres intervenants, ni représentants institutionnels, dans la construction du récit fondé sur dix personnalités. »

Tout choix expose à la critique. L’essentiel demeure : ce documentaire s’adresse à un large public, qui apprendra beaucoup sur une minorité agissante. Charles Malécot, protestant lyonnais, aura le mot de la fin : « On ne peut qu’être fier de notre histoire. »

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Publié le 05 mai 2016

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